‹ La meuteChapitre 42 sur 115 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

RENNEQUIN, M-^^ LAVEUVE, puis Un Domestique, SERMIONE

RENNEQUIN, s' asseyant. — Qu'y a-t-il?

Asseyez-vous.

Elle s'assoit près de lui.

M"^^ LAVEUVE, posant un écrin ouvert sur les (jenouj: de Rennequin. — Qu'est-ce que vous dites de ça?

RENNEQUIN. — Très joU... Je n'ai aucun besoin de perles.

M™*^ LAVEUVE. — Tant pis, elles ne seront pas pour vous: Vous savez que c était une occasion unique-?

RENNEQUIN. — Je m'en doute.

m""** laveuve. — Vingt mille.

RENNEQUIN. — Allons donc! C'est du bijoii volé?

m™" LAVEUVE. — A peu près... Je vais les porter à M. le duc de Châteauroux.

RENNEQUIN, riant. — Il a donc fait un héritage, lui aussi?

M"" LAVEUVE. Aussi?

RENNEQUIN. -- Rien...

M™" LAVEUVE. — Non, il n'a. pas fait d'héritage... lui non plus. Mais il va sans doute se marier.

Rennequin. — Ah ! IL m'a roulé,

vous CROYEZ ÇA ?

RENNEQUiN. — Avec qui ?

M™" LAVEUVE. — Avec miss Lilian, parbleu ! Vous pensez qu'après l'esclandre d'hier, M. de Lanspessa ne peut plus y prétendre.

RENNEQUiN. — Lanspcssa ? Il y prétendait ?

M"* LAVEUVE, haussant les éjjanles. — Innocent !

RENNEQUiN. — Lanspessa ! . . . Ah! non, elle est raide ! L'ueufriiit ne suffit plus à monsieur, il veut tâter du capital !

M""® LAVEUVE. • — Eh bien? Est-ce que ce n'est pas tout naturel? La noblesse d'argent n'est pas une caste fermée. Vous avez l'air jaloux du capital comme d un privilège, et cet effort d'un pauvre vers la richesse vous indigne comme une usurpation de titre.

RENNEQUIN. — Je n'ai pas la tête à moi, je ne pense pas un mot de ce que je dis. Evidemment, il serait tout naturel qu'Amaury songeât à épouser miss Branksmere... Enfin, c'est une affaire dans l'eau?

M"^® LAVEUVE. — Je soupçonne.

RENNEQUIN. — Et VOUS allez proposer à Châteauroux, pour une fiancée de ce prixlà, des perles d'occasion !

M™* LAVEUVE. — Oh ! elles n'ont jamais 6té portées. Elles ne sont sorties de chez Sauvageon que pour entrer chez moi.

Vous savez, c'est le coup banal, l'escroquerie au collier. Un de mes bons clients qui s'est procuré ça pour vingt -cinq mille francs, non payés, bien entendu. Je me suis chargée de trouver un tiers acquéreur. Mais, ma foi ! j'avais quinze mille francs dans mon tiroir qui ne faisaient rien. J'ai gardé les perles, et si aujourd'hui je les revends vingt mille à Châteauroux, nous y gagnons cinq mille francs cha-cun.

RENNEQUIN. — Compliments.

M™*' LAVEUVE. — Vrai? Vous n'en voulez pas? Vous les offririez à Marthe. Il paraît que vous ne lui faites guère de cadeaux. Elle touche son mois recta, mais c'est tout. Enfin, c'est votre goût de tenir votre maison bourgeoisement, sans aucune dépense imprévue...

RENNEQUIN, se levant. — C'est mon goût.

M™'' LAVEUVE, se levant. — J'ai fait ce que je devais. Je devais vous donner la préférence... Puisqvie c'est déjà vous qui avez payé, ou qui allez payer, les vingtcinq mille francs de Sauvageon...

RENNEQUIN. — Hein? Quoi?

M'"^ LAVEUVE. — • Sapristi ! On peut dire que vous ne comprenez pas à demimot, vous ! Vous ne comprenez pas que c'est Lanspessa qui a fait le coup, et que c'est Sauvageon qui le fait saisir? L'appartement est à son nom, mais les meubles sont à vous : je n'imagine pas qxie vous laissiez vendre vos meubles. (El/e rit.) C'est canaille à lui, mais c'est comique tout de même, de vous avoir tiré un bail entre deux visites d'huissier. Vous qui vous vantez d'être si calé en affaires! Vous savez, il vous a roulé sévèrement.

RENNEQUIN, furieux. — Ah ! il m'a roulé, vous croyez ça? Eh bien, non, il ne m'a pas roulé du tout. C'est comique de m'avoir fait signer un bail entre deux visites d'huissier? Le plus comique, c'est que je n'y perdrai rien. Oui, je vais me laifs^er vendre. Et même que je rachèterai, au rabais. Et puis, comme je suis propriétaire, c'est-à-dire créancier privilégié, ce qui sortira d'un côté me renti'era de l'autre. Voilà !

M™® LAVEUVE. — Vous êtes ébouriffant '.

RENNEQUIN. — Et puis, un bon conseil, à vovis et aux autres. Vous avez tous l'air de vous mettre ensemble pour me monter la tête contre Lanspessa. Eh bien, c'est une chose qui ne réussira pas, je vous en avertis. Lanspessa a ses petits embêtements d'argent. Il s'en tire comme il peut. Plutôt sans gêne. Mais c'est affaire entre lui et moi. Ça ne regarde personne. Vous n'avez rien d'autre à me communiquer?

m""* LAVEUVE. — Non.

RENNEQUIN. ■ — AlorS VOUS pOUVCZ VOUS

retirer.

m'"*' LAVEUVE. ■ — Je vais porter nos perles à M. de Châteauroux.

RENNEQUIN. — Je préfère qu'elles ne circulent point, laissez-les-moi. (// enfenne Vtcr'rn dans un tiroir.) Voulez-vous un chèque ?

m""^ LAVEUVE. — S'il vous plaît. {Pendant qu'il écrit, un domestique annonce .- <t M. le comte de Sermione. » U entre. M^^ Lavenve lui fait un .ligne. Bas.) Que dites-vous du tuyau que j'ai donné à Marthe? (Coup d'œil interrogatif de Sermione.) Vous n'avez pas vu la dernière bourse de Londres?

Un signe négatif. Elle tire un journal de son sac.

SERMIONE, des lèvres. —^ Phu...

M""" LAVEUVE. — Avais-je raison.

quand je vous disais que Marthe serait à jjoint beaucoup plus tôt si je m'en mêlais? Je crois que nous pouvons nous occuper de la corbeille. Je commence...

— Voici.

REXNEQUIN.

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