LE THEATRE DE PIRON XXIII
ticre de ce qui n'avaitété chezVautrequ'un passe-temps. Quand Mondor, le valet de Damis, parle de son maître à Lisette; quand il le dépeint au début du premier acte, c'est en quelque sorte Pironqui est en scène et qui se présente aux spectateurs par la bouche de ce valet de théâtre. La peinture n est-elle pas vivante, et n'y retrouve-t-on pas tout, jusqu'à cette distraction qui était l'un des travers du poète, sans cesse absorbé dans les rêveries?
Et tiens, s'il n'est ici , je gage mes oreilles Qu'il est dans quelque allée, à bayer aux corneilles, S'aprochant, pas à pas, d'un Ha-ba qui l'atend , Et qu'il n'apercevra qu'en s'y précipitant.
C'est l'aventure du parc de Livry ^, et, comme Piron a trop d'esprit pour y trouver le ridicule que le vaniteux Voltaire s'obstinait à y chercher, il la rappelle comme un trait de bon comique. C'est lui qui a raison. DamiSy qui fait des vers pour tous ceux qui lui en demandent, c'est encore Piron, qui n'eut pas le courage d'en refuser à l'aveugle de la porte des Tuileries^.
Lorsque le chatouilleux adversaire de Piron voit quand même dans la Métromanie une idée de diffamation, c'est un faux-fuyant habilement trouvé qui lui permet
1 . Le récit en a été fait par Piron. Il est cbarmant. « Un jour, dit-il, dans le parc de Livry (je travaillois à Gustave), je m'avisai, pour élever mes idées en m'approcbant du Ciel, de monter au haut de la double échelle qui servoit à tondre les charmilles, et de m'y jucher à califourchon : quelqu'un m'y vit sans que je m'en apperçusse; et le lendemain, y étant remonté, je fus fort surpris d'y trouver une selle avec des étriers. « (Tome VI, page 70, de i'édit. in-8 donnée par Rigoley de Juvigny.)