HENRI
époux !
SYLVIE. — Tu ne sens point le charme de cette campagne?
HENRI. — Ton boudoir me plaisait bien davantage. Nous y étions libres, nous y étions seuls et tu allais combler tous mes vœux.
SYLVIE. — Est-ce ma faute si le marquis m'a fait enlever? Et pouvais-je faii-e mieux, en conscience, que de te prendre avec moi? Après tout, cela est amusant.
HENRI. — Je ne connais point d'amusement comparable aux joies que je goûtais déjà par avance, et dont me voilà sevré.
SYLVIE. — Qui te le dit? D'abord, nous mourions de faim, et nous n'avions pas un morceau de pain à nous mettre sous la dent : voici une table dressée, il y a deux couverts.
HENRI. — Je ne pense point que l'un des deux soit à mon intention.
SYLVIE. — Tu es bien discret pour un conquérant, et bien craintif pour un héros.
HENRI. — Je ne suis pas un conquérant ni un héros; je ne suis qu'un enfant comme toi.
SYLVIE. — Mûri par l'enthousiasme et grandi par la victoire.
HENRI. — L'idée qui m'a fait courir au combat est si simple, si raisonnable et si belle qu'il suffit d'une intelligence d'enfant pour la comprendre et d'un cœur d'enfant pour s'y dévouer. Héros peutêtre, mais j'ai vingt ans, je suis toujours timide et tendre, et quand tu t'es jetée à mon cou devant tout ce peuple, moi qui
Sylvie ou la Curieuse d'Amour
n'avais pas peur de mourir, j'étais plus ému, plus tremblant que toi.
SYLVIE. — ■ Timide et tendre? Il me souvient qu'au temps que nous jouions ensemble, tu avais bien plus de curiosité que de tendresse et d'hypocrisie que de timidité. Tu usais de moi comme tu pouvais pour faire tes humanités.
que d'abord il apporterait quelques lumières à notre naïveté.
HENRI. — Non, je ne pensais point à cela. Ma curiosité s'était éteinte, ma sensibilité naissait. Mon amour devint de l'amour du jour où il fut blessé par la jalousie.
SYLVIE. — Tu avais pourtant la bonne