‹ La meuteChapitre 78 sur 115 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, NICOLAS

TAILLEFER. — Regarde ce fier guerrier. C'est mon fils, Pierre Taillefer...

PIERRE TAILLEFER. Brutus.

TAILLEFER. — Oui... Sergent aux Gardes françaises sous le tyran, aujourd'hui capitaine...

NICOLAS, à Pierre. — Bonjour.

TAILLEFER. — J'avais hâte de te le montrer; mais tu es parti de bon matin.

NICOLAS. — Je viens de Paris.

TAILLEFER. — Tu en as rapporté ces fleurs? Est-ce en l'honneur de nos soldats? Leur passage a mis tout le pays en fête, ils sont les idoles de la population. Les femmes admirent leur aspect martial, les enfants jouent avec leurs armes. Tous, sans distinction de sexe ni d'âge, voudraient les suivre à la victoire ou à la mort... Mais tu m 'écoutes mal, citoyen, tu rêves.

NI COLAS, <7^7/'(ès lin r/este évasif, à Pierre. — Demeures-tu ici jusqu'à demain avec tes hommes ?

PIERRE TAILLEFER. - — Non.

NICOLAS. — Quand partez-vous?

PIERRE TAILLEFER. — Dans deux heures.

NICOLAS, pensif. — C'est peu.

TAILLEFER. — Que penses-tu faire?

Sylvie ou la Curieuse d'Amour

NICOLAS. — Tu verras. {Un temps. A Pierre.) Tu te fais fort de mener où tu veux tous ces moutons de paysans?...

PIERRE TAILLEFER. — Oui.

NICOLAS. — De les rendre enragés s'il 1p faut?

PIERRE TAILLEFER. — Je n'aurais qu'à leur dire... d'une certaine façon... ce que i'ai appris qui se passait chez toi.

TAILLEFER. — Holà ! citoyeu Gagnon, est-ce la tête de la ci-devant que tu veux

sublime », les mères liii tresseraient des couronnes. Tous voudraient me suivre jusqu'ici pour la saluer de leurs acclamations et de leurs chants.

NICOLAS. — Bon.

TAILLEFER. — Je ne comprends plus.

NICOLAS. — Tu comprendras bientôt.

Laissez-moi le champ libre, ici. Toi, Brutus Taillefer, retourne-t-en te promener sur la grand'place du village. Montre-toi.

TAILLEFER. — Regarde ce fier guerrier. C'est mon fils

enfin? II n'est pas besoin du fils pour cela : le père suffit à la besogne.

NICOLAS. — Laisse... {A Pierre.) Et si tu leur ra^îontais la même chose... d'une autre façon?... Si tu trouvais des accents émus pour leur parler de cette marquise, émigrée par force, qui n'a pu supporter la privation de sa patrie, qui est revenue à travers mille dangers, qui prodigue des soins maternels à un fils du peuple... Si tu leur disais qu'à cette vue, toi que ne trouble pas le spectacle quotidien de la mort, tu as versé des larmes d'attendrissement ?

PIERRE TAILLEFER. — Lls en verseraient avec moi ! Les enfants diraient à leur mère : a Montre-nous cette femme

Pérore. Sois respectueux envers les matrones, galant avec les jeunes citoyennes comme il sied à un fils de Mars. Souffre que les enfants manient ton sabre, apprends-leur des hymnes patriotiques. Entretiens cet enthousiasme utile que ta vue provoque. Je saurai tout à l'heure et j'irai te dire comment il convient d'en user pour notre intérêt commun.

PIERRE TAILLEFER. — Soit. Citoyen...

TAILLEFER. — ■ Maître Nicolas...

NICOLAS. — Bonjour.

Les Taillefer sortent. Nicolas va un instant sur la terrasse. Sylvie entre par la porte du premier plan, soutenant Henri, suivie de Gertrude.

Sylvie ou la Curieuse d'Amour

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