‹ La microbiologie en AustralieChapitre 8 sur 22 · de bœufs 70.615 chevaux en · texte numérisé non relu

de bœufs 70.615 chevaux en

Le gouverneur Philippe, on le voit d’après ces chiffres, avait apporté en Australie les premiers éléments de la fortune que devait bientôt procurer l’élevage à ce pays. Les chiffres ont parfois une éloquence singulière. Nous devons citer ici la progression constante suivie par l’émigration européenne.

En 1788 . 1.000 colons

L’écart déjà considérable, constaté entre les dernières années citées, s’accroît d’une manière plus brusque encore dans les années qui suivent : en 1855 ce nombre était de 642.000.

Vers l’année 1850, une révolution économique s’était produite ; les bruits répandus depuis quelques mois sur l’existence de gîtes aurifères venaient d’être confirmés par les découvertes de M. Hammond Margraves qui promettaient

des richesses incalculables aux explorateurs heureux du sol australien. Aussitôt, comme il était à prévoir, de toutes les parties de l’univers, on se précipita vers les mines d’or. Ce fut une course folle aux pépites.

Nous passons sur les conséquences d’un tel événement^, ce pourrait être la matière d’une étude particulière fort intéressante. La seule à retenir pour nous est la diffusion de la richesse : avec celle-ci arrivaient les besoins des peuples civilisés, le goût du luxe, et notamment le désir de se ménager des distractions somptueuses, des passe-temps agréables, copiés sur ceux de l’ancien monde. Quel passetemps l’eût emporté sur la chasse qui, en offrant un aliment à l’adresse et à l’agilité d’une race vigoureuse, permettait aussi l’étalage d’une prodigalité d’autant plus impatiente de se produire qu’elle était toute neuve?

De tous les sports ce fut donc tout d’abord le plus recherché. Encore fallait-il trouver une proie : le Kanguroo, et le Cygne noir, si amusants à chasser aujourd’hui, avaient le tort de ne pas rappeler l’Europe. Des sociétés d’acclimatation se formèrent : on parla d’apporter les animaux dont la fécondité assurerait le plus vite un gibier suffisant ; au premier rang les moineaux et surtout les lapins.

A qui donc serait venue Ifidée que, dans un pays aussi vaste, ces hôtes inoffensifs, constitueraient en quelques années un danger très réel? A peine un esprit plus clairvoyant ou simplement mieux informé, le comte de Castelnau, alors consul de France à Melbourne, osait-il parler, au sujet des moineaux, d’appréhensions, dont la trace se retrouve dans les comptes rendus des sociétés scientifiques de Melbourne de 1862.

Personne du moins ne faisait d'objection à l’introduction des lapins : on avait gardé un si bon souvenir des tirés d’Europe !

Un couple de ces animaux fut introduit en 1862 par M. Austin. Ges animaux répondirent rapidement aux espé- ' rances fondées sur eux; le climat aidant, leur fécondité européenne s’accrut encore, et les descendants du couple originel sont maintenant myriades. Gomme le dit, non sans emphase, un journaliste de Sydney « la main qui les caressait alors se retourne maintenant contre eux pour les détruire ». Les lapins sont devenus un péril national.

Le moyen de les combattre est la préoccupation de tous ceux qui ont le souci de la prospérité du continent australien. Le gouvernement et le peuple ne peuvent se dissimuler la gravité de la situation. G’est un rude adversaire qu’un animal qui, tout en restant de la taille du lapin européen, ou même devenant plus petit, est d’une grande voracité, et se pliant aux conditions du pays, ne recule ni devant une rivière à traverser à la nage, ni devant un arbre à escalader au besoin, pour le dépouiller de son écorce. On a pu tarder à prendre des mesures contre lui ; mais quand il a eu envahi et dévasté les 2/5 du pays, force a bien été de compter avec le fléau.

Dès 1878, seize ans seulement après l’introduction, les ravages sont tels que la législation les dénonce comme animaux nuisibles] le département du bétail, au ministère des mines et de l’agriculture, doit se préoccuper de leur destruction. Ils mangent l’herbe ; aussi on les considère comme une véritable calamité publique, et contre eux tous les moyens sont bons : on élève des barrières en fil de fer pour se défendre de leur invasion ; finalement leur tête est mise

à prix (1). C’est le procédé que nous avons jadis appliqué contre les loups.

