‹ La Migraine Accompagnée d'ÉpilepsieChapitre 12 sur 34 · ER · texte numérisé non relu

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B. — De Piorry à l'Ecole de la Salpétrière.

Charcot, dans une leçon du mardi qui traite de la migraine, à fait remarquer que Piorry a le premier employé le terme de migraine accompagnée pour désigner les troubles nerveux qui s'ajoutent à certains accès. On trouve en effet dans cet auteur le passage suivant qui suit la description des troubles gastriques : « Mais il ne faudrait pas penser que ce fussent là les seuls accidents dont la migraine excessive soit accompagnée; il arrive qu'un des côtés de la langue ou de la face, que les membres inférieurs et surtout les supérieurs éprouvent un frémissement douloureux qui rappelle les oscillations de l’image dans l’œil, qui en a le caractère de vibration, et qui, commençant par la pointe de la langue, une partie de la face, le bout des doigts ou des orteils, remonte peu à peu vers l'axe cérébro-spinal, en disparaissant successivement des points où 1l s'était d’abord développé. Cette sensation bizarre ressemble assez bien à celle que l’on éprouve dans les crampes, ou au sentiment pénible que l’on éprouve dans les doigts lorsqu'on s’est heurté le nerf cubital au coude. Quand cette douleur est parvenue vers le centre nerveux, elle cesse de se faire sentir. »

» Quelques années après, Labarraque consacre deux pages de sa thèse aux troubles nerveux dans la migraine. « Dans certains cas de migraine très intense, dit-il, on observe du délire : c’est le résultat de la violence des douleurs... Du reste, cette complication s’observe très rarement. On voit survenir quelquefois des mouvements convulsifs soit partiels, ce qui est plus commun, soit généraux, ce qui est infiniment plus rare. Ils peuvent avoir pour siège les muscles de la région occupée par la céphalalgie. Les muscles voisins en sont affectés parfois; alors on voit du tremblement des paupières, un tiraillement particulier de l'angle externe de l'œil, une contraction violente des muscles du cou, alors, la tête est ou renversée en arrière ou inclinée latéralement, et, dans quelques cas, le ma-

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lade ressemble à un individu atteint de tétanos. Enfin, on à observé des mouvements convulsifs des muscles abdominaux, et même de tous les muscles de l’économie. Ces accidents, du reste, n'avaient pas de suite et disparaissaient quand les douleurs qui leur avaient donné naissance venaient à diminuer,. La sensibilité est presque toujours modifiée dans quelqu'un de ces organes; ainsi, dans les membres, on remarque du froid, surtout aux pieds, des fourmillements que la marche augmente; il y a un sentiment de fatigue, de courbature générale, un indicible besoin de repos, une tendance marquée au sommeil. Dans la vue, il y a un trouble insolite; les objets sont environnés d’une sorte de brouillard... »

Dans son historique de la migraine, Cornu ne semble pas avoir bien entendu. l'opinion de Trousseau, car il écrit que, « d'autre part, sous le nom de « névralgie épileptiforme » il signale des cas de convulsions partielles liées à l’accès ». Le grand chnicien a pris soin de nous faire remarquer au contraire : « qu'il n'y a entre la névralgie et l’épilepsie véritable qu'une grande analogie et non point une identité. En eflet, quand on voit survenir chez un individu des vertiges ou des auras épileptiques, 1l est rare que la grande attaque ne s’observe pas quelquelois, il est rare surtout que l'intelligence ne soit pas légèrement troublée pendant et après le vertige. Or, jamais encüre, dans les attaques de névralgie épileptiforme je n'ai constaté la moindre altération de l'intelligence. »

Après avoir cité deux faits d’épilepsie survenue chez des malades ayant présenté de la névralgie épileptiforme, Trousseau remarque quil n'y a peut-être eu qu'une simple coïncidence. Mais si les deux affections se rencontrent plus souvent liées ensemble et si les antécédents héréditaires, qui n’ont pas été notés, étaient ceux dés épileptiques, « il faudrait peut-être ranger la névralgie épileptiforme à côté du mal comitial et considérer que ces deux maladies sont l’expression de la même ‘ause ».

