XXII LE THEATRE DE PIRON
pris au piège comme beaucoup d'autres, et un moment même sérieusement jaloux de Destouches, s'y trouve mêlé, il est vrai, mais il n'en sort ni ridicule ni amoindri. Si, comme l'ont observé la plupart des critiques, le rôle de Damis est une personnification, elle n'est pas autre, à notre avis, que celle de Piron. Nous ne craignons pas d'ajouter qu'elle est même des plus entières et des plus frappantes. M. Villemain a remarqué ingénieusement qu'en songeant à l'auteur on est, à chaque moment, tenté de s'écrier :
Est-ce vous qui parlez, ou si c'est votre rôle * ?
Les traits de ressemblance sont nombreux. L'oncle Baliveau, qui ^'oppose, en levant la canne, h ce que Damis aille « chercher la Fortune au Temple de Mémoire », rappelle les entraves que les parents de Piron ne cessèrent d'apporter à son irrésistible vocation poétique'^. Le père de Piron, poète lui-même, aurait toutefois tenté vainement de renier son fils. Celui-ci tenait prodigieusement du bonhomme ; mais il fit sa vie e/j-
esprits, chez qui la chose se passa bien diférament , lorsqu'en leurs cabinets, où peut-être ils étoient à polir encore un madrigal à M"*^ De Materais , on la leur vint anoncer. Grand cri de joie! La plume tombe des mains; les portes s'ouvrent à deux batans; on vole au-devant de la Muse les bras en l'air, que... d'ici l'on voit s'abaisser brusquement à l'aspect de M. Des Forges Maillard. » (Préface de la Métromanie, p. 266 et suiv.)