En 1883, les Chambres votent, sur la proposition -de M. Abbott, une loi ou Act^ qui fait de la guerre aux lapins l’attribution d^une direction spéciale, partage le pays en un certain nombre de districts, et en confie la surveillance, sous le contrôle du ministre des mines, à des inspecteurs spéciaux. Le gouvernement renonce à payer uae prime par tête, mais prend à sa charge une partie des frais de destruction. Pendant les trois années qui suivent l’application de cette loi, une somme de oyize millions de francs est dépensée pour la protection de 205 propriétés.

Ces sacrifices, malheureusement, allèrent quelquefois à l’encontre du but que l’on se proposait.

Dans certains cas en effet, les lapins pouvaient être pour les propriétaires, d'un plus grand profit que les moutons ; aussi voyait-on des contrées où le lapin était l’objet d’un véritable élevage. Il fallait de toute évidence modifier la législation. Comme la plupart des propriétés dans les régions infestées sont encore terres de la Couronne, les locataires demandaient que l’on diminuât notablement leur loyer et qu’on rétablît, en même temps, la prime par tête.

Le ministre compétent, M. Abigail, se rendant compte de cette spéculation (2), refusa énergiquement.

(1) Le gouvernement paie jusqu’à 12 sols, et plus, par lapin abattu.

(2) Jusqu’en 1888, on a payé pour la destruction des lapins dans les sept co* lonies qui composent l’Australasie :

En Nouvelle-Galles du Sud; . 18.905.875 de francs

En Victoria; . . 8.293.100 »

En Australie méridionale ; . 3.214.350 »

En Queensland ; . 1.493.400 »

En Nouvelle Zélande ; . 461.300 »

En Australie de l’Ouest; . . .

En Tasmanie : . 2.072.050 y>

Le 31 août 1887 il fit paraître la note suivante :

Ministère des Mines. Sydney, le 31 août 1887.

Il est donné avis, par la présente, que le Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud payera la somme de 625.000 francs (i 25.000) à quiconque fera connaître et démontrera, à ses frais, une méthode ou un procédé encore inconnu dans la colonie, pour exterminer d’une manière efficace les lapins, procédé assujetti aux conditions suivantes :

lo Que cette méthode ou ce procédé recevra, après un essai d’une année, l’approbation d’une Commission nommée à cet effet par le Gouvernement, avec l’avis du Conseil exécutif ;

2o Que telle méthode ou tel procédé sera, d’après l’opinion de ladite Commission, inofifensif aux chevaux, moutons, chameaux, chèvres, porcs et chiens, et ne présentera pas l’emploi de matières ou substances qui pourraient leur nuire.

3° La Commission sera tenue de ne pas divulguer les détails de ces méthodes ou de ces procédés, à moins que cette Commission ne décide d’expérimenter ladite méthode ou ledit procédé.

Toutes les Communications relatives à ce qui précède doivent être adressées à the Honourable F. Abigail, Secrelary for Mines. Abigail. Sydney (Nouvelle-Galles du Sud).

Cet avis fut reproduit par tous les grands journaux du monde.

M. Pasteur, sitôt qu’il en eût pris connaissance, eut la pensée d’appliquer, à la destruction des lapins, les mé* thodes qui n’avaient été mises, jusqu’alors, qu’au service de la prophylaxie. La maladie, si longtemps étudiée dans son laboratoire, le choléra des poules, devait atteindre ce but; il proposa, par l’intermédiaire du journal le Temps^ n° du 27 novembre 1887, un moyen de destruction très simple et très rapide. Voici sa lettre :

Paris, 27 novembre.

A Monsieur le Directeur du Temps.

* Votre journal annonçait, il y a peu de jours, que le Gouvernement de la Nouvelle-Galles du vSud était tellement impuissant à lutter contre un fléau d’un genre particulier — la pullulation des lapins — qu’il proposait un prix de 625.000 francs pour la découverte d’un procédé destiné à leur extermination. Des portions considérables de la Nouvelle-Zélande, non moins ravagées que l’Australie, sont abandonnées par les fermiers, qui renoncent à l’élevage des moutons par l’impossibilité de les nourrir. Chaque hiver on lue les lapins par millions, sans que ce carnage paraisse en diminuer le nombre. Voulezvous me permettre de faire parvenir dans ces lointains pays, par l’organe du Temps, certaines idées dont l’application pourrait peutêtre avoir quelque succès?

