LE THEATRE DE PIRON XIX
avaient accueilli jusqu'alors toutes les autres productions de fauteur. L'éloge est bien près d'être unanime, et le mot de chef-d'œuvre, par lequel la postérité devait saluer cette pièce d'un mérite supérieur, a été prononcé par ceux-là mêmes qui s'étaient rangés au nombre des ennemis les plus acharnés du poète. Voltaire, mais en faisant suivre son dire d'un correctif qui tente d'atténuer ce qu'il pourrait avoir de trop élogieux, convient que cette « Piromanie » n'était pas sans esprit ni sans beaux vers. Cette fois, il avait daigné se déranger pour aller voir représenter l'ouvrage nouveau, et, s'il s'exprime sur son compte ainsi qu'il le fait le 2 2 mars ijSS, dans salkttre à Thieriot ', s'j7 y reconnaît des vers de premier ordre et des traits d'esprit dignes d'être remarqués, il faut qu'il en ait réellement trouvé à revendre. Quand il parle de son ennemi. Voltaire, en général, n'abuse pas plus de la bonne foi que des phrases louangeuses. Au reste, pour mettre bien au jour son parti pris sur cette matière , ainsi que la crainte fondée qu'il avait de Piron et de son esprit prodigue de reparties
un juge très-compétent, s'est exprimé en ces termes, en parlant de la Métromanie : « C'est un chef-d'œuvre qui subsistera aussi longtemps qu'il y aura un théâtre et du goût en France.,, C'est la meilleure comédie qui ait été faite après le Misanttirope . » [Corresp. litt., janvier 1773, tome VIII, page 128, éd. Furne. ) Palissot, dans sa Dunciade, a appelé la Métromanie « un chef-d'œuvre où l'art s'approcha du génie ». Selon Gudin de la Brenellerie, qui n'a peut-être fait que traduire, en cette circonstance, la manière de voir de Beaumarchais, la Métromanie est une comédie que Molière même eut pu envier. {Aux Mânes de Louis XV, pe partie, page 104.) I . Cette lettre est datée de Cirey.