SCÈNE lY
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LE MARÉCHAL — Eh ! tonnerre de Dieu I LA chambre ou est le lit"?
SYLVIE. — Comment faut-il dire?
l'aubergiste. — Excellence, il y aurait un moyen... On pourrait mettre le lit... ici.
le maréchal. — Où tout le monde
soupe
l'aubergiste. — Mais non ! Ceux-ci ont fini. Je n'ai, à cette table-ci, que deux personnes, dont voici déjà l'une.
Le marquis entre. Gertrude l'aperçoit, le reconnaît et jette un cri.
GERTRUDE. Oh!
l'aubergiste, poursuivant, au maréchal. — Vous-même souperez ici, oii il y a plus de places qu'il ne vous en faut : ensuite, on emportera les tables et on dressera le lit.
LE maréchal, à Sylvie. — Cela vous plaît?
SYLVIE, qui n'a rien écouté. — Oui.
LE maréchal. — Alors, qu'on se hâte de nous servir. Moi, je m'asseois à boire
LE MARECHAL, SYLVIE, GER> TRUDE, LE MARQUIS, puis NICO- LAS.
GERTRUDE, bas. — Sylvie !
SYLVIE. — Eh?
GERTRUDE. — Ne te l'etourne pas!
SYLVIE. — Quoi donc?
GERTRUDE. — Si... tourne un peu la tête... à peine... juste assez pour jeter un regard de côté sur la table, sans te montrer
SYLVIE. — Qu'y a-t-il donc?
GERTRUDE. — Je n'osc pas te le dire, tu vas me croire folle... Je ne suis pourtiant pas le jouet dune illusion, c'est bien lui.
SYLVIE. — Qui?
GERTRUDE. — Regarde.
SYLVIE. — Attends. (Elle remet son loup et tourne la tête. — - D'une voix étouffée.) Ciel!
GERTRUDE. — C'est le marquis de Beauvoisin ?
SYLVIE. — Mon premier époux... face à face avec le troisième. Il n'a point changé, sauf l'habit.
GERTRUDE. — Dc la dernière mode.
SYLVIE. — Mais avec ce je ne sais quoi de suranné qui sied aux hommes déjà mûrs. Il a gardé l'usage de la poudre.
GERTRUDE. — Pour dissimuler que ses cheveux grisonnent.
SYLVIE. — Cela lui donne un air aussi animé qu'il y a vingt ans.
Elle se replace de façon à n'être pas vue et retire son loup. Nicolas entre et s'assoit.
Tu as toujours eu C'est l'an-
GERTRUDE, riant.
un faible pour lui !
SYLVIE. — Il est charmant, cien régime.
GERTRUDE, b rusque?nent. — Ah!
SYLVIE. — Quoi?... Eh bien! vas-tu te trouver mal !
GERTRUDE. — C'est de la sorcellerie...
ou je suis folle pour de bon... Mais regarde, toi.
Sylvie met son loup et regarde.
Sylvie oa la Curieuse d'Amour
SYLVIE. — Nicolas!... {Un temps, — puis elle l'observe, fort calme.) Il est plus changé que le marquis, mais à son avantage. Il s'est dégrossi.
GERTRUDE. — Tiens, tu me mets en colère : tu n'aiiras même pas l'air étonnée.
SYLVIE. — De quelle chose? L'aventure est piquante, mais non point si invraisemblable. Je savais mes deux premiers époux en Italie. J'y viens avec le troisième et nous prenons nos dispositions pour nous trouver à Venise au temps du Carnaval. Il est tout simple que les deux autres, qui sont riches et qui cherchent le divertissement, aient fait la même partie. Il ne l'est pas moins qu'ils logent en cette auberge, puisque c'est la meilleure de la ville.
GERTRUDE. — Oui, ccla est simple quand tu raisonnes, mais je suis saisie. Que va-t-il advenir de tout cela ?
SYLVIE. — Je ne m'en doute pas. Nous allons voir. Mais je ne seraiis plus moimême si je ne savais point m'arranger pour qu'il en advienne... quelque chose...
GERTRUDE. — Quelque chose... qui ait du rapport avec ton idée fixe?
SYLVIE. — Au fait!...
LE MARÉCHAL, à une fille qui sert Nicolas. — Et moi?... Est-ce qu'on ne va pas me servir bientôt?
LA FILLE. — Tout à l'hcure, Excellence. Le souper est prêt.
LE MARÉCHAL, à Sylvie. — Venez donc vous asseoir.
SYLVIE, sans y aller. — Oui...
GERTRUDE. — Ils ne se reconnaissent point.
SYLVIE. — Ils ne peuvent point se reconnaître ! Je me souviens qu'en Allemagne, le marquis m'a maintes fois exprimé le regret de n'avoir jamais vu son fermier fidèle. Nicolas et le maréchal se sont bien vus, maie une fois, cinq minutes, il y a seize ans, le jour de mon mariage forcé. Ils avaient tous deux d'autres idées en tête.
GERTRUDE. — Mais toi, on va te reconnaître !
SYLVIE. — Ah!... moi, on ne m'oublie pas si facilement... Je souperai masquée.
LE MARÉCHAL, avec impatience. — Viendi-ez-vous ?
SYLVIE. — Ne grondez pas, je suis en train de manigancer quelque chose de plaisant avec Gertrude.
LE MARÉCHAL. - — Gertrude, allez-vous
en dans votre chambre, et vous, venez à table, on nous sert.
GERTRUDE. — Ah ! qucl dommage de ne point assister à cela! Mais tu me le raconteras ?
SYLVIE, passant pour aller à table. — Tiens !
Gertrude sort.