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FORCES ET FAIBLESSES

Superficie. — Les grandes artères. — Squares et jardins. — Circonscriptions électorales. — Population. — Gouvernement et administration. — Le Maire, simple surveillant. — Les Commissions. — Mauvaise classification. ' — Patronage et départements techniques. — Travaux mal conçus et mal exécutés. — Personnels insuffisants.

Montréal couvre une superficie de 16 milles (640 acres1 au mille). A partir de ses quais, vis à vis la rue Saint-Laurent, au Cimetière des Juifs, qui marque la limite Nord-Ouest de la Cité, on compte 5.60 milles ; de la limite Sud-Ouest de St-Henri à la limite Sud-Ouest de Maisonneuve il y a juste 6 milles.

Les rues qui traversent Montréal dans toute sa longueur sont Notre-Dame, Ste-Catherine et Sherbrooke, véritables boulevards de l'intérieur qui ne demandent qu'à s'étendre d'un bout de l'Ile à l'autre, et à re-

ce voir certains effets d'embellissements pour devenir des artères de vie incomparables, Ce sont là, tout désignés, nos boulevards de l'extérieur, où l'établissement luxueux des résidences privées et des spacieuses villas convieraient aux bienfaits de la vie au grand air des milliers de promeneurs de toutes les classes. Il en serait de même des grandes avenues qui courent du Sud au Nord de Montréal et devront relier les rives du Saint-Laurent à celles de la Rivière des Prairies; telles les rues Bleury^ Parc Avenue, Saint-Laurent, Saint-Denis, Amherst, DeLorimier, ancien chemin Papineau. Ce projet qu'on eut traité de rêve il y a à peine 10 années est passé, on peut le dire, dans le domaine des faits, puisque l'extrême limite nord du quartier Saint-Denis n'est plus qu'à un mille de distance de la rivière des Prairies.

C'est ici, d'ailleurs que Montréal pénètre le plus avant dans l'Ile et accentue le plus intensivement la marche de son développement.

Voilà certes un champ d'action assez vaste pour que les grands services y trouvent à

s'occuper, que la police ne chôme pas, et que nos rares inspecteurs de voirie ne s'attardent pas à des vétilles dans leurs tournées d'inspection !

On se plaint beaucoup de mille sortes de choses à Montréal. A cela rien de surprenant, car le contribuable, partout, est un grand plaignard ; mais chez nous on devrait être surpris surtout de ce qu'avec un personnel administratif et technique aussi réduit les affaires se portent encore aussi bien.

Les rues de la ville représenteraient 231 milles dont 47 milles seraient pavées ; on aurait 227 milles d'égoûts en brique.

La ville compte plusieurs squares, places et jardins qui couvriraient 615 acres, peu de choses après tout dans un espace aussi densément peuplé que notre territoire estimé à 9,825 acres carrées.

Pour les fins de l'administration civique la ville est divisée en 22 quartiers dont voici la liste avec la population respective des électeurs :

Liste des électeurs pour Vannée 1909.

Quartiers :

Est 855

Centre 1156

Ouest 1519

Ste Anne 5403

St Joseph 4668

St Georges 3570

St André 3154

St Laurent 514^

St Louis 5780

St Jacques 3303

Papineau 8085

Ste Marie 4587

LaFontaine 5598

Hochelaga 3975

St Jean Baptiste 4898

St Gabriel 4350

St Denis 8737

Duvernay 3151

St Henri 5923

Ste Cunegonde 2533

Mont-Royal 580

Delorimier 1953

On estime généralement dans la Province de Québec que chaque électeur représente 5 individus ou 5 pour cent de la population totale. Mais M. Pelletier, le directeur de la statistique, à Montréal, croit qu'il faut s'en tenir ici au chiffre de 4 pour cent, à cause du grand nombre de célibataires inscrits sur nos listes d'élections municipales, ce qui, en passant, porterait à 353,708 le total de notre population. Si on accepte le pourcentage de 4% pour cent, le plus élevé qu'il serait possible d'admettre, notre population serait de 397,922 habitants.

" La Cité de Montréal, dit la charte, est " gouvernée et ses affaires sont administrées " par un conseil composé du maire et de deux " échevins par quartier, lesquels sont élus " tous les deux ans." Il suffirait d'ajouter : " Le conseil nomme des commissions permanentes et spéciales pour étudier les questions qui leur sont soumises et faire rapport au Conseil qui adopte ou rejette à sa volonté " pour résumer toute l'économie de notre constitution municipale.

De fait c'est le conseil qui administre les affaires et exécute directement les travaux de Montréal.

Aucune commission indépendante du voeu populaire qui ait le moindre caractère d'un corps administratif et exécutif, possédant quelque initiative et libre de ses mouvements. Aucun organisme technique qui puisse présider à l'exécution des travaux dont il aura préalablement approfondi l'étude. Aucun moyen de recruter le personnel suivant le mérite et dans le pur intérêt de la chose publique. Qu'il s'agisse des nominations, des renvois d'office, de la fourniture des matériaux, de la surveillance des travaux et de la vérification sur place.

