IV LE THEATRE DE PIRON
de bons mots, de ne pas faire des épigrammes par douzaine, que de ne pas respirer'. » Ce travers, trop enraciné en lui pour qu'il pût tenter avec fruit de l'arracher, a fait de Piron un des rois de l'esprit français. Dans notre pays, capricieux et versatile à l'excès, c'est une royauté éternelle. C'est la seule qui ait le don de résister à tous les chocs et de survivre à tous les effondrements. En dehors de ses tentatives tragiques, dont quelques-unes sont cependant au-dessus du médiocre, l'auteur de la Métromanie a été tout ce qu'on voudra, excepté ennuyeux, et c'est, en France, un mérite inappréciable.
Tout en jetant, et comme par miettes précieuses, à tous les vents de l'ironie son esprit inépuisable, qui paraissait se raviver à chaque saillie nouvelle, tout en prodiguant sans relâche et par le menu le plus pur de son talent, Piron sut néanmoins en conserver la meilleure part pour créer cette œuvre supérieure que chaque écrivain s'efforce à laisser derrière lui.
C'est à bon droit que la Métromanie a sa place marquée parmi les meilleures productions comiques du XVIW siècle. Mais, si l'on songe que Piron n'a trouvé que rarement des défenseurs, même parmi les esprits les moins portés à la prévention ^, on peut dire que c'est
1 . Mais quand il faut railler, j'ay ce que je souhaite : Alors, certes, alors je me connois poëte.
Phébus, dès que je parle, est prest à m'exaucer ; Mes mots viennent sans peine et courent se placer. (BoiLtAU, satire VII.)
2, L'abbé Sabatier de Castres disait avec raison de l'auteur de la Métromanie que « personne n'avoit moins besoin des res-