XXIV LE THEATRE DE PIRON
de se plaindre et de s'écrier : Quel scandale ! Il n'aurait pour rien au monde consenti à dire : Écoutez donc ! Les beaux vers !
Dans cette lettre, dont nous voulons jusqu'au bout rendre évidente la mauvaise foi, Voltaire n'a pas manqué de parler des priapées de Piron. Ici il a dépassé toutes les bornes. Ces priapées se réduisent, nous l'avons mentionné en commençant cette étude, à une ode insipide, reniée dès le début par le poète, et qui ne figure que dans les recueils clandestins et apocryphes de ses oeuvres^. Voltaire s'acharne avec une telle constance sur ce côté vulnérable de l'auteur de la Métromanie qu'il en perd la notion du vrai, et qu'il se laisse aller aux affirmations les plus contradictoires. N'avait-il pas eu déjà, au mois de septembre 1774, l'audace d'écrire à d'Alembert que, pour cette ode à Priape, le feu roi faisait sur sa cassette une pension de douze cents livres à Piron! Au mois de novembre de la même année, dans une lettre à la duchesse d'Enville, il confirme son dire, et, oubliant sans doute son premier chiffre, il fait monter cette pension à quinze cents livres. Encore un coup, sa
I . Si l'on veut considérer comme des priapées les contes badins de Piron , nous réclamerons le même honneur pour ceux, bien plus nombreux et souvent plus libres, de Voltaire. On a d'ailleurs poussé très-loin la rage d'attribuer à Piron des obscénités dont il est parfaitement innocent. Quérard a rappelé que l'on a imprimé à tort sous le nom de l'auteur de la Métromanie une, pièce intitulée : la Nouvelle Messaline, tragédie en un acte et en vers, laquelle est, parait-il, de l'acteur Grandval. (La France littéraire, tome Vil, p. 189.) On voudra bien remarquer encore que Piron est un des rares auteurs du XVIII* siècle dont le nom ne figure pas dans le Journal des Inspecteurs de M. de Sartines.