Dans une autre clinique, le maître de l'Hôtel-Dieu voit, dans la migraine une manière d’être de la goutte larvée. « De

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ces migraines périodiques, ajoute-t-il, nous pouvons rapprocher certains accidents cérébraux survenant d’une manière passagère, mais à des intervalles plus où moins courts, accidents qui ont été rangés à bon droit par Musgrave, Wepfer, Van Swiéten, par tous ceux qui se sont occupés de la question, parmi les phénomènes produits par la goutte irrégulière larvée. Tantôt ce sont des vertiges, comme chez cet homme dont parle le commentateur de Boerhaave, qui pendant deux ans était pris de ces accidents toutes les fois qu'il essayait de se tenir debout. Les plus habiles praticiens avaient en vain essayé de le guérir. Tout à coup, il eut une attaque de goutte, dont jusque-là il n’avait ressenti aucune atteinte, et dès lors il se trouva délivré de ces pénibles vertiges... »

Van Swiéten raconte le fait d’un individu, auquel il donna ses soins, qui éprouvait de violentes douleurs abdominales avec délire et tremblement universel; plus tard, cet individu eut un accès d’épilepsie. Un jour, il fut atteint d'une violente douleur de goutte dans le gros orteil; à partir de ce moment, il eut deux fois par an des attaques de goutte régulière et, depuis lors, il ne fut plus tourmenté par les accidents nerveux qu'il avait éprouvés aunaravant.

Pour terminer, Trousseau fait rentrer dans la diathèse goutteuse, à côté de la migraine, l’angine de poitrine, la cardialgie-goutteuse, les vomissements spasmodiques, certains états vaporeux, l'asthme nerveux, les coliques néphrétiques, la gravelle, les hémorroïdes et certaines affections cutanées comme certains eczémas et le lichen plan.

Dans le Dictionnaire de Déchambre, Gubler et Bordier ont écrit l’article sur la migraine. On y trouve le passage suivant : « La face, entraînée par l’action prépondérante des muscles du vôté douloureux, s'élève au-dessus du sourcil opposé. Ces contractions musculaires prennent parfois le caractère de véritables convulsions; de pareils phénomènes peuvent même se produire sur les muscles du cou et sur ceux des membres, du côté opposé à la migraine, Enfin on peut assister à la généralisation des mouvements spasmodiques

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convulsifs faisant songer à une névrose grave. À ces troubles de la motilité peuvent se joindre des troubles correspondants de la sensibilité (fourmillements, paralysie) ou de la circulation capillaire (pâleur, réfrigération des membres d’un côté). Dans certains cas, on a noté un véritable embarras de la parole. L'intelligence est profondément atteinte. »

Le remarquable traité de Liveing paraît en 1873. Dans cette monographie de plus de 500 pages, on trouve tout ce qui se rapporte à la migraine et à ses symptômes associés. La variété que nous étudions.y est classée et analysée d’une façon très minutieuse. Ce qui fait le prix de cet ouvrage admirable c’est surtout l’abondance des observations. J’y reviendrai dans les pages qui vont suivre.

Au début de l'ouvrage, Eiveing cite cette remarque de Bacon: « Dans chaque migraine ou vertige il y a un obscurcissement (de la conscience) joint à l'impression de tournoiement. Peu après, il fait appel à cette réflexion de Blaine : « Les migraines, tournoiements ou vertiges peuvent être considérés comme une espèce d’épilepsie, auxquels les chevaux ne sont pas exceptionnellement sujets et dans lesquels, sans avertissement prévu, l’animal dans son travail s'arrête court, secoue la tête, paraît incertain et égaré : il persiste dans cet état pendant quelques minutes et redevient alors comme avant. Dans les cas plus violents, il tombe à terre ou court d’abord en rond, puis s’aflaisse sans connaissance. »

Il faut rendre ici à Liveing un hommage rarement mérité par les auteurs étrangers, car il a écrit au début de son traité : «Je peux saisir cette occasion pour remarquer que les auteurs médicaux, et spécialement les Français, ont été dans cette matière très en avance sur nos propres auteurs, et quelques-uns de leurs traités sur la migraine sont très complets et précieux, et dépassent de beaucoup tout ce que je connais, dans notre langue, dans la reconnaissance des phénomènes variés de la maladie. Je mentionnerai seulement le traité bien connu de la migraine par Tissot, la thèse de M. Labarraque, l’article dans le Dictionnaire d’Adelon par M. Calmeil et le mémoire de M. Piorry. »

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Page 15, Liveing rapporte l'autre observation de Lebert jui est fort instructive. |

OBsERvATION IV. A. (Lebert in Liveing.)

