XXXIV LE THEATRE DE PIRON
dans l'esprit du poète, Fernand Cortez et Médée. Lue aux Comédiens le samedi zS août 1742, la première de ces tragédies tomba devant le public le mercredi 8 janvier 1744 '. Elle n'eut, à l'origine, que le très-mince honneur de sept représentations. D'ailleurs les Comédiens étaient, à ce moment, plus que jamais inféodés à Voltaire. On peut voir sur leurs registres que Zaïre et Mérope faisaient en quelque sorte tous les frais du répertoire, aussi bien à Paris qu'à la Cour. L'orgueil encore froissé de Pironnefutpas long à trouver un mot piquant pour excuser l'échec de Fernand Cortez. Le poète, en face de cette chute humiliante, l'attribua simplement aux Comédiens. Selon lui, l'état de la troupe du Koi était alors si déplorable et si faible qu'il ne craignit pas d'affirmer, en cette occurrence , que ces Comédiens sans talents auraient fait tomber ^Evangile, s'ils s'étaient avisés de le représenter *.
Dès lors, et conformément à la promesse qu'il avait faite en 1758 au public, dans sa Préface de Fernand Cortez, Piron ne donna plus rien aux Comédiens. Il renonça à la tragédie en faveur de la poésie sacrée, mais, pas plus en ce genre que dans le premier, il n'a laissé
1 . Durant cet intervalle de i 742 à 1 744, les Comédiens firent espérer à Piron une reprise de la Métromanie, qu'ils retardèrent jusqu'en 1748, (Arch. de la Com. franc.)
1. Journal hist. de Collé (t. I, page 220). Dans une cpigramme lancée contre les Comédiens, parce que ceux-ci avaient refusé « sèchement » des billets donnés par lui à un ami, Piron s'exprime ainsi :
Qu'aurois-tu vu ? Des vers de mince aloi, Et des acteurs d'aloi plus mince encore.
{Œuvres complètes d' A. Piron, t. VII, p. 181.)