Le maire n'est au fond qu'un personnage honorifique capable, sans doute, d'exercer une influence personnelle par sori prestige et ses hautes qualifications administratives, mais c'est un pur surveillant du mécanisme municipal; il pourra l'arrêter s'il se détraque, mais il ne possède aucune force d'im-

pulsion qui le fera se mouvoir une fois qu'il sera arrêté. Il peut empêcher le mal de se produire, mais il ne peut faire grand chose pour le bien, parce qu'il a les mains liées par le conseil dont, d'ailleurs, il est tenu de suivre l'avis après un premier veto, si le conseil persiste dans ses délibérations.

Les commissions permanentes nommées par le Conseil, à la première séance mensuelle de février de chaque année, sont celles des finances, de la voirie, de la police, des incendies et éclairages, de l'aqueduc, des marchés, de l'incinération, de l'hygiène et des statistiques, des parcs et traverses, de l'hôtel de ville. Les commissions spéciales sont celles de l'annexion — nous citons le vesete officiel — de la législation, des conduites souterraines, de la compagnie d'exposition, des passages à niveau, des réceptions et des délégations.

Quelle fut la raison déterminante de cette classification, l'esprit qui a pu l'inspirer et l'imposer à notre administration? il importe

peu de le savoir. Mais il est bien évident qu'elle pèche gravement en plus d'un cas et qu'elle ne rassemble pas, pour les mettre sous une direction une et homogène, les services qui ont entre eux une association d'origine et d'objet, une connexité telle dans l'exécution des travaux de la ville et dans l'économie de ses deniers qu'elle les rend inséparables les unes des autres.

Aussi, que se passe-t-il? Les départements décidant, agissant sans prendre avis en commun sous l'autorité du même chef de direction, commandent des travaux de voirie qui sont à peine terminés, que commencent des excavations nouvelles, pour le maintien de la canalisation de l'aqueduc ou des égouts !

Si à ce grave inconvénient on ajoute l'usage, revenant à titre de franchise accordée par la législature, de nos rues pour le roulage des tramways, l'entretien des trolleys, de nos forêts de poteaux, des conduites de gaz, on voit où mène une fausse classification des directions et services de la ville, et combien, surtout, on a eu tort de faire abdiquer à notre département de la voirie la maîtrise absolue de nos rues.

Nous reviendrons dans un autre chapitre sur la classification de nos divers services permanents ou spéciaux.

Les départements de la loi, — direction du contentieux, — du greffier de la Cité, du Trésor, ceux encore du marché et de l'hôtel de ville semblent organisés d'une manière efficaces, si, d'ailleurs, les employés possèdent les qualifications nécessaires dans cette classe de services, qui n'exigent pas la compétence technique des travaux de voirie, des services d'éclairage, de police et d'architecture. Le recrutement a pu se faire par voie de patronage sans grand inconvénient pour le public, mais n'y aurait-il pas lieu de se féliciter davantage si le simple mérite attesté par des examens de concours désignait, même ici, au moins pour l'avenir, le titulaire aux charges nouvelles et aux postes de promotion? Faudra-t-il toujours que règne le patronage à outrance, fléau de notre administration municipale, qu'ont dénoncé tour à tour les meilleurs têtes de la Cité, et que nul,

à moins d'être aveugle volontaire, ne peut s'empêcher de percevoir nettement?

Si nous tournons maintenant les yeux sur les départements ou directions des services qui sont d'un ordre purement technique, où se font les grandes dépenses et les grands abus du patronage, dans les fournitures, comme dans la préparation des projets, des cahiers de charge, la surveillance, la vérification sur place du coût des travaux et de la valeur des matériaux, l'apurement et la justification des états de comptes, — c'est là que nous pouvons déplorer la pauvreté de notre organisation administrative, executive et technique.

Qu'il s'agisse des études de bureau ou services de l'intérieur, ou qu'il s'agisse de la surveillance et du contrôle sur les lieux de l'exécution des travaux, nous soutenons sans crainte de contradiction sérieuse que la Cité est misérablement pourvue du personnel technique qu'il lui faudrait.

Quand même les chefs de certaines directions auraient avec leurs sous-chefs le dédoubement ou même d'ubiquité, ils ne pourraient voir à tout ce qui se fait, ou mieux se

devrait faire dans l'intérêt d'une bonne administration. Ils ne peuvent, d'ailleurs, décider ni sur le choix des matériaux, ni sur la nature des travaux, ni sur la portée des cahiers de charge, ni, encore moins, sur le choix des surveillants, contre-maîtres et ouvriers, qu'imposent des titres de reconnaissance électorale plutôt que des certificats de bonne conduite et de compétence. C'est le temps de répéter à propos de ce gâchis de favoritisme et de patronage à tous les degrés, à tous les postes, le mot de Beaumarchais quelque peu changé : Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qu'on nomma.