J'ai moi-même subi, dit le professeur Lebert, trois accès de cette sorte dans ma vie, le premier au début de 1845, le second en 1847 et le troisième vers la fin de 1849. Ces attaques commençaient par quelque incohérence des idées, une difficulté à trouver les mots, et un engourdissement dans la langue et dans les derniers doigts de la main droite; une sensation de malaise général qui se compliquait au bout d'une heure ou deux par une douleur très aiguë au-dessus du soureil droit, et était aussitôt accompagnée de vomissements copieux, suivis immédiatement par la cessation du désordre des idées et de l’engourdissement, et qui ne laissait pas d’autres traces le matin suivant que la migraine ordinaire à laquelle je suis sujet.

Et Liveing ajoute que ce mal de tête nauséeux à type unilatéral est précédé par un désordre remarquable de l'idéation et une disparition de la parole aussi bien que par une perte de la sensibilité dans la langue et dans les doigts du même côté « et, je désire attirer une attention spéciale au fait, en rapport avec mon argument général pour l'unité essentielle de ces formes ou de ces degrés variés de désordres, que ces accès compliqués sont survenus de temps en temps d’une façcn intercurrente ou accessoire avec ceux de la migraine simple ordinaire à laquelle le professeur est sujet.

OBsERVATION V. A. (Liveing.)

Liveing rapporte ensuite une observation détaillée d'un homme H. T.., de 33 ans, qui le consulta à King's College Hospital en 1863 pour des maux de tête durant depuis cinq ans. Sa mère avait été migraineuse pendant la plus grande partie de sa vie; mais il n'avait aucun membre, de sa famille atteint d'épilepsie ou d’autres troubles nerveux. Les accès survenaient sans cause apparente, d’une façon sou-

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daine, avec une « apparition éblouissante » devant les deux yeux, accompagnée de « scintillements brillants et de couleurs », aucune partie du champ visuel n’est blanc, mais la vision distincte est si diminuée qu'il ne peut distinguer les lettres d’un livre. Ces visions sont augmentées par l’action de se baisser. « Quand cet état avait duré environ un quart d'heure, un engourdissement, une sensation de frémissement (comme l’on ressent au pied ou à la main que l’on dit « endormie », sensation « d’épingles et d’aiguilles ») commencent dans les doigts de la main droite, et s'étendent graduellement jusqu'à ce que le bras et le côté jusqu’à la gorge soient atteints; l’intérieur du gosier, la langue, les lèvres semblent partager cette sensation qui n’est plus maintenant cantonnée: au côté droit, mais affecte ces régions bilatéralement ». La parole est ensuite touchée. Je demandai . au malade, qui était un homme très intelligent, quelle sorte de diificulté il éprouvait en parlant; si c’étaient ses idées qui étaient confuses, ou s’il ne pouvait prononcer ses mots. « Non plus », répondit-il, et il ajouta : « Je ne peux pas vous dire pourquoi, mais il m'est absolument impossible de parler. Si je devais essayer, je dirais des mots tout à fait différents de ceux que je veux dire, ou qui n'auraient aucun sens; mais ma pensée est claire ou seulement un peu confuse, et je sais parfaitement ce que je désire dire. » La durée entière de ces symptômes est d'environ trois quarts d’heure, et comme ils ne calment, une céphalée bilatérale s’installe; elle n’est pas très vive au début, mais graduellement elle augmente d'intensité jusqu'à devenir intolérable, et le malade est obligé de se coucher par terre. La douleur est accompagnée de nausées, mais pas de vomissements; elle est augmentée par le bruit, soulagée dans une certaine mesure par le recueillement et le repos, mais bien plus par le sommeil quand le patient est assez heureux pour l'obtenir.

