SCENE III
Les Mêmes, L'AUBERGISTE
Il rapporte le chapeau.
LE MARÉCHAL. — Bien, merci. — {Le charivari redouble dans la grande salle.) Viens... L'on ne s'entend pas... Tonnerre de Dieu ! Tu ne pourrais pas faire taire ces gens?
l'aubergiste. — Non, Excellence,, mais je peux fermer la porte.
Il y va et, à partir de ce moment, les deux salles restent bien séparées, mais il y a encore assez souvent du va-et-vient de l'une à l'autre.
LE MARÉCHAL. — A la bonne heure. Tu vas donc nous servir à souper, et ensuite nous donner une chambre.
l'aubergiste. — Une seule?
LE MARÉCHAL. — Oui. Tu logeras la suivante de ma femme n'importe oii.
l'aubergiste. — Ce n'est pas l'embarras, mais pour Vos Excellences, combien de lits ?
LE MARÉCHAL. ■ — ■ Parbleu ! un seul : nous sommes mariés depuis cinq jours.
l'aubergiste. — Ah! quel bonheur!
LE MARÉCHAL. PourqUoi ?
l'aubergiste. — C'est que je ne possède justement plus qu'un lit. Pensez, en temps de carnaval, on vient ici des quatre parties du monde. J'ai jusqu'à un prince persan.
LE MARÉCHAL. — Bou, bon... OÙ. est la chambre?...
l'aubergiste. — Quelle chambre?
LE MARÉCHAL. — Eh ! tonnerre de Dieu ! la chambre oii est le lit.
L'AUBrRGiSTE. — Il n'y a pas de chambre. Excellence.
LE MARÉCHAL. — Hein?
l'aubergiste. — Il y a un lit, mais il n'y a pas de chambre.
LE MARÉCHAL, — Alors, OÙ vas-tu le
Sylvie ou la Curieuse d'Amour
mettre, ton lit? (.4 Sylvie.) Vous entendea ce que ce butor-là raconte ?
SYLVIE. — Oui. Cela m'eet égal.
LE MARÉCHAL. — Ah ! je VOUS prie, vous aussi, de ne pas m'échauffer les oreilles.
SYLVIE. — Bien. Cela ne m'est pas égal.
LE MARÉCHAL. — Sacrebleu !
en attendant. Qu'est cela? Du vin de Champagne ?
l'aubergiste. — Non, Excellence, du vin d'Asti, qui sent les fleurs.
LE 1LA.RÉCHAL. — Bon.