Des sabotiers deviennent dps directeurs de travaux techniques, des maçons remplacent les architectes et de simples manoeuvres arrivent au grade d'ingénieur de machines, qui tiennent en un danger constant la vie des ouvriers et la continuité dç services essentiels au bien-être municipal.

Qui pourra faire la statistique des travaux mal conçus, mal tracés, peu ou point surveillés et toujours à recommencer, comme entre autres dans le pavage asphalté? La

ville a perdu de ce chef et perdra encore, sî on n'opère pas une réforme radicale, des cent mille dollars par année, bien au-delà de ce qu'il faut pour assurer un service administratif et technique compétent, de haute loyauté et qui aurait pu former cette éducation du public, dont nos lignes d'embellissement peuvent, à bon droit, déplorer, sans que cela avance guère les choses, le défaut complet parmi notre population.

N'oublions pas d'ailleurs que les quelques employés de ces directions vitales sont constamment à la merci des commissions municipales et du conseil lui-même. Ils vivent dans un état de dépendance absolue du patronage et peuvent être avec ou sans raison renvoyés du service par les élus du caprice populaire. Ils ne sont protégés ni par leur certificat de compétence obtenu au concours^ ni par les règlements très précis qui les enlèveraient, comme à Paris ou ailleurs, aux rudes obligations de plaire à leurs patrons au risque d'avoir à discuter entre les inspirations de leur conscience et le souci de leur pain du lendemain. Système faux, in-

juste, qui pousse les employeurs - — ici rien autre que les conseillers tout puissants — aux pires abus du pouvoir, et les employés, à des tentations auxquelles ils ne résistent pas toujours, et dont, en définitive, les contribuables paient les coûteuses conséquences.

Que voulez-vous que fasse M. Barlow, avec une dizaine de sous-inspecteurs qui ont charge, sans trop de préparation technique, de la voirie d'une cité presque aussi étendue que Paris et qui réclamerait un ingénieur voyer de première classe pour chacun de ses quartiers, avec des directeurs de travaux et des contre maîtres unis par l'étude et l'expérience en état de bien surveiller les travaux ?

Que voulez-vous que fasse le surintendant de notre police avec sa petite troupe d'hommes, courageux il est vrai, braves et prêts à tout, mais tellement réduits en nombre qu'ils ne devraient pas se répandre au-delà des anciennes limites du Montréal d'il y a 30 ans, alors que notre ville ne dépassait guère le côté sud de la rue Eachel,

s'arrêtait à l'ouest aux terrains de l'exposition et à l'est à la ligne frontière de l'ancienne municipalité d'Hochelaga.

Et que dites-vous du département des Bâtiments — au fait, la double direction à Paris, des services d'architecture placé sous l'autorité des Préfets de la Seine et de Police — avec un architecte unique à sa tête, un assistant et un commis, quand c'est à lui qu'incombent l'approbation des plans d'édifices nouveaux, la démolition des édifices dangereux et en général la mise à exécution de règlements aussi nombreux qu'ils sont enchevêtrés, obscurs, souvent incompréhensibles. Pourtant ils concernent à la fois la sécurité des édifices publics et privés et devraient être mis rigoureusement à exécution, si l'on voulait avoir quelque souci de l'hygiène de la ville, quelque respect des règles les plus élémentaires de l'esthétique.

Le Département de l'aqueduc nous semble tout aussi incomplet sur le rapport du nombre et de la compétence des employés mis en regard des exigences de ce service essentiel. On y fait des prodiges de travail et d'endurance ; mais l'autorité oublie qu'il faut

abreuver 300,000 habitants, arroser, laver, porter la fraîcheur et la vie, partout, dans des rues interminables, dans des squares et des jardins qui couvrent dix fois l'espace consacré aux primitives plantations d'antan.

Kestent " Les Parcs Publics ", service de date encore récente, confié à un jardinier en chef et à un assistant. On a déjà fait beaucoup ici avec les modiques ressources dont on disposait, mais la métropole du Canada doit risquer un pas de plus dans l'organisation de ses travaux d'embellissement et de plantation en bordure des boulevards à créer dans l'Ile de Montréal, de squares, de places nouvelles, de jardins fleuris et de grands bois ombragés. Ce sont là, a-t-on dit, les organes respiratoires des grandes villes modernes, de Londres entre autres et de Paris. Nous ne pouvons, quoiqu'il en puisse coûter, échapper aux exigences du jour, à celles de demain surtout. Ce n'est pas avec un personnel de deux hommes de l'art que nous créerons un département sérieux des " Promenades et plantations " de l'Ile et de la Cité de Montréal.

CHAPITEE XI LE GOUVEKNEMENT GENEKAL

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