‹ La meuteChapitre 6 sur 115 · SCENE lY · texte numérisé non relu

SCENE lY

j^mo LAVEUVE, SERMIONE

en bicycliste.

SERMIONE, de loin, bas. — Personne ?

M™® LAVEUVE. — Que moi.

SERMIONE, entrant. — J'ai chaud. J'ai semé Rennequin et la bande au Chinois. J'ai à vous parler. Vite! Ils collent à ma roue de derrière. Où est Lanspessa ?

m'"® LAVEUVE. — Asseyez-vous là. Je vais entreprendre votre main droite. Il faut justifier notre tête-à-tête, si ou entrait.

SERMIONE, s' asseyant. — Où est Lanspessa ?

M™^ LAVEUVE. — Sais pas... est-ce que nous les coupons aujourd'hui, ou bien estce que nous les limons seulement ?

SERMIONE. — Grave débat ! Coupez, un rien... Où est Lanspessa? Pourquoi ne l'a-t-on pas vu de la journée? Y a-t-il de la brouille? Je l'espérais. Je voulais en profiter pour entretenir Rennequin d'une affaire ; mais il était de si méchante humeur que, finalement, je me suis abstenu... Abattez les angles... Vous ne voulez rien dire?

M™" LAVEUVE. — Je ne trahis personne.

Je tiens la balance égale entre les intérêts divers et généralement contradictoires qui me sont confiés, jusqu'au jour où le simple bon sens m'indique de lâcher un de mes amis.

SERMIONE. — Vous êtes cynique, vous.

M™" LAVEUVE. — Trempez votre main, s'il vous plaît.

SERMIONE, après un temjjs. — Vous vovez toute sorte de monde?

M™° LAVEUVE. — Plutôt dii monde bion.

SERMiONE. — Vous ne refuseriez pas de servir d'intermédiaire dans une affaire?

m'"" LAVEUVE. — De quel acabit ?

SERMIONE. — Industrielle.

M™" LAVEUVE. — Il se pourrait.

SERMIONE. — ■ Moyennant commission.

M™" LAVEUVE. — Sous-entendu,

SERMIONE. — Bon... A quelle heure vous trouverai-je demain chez vous?

M™'' LAVEUVE. Pas.

SERMIONE. — Comment, pas?

M™'' LAVEUVE. — Je vais eu ville, je n'autorise aucun de mes clients à venir chez moà.

SERMIONE. — Pourquoi?

M™^ LAVEUVE. — Parce que, la première fois, ils me paient bien leur cachet, mais la seconde fois ils me font payer leur voiture... Allez-y..,

SERMIONE. — Mais... (Prenant son parti.) Voici. Je m'intéresse à un jeune inventeur.

M""" LAVEUVE. — Vous avez un intérêt dans une affaire d'invention.

SERMIONE. — Non.

M'"® LAVEUVE. — Alors, je sais qui c'est.

SERMIONE. — Comment?

M™" LAVEUVE. — C'est Victor, le frère de M™® Chevance, à qui elle a offert une éducation de bourgeois, ancien élève de l'Ecole polytechnique, fruit sec. Je le connais : c'est une espèce d'anarchiste aux mains propres. Son invention ne doit pas valoir ça. Il a pris un brevet quelconque, et il cherche à en tirer de l'argent... Ah! vous ne vous contentez plus de faire les affaires de M™® Chevance, vous voulez enrichir la famille? Je sais comment tout ça finira.

SERMIONE. — Je ne vous le demande pas.

M™® LAVEUVE, regardant les paumes de Serniione. — Je l'ai lu dans vos mains. Vous avez une jolie croix de mariage... Je vous garantis que Marthe deviendrait... épousable beaucoup plus vite si vous me mettiez franchement dans votre jeu..

.Vous n'avez fait aucune ouverture à Rennequin, vrai?

SERMIONE. — Aucune.

M™*' LAVEUVE. — Dites à Marthe qu'elle ne lui souffle mot. Victor est-il à portée ?

SERMIONE. Oui.

M""" LAVEUVE. — Envoyez-le chercher le plus tôt possible. Qu'il se tienne là-haut dans la chambre de sa sœur : j'irai lui parler après la séance. Personne ne le connaît ici?

SERMIONE. Non,

M""' LAVEUVE. — Personne ne sait qu'il existe ?

SERMIONE. — Personne.

M"'" LAVEUVE. — Tant mieux. Surtout, qu'il ne dise son nom à personne.

SERMIONE. — Vous avez une idée?

M™° LAVEUVE. Oui.

SERMIONE. — Qu'est-ce que vous allez faire ?

LAVEUVE. — Ça ne vous regarde

pas.

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