SCENE YI
RENNEQUIN, SERMIONE
SERMIONE, après un instant de distraction. — Bonjour, mon cher. Vous avez désiré me voir ?
RENNEQUIN. — Mais oui. Et je pense que vous devinez pourquoi. Au moins, vous, vous allez pouvoir m'expliquer ce qui s'est passé hier chez moi. Car enfin, vous étiez aux premières loges. La petite manifestation a dû s'organiser sous vos yeux. Je vous avoue même que je ne comprends pas très bien comment, malgré votre présence...
SERMIONE, de très haut. — Plaît-il?...
On dirait, mon cher, que vous m'adressez un reproche, que vous m'attribuez une part de responsabilité ?
RENNEQUIN. — J'en aurais un peu le droit, convenez-en. Votre abstention est inexplicable ! Vous voyez tout, vous entendez tout, et vous n'essayez pas d'intervenir! Vous ne m'avertissez même pas!
SERMIONE. — Il y a méprise. Je n'ai rien vu. Je n'ai rien entendu. Je n'ai pas riiabitude de mettre l'œil au trou des serrures ni d'écouter aux portes, surtout aux portes de l'office. J'ai bien voulu, de mon plein gré, tenir compagnie à Marthe et à ses petites amies; mais vous ne m'aviez pas confié la mission — que j'aurais déclinée— de surveiller vos gens. C'est Sammy, je crois, qui était chargé de ce soin, sous la haute direction de... d'un autre.
RENNEQUIN. — Oh ! pas de sous-entendus, s'il vous plaît. Appelez les gens par leur nom.
SERMIONE. — Mais, mon cher, je no fais pas de sous-entendus : je ne veux pas
me mêler des affaires de ce monsieur, voilà tout.
RENNEQUIN. — Tant mieux. Car je commence à être las de vous voir tous tomber sur lui.
SERMIONE. — Et vous le défendez?
C'est trop drôle !
RENNEQUIN, se méprenant sur l'intention de Sermione et comme près de se jeter sur lui. — Oh!... Pourquoi est-co drôle?
SERMIONE. — Cherchea!... Vous faites votre enquête à la façon des enquêtes politiques : on dirait que vous avez peur qvi'elle aboutisse.
RENNEQUIN. — Vous VOUS tronipez et, en ce qui concerne M. de Lanspessa justement, je sais tout.
SERMIONE. — Je ne crois pas.
RENNEQUIN. — Et pourquoi 2
SERMIONE. — Parce que vous n'avez pas interrogé la seule personne qui puisse vous instruire du seul acte de Lanspessa qui soit réellement de conséquence.
RENNEQUIN. — Quelle personne?
SERMIONE. — Adievx.
RENNEQUIN. — Quelle personne?
SERMIONE. — Mais... votre sœur, naturellement.
RENNEQUIN. VoUS OSCZ ! . . . VoUS OSeZ
me resservir les calomnies d'un ivrogne !... Sortez dici, vous n'y remettrez jamais les pieds.
SERMIONE. — Parfaitement. Mais, un mot d'abord : je ne veux pas de quiproquo. Je ne vous ai rien resservi du tout, mon cher. Je fais des propos d'ivrogne, le cas que... vous en faites vous-même, je répugne à insulter les femmes et j'ai une excellente éducation. J'ai dit ce que j'ai dit, rien de plus. Interrogez la baronne de Meyrieux. Demandez-lui s'il est vrai que vous n ayez qu'un signe à faire pour mettre votre bon ami Lanspessa aux prises avec la justice de son pays...
Quelques pas vers la porte.
RENNEQUIN. — Sermione... J'étais hors de moi...
SERMIONE. — Oh ! nous voilà brouillés, c'est décidé, n'y revenons plus. Vous pensez bien qu'un monsieur de ma trempe ne se met pas dans le cas de se fâcher avec son meilleur ami sans avoir pour cela de très bonnes raisons. Adieu.
Il sort. Rennequin, seul, se promène avec agitation, puis sonne à un petit téléphone d'appartement.
RENNEQUIN, après avoir écouté au récepteur. — Oui, c'est moi, j'ai à te parler, descends.
J.1 reprend sa promenade. Catherine n'entre en scène au'après quelques instants.
absolument à un aveu? Que t'apprendrat-il après l'insulte publique? Et l'insulte même t'a-t-elle rien appris?
RENNEQUIN. — Es-tu folle ? Mais je n'avais rien voulu croire !
CATHERINE. — Tu crovais ne rien sa-
SERMIONE. — Oh! nous voiL.i brouillés, c'est décidé, n'y revenons plus.