En ce qui concerne les troubles psychiques, Liveing faït remarquer qu'ils existent dans quinze de ses observations, soit juste le quart des cas envisagés. Ils appartiennent aux stades les plus précoces du paroxysme et le plus souvent précèdent donc le mal de tête. Dans quelques cas, où le trouble est de la variété émotionnelle, il peut être retardé ou prolongé à un

stade plus tardif. La variété intellectuelle des troubles psychiques est surtout constituée par les troubles de la parole. Le professeur Lebert dit que les plus sévères de ses crises « commencèrent avec quelque incohérence des idées et de la difficulté à découvrir les mots ». Le même auteur remarque qu'il éprouva aussi un singulier trouble de l'idéation : les circonstances et les événements qui étaient arrivés longtemps avant lui étaient rapportés comme s'ils étaient actuellement présents; sa conscience lui paraissait doublée, et le passé et le présent confondus. Après avoir fait allusion à un cas de Tissot, Liveing ajoute : « ceci nous incline à penser que quelquefois nous nous retrouvons dans l’épilepsie. » Il cite alors le cas de l’astronome Royat dont l'attaque hémiopique habituelle fut compliquée une seule fois par la perte de la mémoire et de la parole. Le docteur Spalding, de Berlin, a bien analysé les troubles de la parole. « Je m assis — dit-il — et écrivis les deux premiers mots, mais trouvais au bout d’un moment que j'étais incapable de continuer car je ne pouvais pas retrouver les mots qui appartenaient aux idées présentes dans ma pensée. Je m'aperçus que je parlais régulièrement des mots autres que ceux que j'avais l'intention de dire... J’observai, à mon grand étonnement, qu'au lieu des mots : « Fity dollars being one half year’s rate » que j'aurais dû écrire, il y avait « Fity dollars through the salvation of Bra — » avec un tiret après, car le mot « Bra — » était à la fin d’une ligne. »

La seconde forme de désordre psychique qui accompagne quelquefois le développement de la migraine est appelée affective ou « émotionnelle »... Romberg mentionne l'irritabilité du caractère comme trouble prémonitoire. Tissot rapporte le cas d’un médecin sujet à la migraine; il jouissait d'une excellente santé entre les paroxysmes, mais toujours devenait déprimé et de mauvaise humeur un ou deux jours avant. -Comme forme plus frappante de perturbation émotive Liveing souligne l’existence, au cours du paroxysme, d’un « vague et inexprimable sentiment de peur ».

* Liveing cite une observation très instructive.

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OBservaTION VI. A. (Liveing.)

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d'épilepsie et de l’incontinence d'urine dans l'enfance. Le malade, à

un oncle, souffrait de la migraine; son frère eut deux attaques

l'âge de 9 ou 10 ans, devint sujet à des maux de tête mensuels. A deux reprises il présenta une crise de la variété suivante : @ II avait été quelque peu excédé de travail à l’école; et il retourna chez lui de bonne heure avec mal à la tête; pendant qu'il se lavait les mains, il fut brusquement pris de ce qu'il décrivit plus tard comme un « cauchemar de veille ». Il perdit toute perception consciente de la salle et des objets qui l’entouraient, et il se sentit pendant sur le bord d’un précipice et autres choses horribles qu'il ne put se rappeler ou décrire. Les siens furent alarmés en l’entendant crier, et ils le trouvèrent sur les marches, dans une sorte d'état somnambulique, vociférant bruyamment. Il reprit ses sens au bout de dix minutes environ, mais il demeura passablement ébranlé et meurtri. La seconde attaque fut de très près semblable à la première, mais elle survint aussitôt après avoir été au lit, la nuit. Il fut de nouveau trouvé sur les marches, vociférant et somnambulique. Consécutivement il n’eut aucune attaque aussi marquée, mais on le trouva quelquefois redisant ses leçons ou les événements de la journée dans son premier sommeil. Ce fut peu de temps après que ces attaques aient cessé de le troubler, que sa migraine se développa d’une façon complète.

Page 129, Liveing, se rapportant à l’opinion de Trousseau, associe « avec Ces migraines périodiques certains symptômes cérébraux de caractère transitoire, mais survenant à intervalles plus ou moins fréquents, symptômes qui ont été correctement classés par Musgrave, Wepler, Van Swiéten, et tous ceux qui ont étudié la question, avec le phénomène produit par la goutte irrégulière et larvée. Celles-ci, quelquefois, prennent la forme de « vertige », comme chez l'homme dont parle le commentateur de Boerhaave, qui pendant deux ans fut toujours saisi de vertige quand il essayait de se lever. En

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