« On a employé jusqu’à présent, pour la destruction de ce fléau, des substances minérales, notamment des combinaisons phosphorées^ En s’adressant à de tels moyens, n’a-t-on pas fait fausse route? Pour détruire des êtres qui se propagent selon les lois d’une progression de vie elfrayante, que peuvent de] tels poisons minéraux ? Ceux-ci tuent sur place là où on les dépose ; mais, en vérité, pour atteindre des êtres vivants, ne faut-il pas plutôt, si j’ose le dire, un poison comme eux doué de vie, et, comme eux, pouvant se multiplier avec une surprenante fécondité ?

« Je voudrais donc que l’on cherchât à porter la mort dans les terriers de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Nouvelle-Zélande, en essayant de communiquer aux lapins une maladie pouvant devenir épidémique.

«11 en existe une que l’on désigne sous le nom Aq choléra des poules et qui a fait l’objet d’études très suivies dans mon laboratoire. Cette maladie est également propre aux lapins. Or, parmi les expériences que j’avais instituées, se trouve celle-ci : je rassemblais dans un espace limité un certain nombre de poules, et en leur donnant une nourriture souillée par le microbe qui est la cause du choléra des poules, elles ne tardaient pas à périr. Les basses-cours sont

quelquefois ravagées par de véritables épidémies de ce mal, dont la propagation est due, sans nul doute, aux déjections des premières poules malades qui souillent le sol et les aliments.

« J’imagine que la même chose arriverait pour les lapins, et que rentrant dans leurs terriers pour y mourir, ils communiqueraient la maladie à d’autres, qui pourraient la propager à leur tour. Mais comment faire pour que les premiers lapins ingèrent dans leur corps le • mal destructeur? Rien n’est plus facile.

O Autour d’un terrier, je placerais une barrière volante entourant un certain espace où les lapins viendraient chercher leur nourriture. Des expériences nous ont appris qu’il est facile de cultiver, en état de pureté parfaite et sur une échelle aussi grande qu’on peut le désirer, le microbe du choléra des poules, dans des bouillons de viandes quelconques. De ces liquides pleins de microbes, on arroserait la nourriture des lapins qui, bientôt, iraient périr ici et là et répandre le mal partout.

« J’ajoute que le parasite de la maladie dont je viens de parler est ' inoffensif pour les animaux des fermes, excepté, bien entendu, pour les poules; mais celles-ci n’ont pas besoin de vivre en pleine campagne.

« Je ne doute pas qu’il n’y ait, dans les pays infestés, des personnes toutes prêtes à appliquer le moyèn que je propose, moyen très simple, qui en tous cas, vaut la peine d’être tenté.

- « Veuillez recevoir. Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée. Signé : Pasteur.

Il n'y avait là qu’un conseil, qu’une idée préconçue. M. Pasteur voulut en vérifier la valeur par l’expérimentation. Cinq semaines après cette lettre, dont il adressait une copie aux agents généraux des colonies australiennes, auprès du gouvernement anglais, il résumait ses propres essais par le récit suivant, adressé à ces mêmes agents généraux : « J’ai eu la curiosité de faire des expériences directes sur les lapins. Je me rappelais que le choléra des poules

se communique facilement aux lapins ; mais je n’avais pas fait d’étude suivie sur ces rongeurs; souvent j'avais vu mourir des lapins qui avaient été placés dans des cages non désinfectées où des poules avaient succombé du choléra. C’est une question de savoir, (question résolue affirmativement par plusieurs), si le choléra des poules n’est pas simplement la septicémie des lapins, étudiée autrefois par le D’’ Davaiiie.

« Je fus bientôt assuré de la facilité avec laquelle le moindre repas donné aux lapins, après avoir souillé la nourriture par une culture du microbe du choléra des poules, entraîne rapidement la mort de ces rongeurs.

« Voici quelques-unes des expériences que j’ai fait faire à M. Loir, étudiant en Médecine, attaché à mon laboratoire.

« Le 27 novembre, on place dans une caisse cinq lapins ; iis y restent juscj[u’à 6 heures du soir sans prendre de nourriture; à 6 heures, on met dans une petite cuvette 100 cc. d’une culture virulente de choléra des poules, oùl'ontrempe les feuilles d'unchou. On laisse égoutter ces feuilles, puis on les donne à manger aux cinq lapins qui, après quelques minutes, ont achevé leur repas. On place avec eux, à minuit, trois lapins neufs non contaminés.

« Le 28 novembre, à 8 heures du matin, les cinq lapins contagionnés paraissent malades. Ail heures, deux sont morts, c’est-à-dire dix-sept heures après le début du repas. Les trois autres meurent à 3 heures de l’après-midi, vingt heures après leur repas.

