SCENE II
Les Mêmes, GERTRUDE
GERTRUDE, wpercevant la comtesse. — • Ah ! madame !
LA COMTESSE. — ■ Oii est ma fille? Où est le marquis ? Et oii sommes-nous 1
GERTRUDE. — Madame, je n'en sais rien, mais vous êtes la dernière personne que je m'attendisse à y rencontrer.
LE CHEVALIER. — Mais vous avez un air d'égarement.
Sylvie ou la Curieuse d'Amour
GERTRUDE. — Ah ! monsieur, je deviendrai folle. Après dîner, M. le marquis m'envoie dire que je descende sans retard. En bas, je trouve un carrosse, on m'y pousse et, après deux heures, on m'en tire à la porte d'une maison qui est près d'ici.
LA COMTESSE. — Qui vîtes-vous dans la maison 1
GERTRUDE. — Personne. Mais j'étais libre d'aller et de venir. J'entre dans une salle, que je juge être une salle à manger, d'après les peintures qui représentent un l'epas romain. Ah ! madame, ces gens-là ne savaient donc point qu'il y a temps pour tout et que Ion ne fait pas bien deux choses à la fois ? Je passe dans la chambre voisine, qui est drapée d'un gourgouran du vert le plus doux qui se puisse imaginer. Mais les trumeaux ! Sur chacun d'eux, un tableau, d'une invention d'ailleurs et d'une exécution miraculeuses, imite les extases de l'amour à son dernier épisode.
LA COMTESSE. — Oh! Oh!
GERTRUDE. — Vous pensez que je n'en pus supporter la vue. Je m'échappai. Mais le jardin est pire que la maison. A chaque détour d'allée, ce ne sont que nymphes surprises, faunes vainqueurs, ou Lédas avec leurs cygnes. Je veux me réfugier dans une grotte. Je me trouve tout d'un coup sur une pente tellement rapide que je suis entraînée. Je perds pied. Je suis soulevée de terre comme par une machine, qui me renverse sur un meuble fort moelleux. Par l'effet d'une autre machination, le plafond s'illumine, et je me vois moimême si effrontément multipliée par des glaces que ma pudeur s'en alarme. (Avec modestie.) C'est alors, madame, que vous m'avez entendue crier.
Le marquis entre en riant à gorge déployée.