« Le 28 novembre, à 7 heures du soir, on trouve mort un des lapins mis la veille, à minuit, avec ceux qui ont mangé

le repas infectieux. Les deux autres lapins ne sont pas devenus malades.

(( Le samedi 3 décembre, à 5 heures du soir, on donne à manger à quatre lapins des feuilles de choux sur lesquelles ont été répandus 10 cc. de culture virulente de choléra des poules, étendus de 100 cc. d’eau stérilisée. A minuit, tout le repas a disparu depuis plusieurs heures ; on place avec eux quatre lapins neufs.

«Le4décembre,à8heures du matin, deux lapins semblent tristes. A 11 heures, il y a un mort ; à 2 heures, deux autres morts ; à 4 heures meurt le dernier de ceux qui ont mangé.

« On laisse les cadavres avec les lapins neufs mis la veille, à minuit, dans la caisse.

« Le 5 décembre, on trouve un de ces lapins mort ; le 6 décembre, un autre; le 7 un troisième; enfin le quatrième meurt le 9 décembre.

« Les lapins précédents étaient des lapins domestiques.

« Le 17 décembre, on donne à un lapin de garenne 10 cc. de culture de choléra des poules, également sur une feuille de chou.

« Le 18 décembre, il meurt.

« Dans tous les cas précédents, on a vérifié que la mort était bien due au microbe du choléra des poules.

«Le 3 décembre et jours d’après, on fait des expériences sur les animaux suivants: porcs, chiens, chèvres, moutons, rats, chevaux, ânes, toujours par contamination des repas. Aucun de ces animaux n’a été malade.

« Il y a plus : faction sur les lapins est si rapide, il est si peu besoin de multiplier les repas que je suis persuadé, en

me reportant à mes anciennes expériences sur les poules, que celles-ci même ne mourraient pas si on les laissait sur le sol que les repas des lapins auraient pu souiller en partie; elles ont, pour la maladie, beaucoup moins de réceptivité que les lapins.

« Au contact de l’air, le choléra des poules meurt asse? promptement. Il perd sa virulence à 51° G., température quelquefois atteinte, dit-on, en Australie pendant l’été, mais il ne serait jamais nécessaire de s’occuper des lapins, au milieu du jour, en pleine chaleur.

« La conservation du microbe du choléra des poules est facile, au contraire, à l’abri de l’air et pendant plusieurs années : on pourra donc toujours se procurer de la semence très virulente. Mes expériences d’autrefois communiquées à l’Académie des Sciences en sont la preuve.

< Les cultures du choléra des poules peuvent être faites dans les bouillons les plus divers d’animaux quelconques. Un des plus économiques serait sans doute celui qu’on pourra préparer avec la chair des lapins.

« Il résulte des expériences qui précèdent que, non seulement les lapins qui ont ingéré une nourriture souillée par le microbe meurent très rapidement, en moins de vingtquatre heures, mais que les lapins associés à ces derniers, qui n’ont point eu d’aliments contaminés, meurent également en grand nombre.

« Je réserve la question du mode de contagion. C’est un point que j’examinerai plus tard.

« Est-il vrai que les lapins d’un terrier ne se mêlent pas à ceux des terriers voisins ?

< On peut envisager, sans appréhensionpour la réussite du

procédé, le cas où les lapins d’un terrier ne frayeraient pas avec ceux des terriers voisins et n’y porteraient pas la contagion après qu’ils auraient été contaminés.

« La maladie se communique si facilement par les repas que, alors même que la contagion n’existerait pas des lapins infectés aux autres non infectés, la destruction de ces animaux n’en serait pas moins facile.

« Je parle, dans ma lettre au journal le Temps, de barrières volantes placées autour des terriers. Cette complication serait inutile.

« Je me représente l’épreuve en grand de la manière suivante : autour d^un ou plusieurs terriers, je ferais faucher une certaine quantité d’herbe qui serait ramenée ensuite avec des rateaux à la portée des lapins, avant leur sortie du soir. Cette herbe, souillée de la culture du microbe, serait mangée par les lapins dès qu’ils la rencontreraient sur leur passage. Une barrière serait inutile pour les arrêter et les forcer à manger. On aurait ainsi, en quelque sorte, la répétition de l’expérience de Reims, dont je vais parler.

« Il était bien désirable qu’une expérience pût avoir lieu sur une grande échelle.

« Le hasard vint bientôt me l’offrir dans les conditions les plus favorables.

« Mme Vve Pommery, de Reims, propriétaire de la grande maison des vins de Champagne qui porte son nom^ m’adressa la lettre suivante, après avoir lu ma Note insérée dans le journal le Temps.

Monsieur,

Reims, le 3 décembre 1887.

Je possède à Reims, au-dessus de mes caves, un clos de huit hec-

tares, totalement entouré de murs. J’ai eu la fâcheuse idée d’y mettre des lapins pour procurer une chasse, en ville, à mes petits-enfants.

Ces bêtes ont tellement pullulé et minent le sol à un tel point que je désire les détruire. Les furets sont impuissants à les faire sortir de tas énormes de craie où ils se réfugient.

S’il pouvait vous être agréable d’expérimenter le procédé que vous préconisez pour la destruction de ces animaux, en Australie, j’offre de vous en faciliter le moyen.

Recevez, etc.

Signé : Vve Pommery.

« Bientôt après, j'appris de mon intelligente correspondante que, dans la crainte de voir les lapins de son clos, poussés par la faim, prolonger outre mesure leurs galeries souterraines et compromettre la solidité des voûtes des caves, on avait eu depuis longtemps l’idée de les retenir dans leurs terriers, non loin de la surface du sol, en leur servant, chaque jour, un repas de luzerne ou de foin distribué autour des terriers. On comprend dès lors aisément combien il était facile de tenter la destruction des lapins du clos de Mme Pommery.

« Le vendredi, 23 décembre, j’envoyai à Reims M. Loir arroser le repas du jour d’une culture récente du microbe du choléra des poules.

« Gomme à l’ordinaire, la nourriture fut consommée dans l'intervalle de quelques minutes. Le résultat en fut pour ainsi dire surprenant.

« Mme Pommery m’écrivit, le 26 décembre :

Samedi matin (par conséquent dès le lendemain du repas mortel), on compta dix-neuf morts en dehors des terriers.

Le dimanche, le clos ne fut pas visité.

Le lundi matin, on compta encore treize morts et depuis samedi

on n’a pas vu un seul lapin vivant courir sur le sol. En outre, comme il était tombé un peu de neige pendant la nuit, on ne vit nulle trace de pattes de lapins autour des tas de craie.

« En général, les lapins meurent dans leurs terriers. Les trente-deux cadavres trouvés sur le sol du clos devaient donc représenter une très faible minorité parmi les morts, ainsi qu’on le verra tout à l’heure.

« Dans une autre lettre du mardi 27, Mme Pommery m’écrit :

La luzerne (luzerne déposée autour des terriers le lundi soir) n’a pas été touchée et de nouveau on n’a vu nulle trace de pattes imprimées sur la neige. Tout est mort. . .

<( Et Mme Pommery, faisant allusion à des journaux am glais qui avaient beaucoup critiqué le procédé que j^avais proposé, journaux qu’elle avait eu robligeance de m’adresser, ajoute :

Que deviennent les attaques anglaises en présence d’un tel résultat ? Un clos de 8 hectares fourmillant de lapins, devenu un champ de mort.

M. Pasteur empoisonne un repas ordinaire de ces lapins, et les jours suivants rien ne remue ; tout est fini, tout est mort.

« Combien de lapins sont morts dans les terriers ? 11 est difficile de le savoir exactement. Cependant Mme Pommery m’informe, par une lettre que je viens de recevoir, aujourd’hui 5 janvier, « que les ouvriers estiment à beaucoup plus d'un mille le nombre des lapins qui venaient manger les huit grosses bottes de foin qu’on distribuait chaque jour autour de leurs terriers ».

« D’autre part, ajoute Mme Pommery, partout où l’on dé-

couvre un peu les monceaux de craie, demeure habituelle des lapins, on voit des tas de cadavres de deux, trois, quatre et cinq lapins.

« En terminant cette Notice, j’ai rhonneur d’informer le très honorable Agent général que mon intention est d’envoyer en Australie et à la Nouvelle-Zélande deux jeunes savants pour appliquer, dans ces lointains pays, le procédé que je viens d’exposer.

« J’exprime enfin le désir que mon travail soit admis àconcourir pour le prix de 25.000 livres sterling qui a été proposé récemment par le Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud pour l’extermination des lapins en Australie.

« Veuillez agréer. Monsieur l’Agent général, l’hommage de ma haute considération.

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