‹ La Migraine Accompagnée d'ÉpilepsieChapitre 17 sur 34 · AMI · texte numérisé non relu

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Enfin, c'est l'opposition systématique jusqu'aux conclusions de l’article. Lasègue n'accepte pas la comparaison entre les actions nerveuses physiologiques et pathologiques. « Adaptant ce principe à la migraine, dit-il, on a vu que l’auteur mettait sur le même rang toutes les crises nerveuses : épilepsie, asthme, migraine, vertiges, etc., parce que toutes procèdent à la manière des spasmes nerveux physiologiques et ne diffèrent du bâillement ou de l’éternûment que par le siège et l'intensité... Je me suis élevé au nom de la clinique contre cette généralisation plus dangereuse qu'utile et qui a pour aboutissant obligé la confusion. »

À cette opinion au moins étrange devait répondre quinze ans plus tard l'Ecole de la Salpêtrière.

En 1878, dans la Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, Bonnal publie l'observation suivante

OBsERvATION IX. A. (Bonnal.)

Morello Jean, 40 ans, né à Saluces, province de Corni (Piémont), est sujet depuis l’âge de 13 ans et demi à des accès douloureux avec symptômes épileptoïdes sans chute ni perte de connaissance qui, jusqu’au 1* novembre 4875, se sont régulièrement manifestés tous les mois, trois fois au moins et quatre fois au plus. Sa mère est morte à l’âge de 72 ans d’une maladie aiguë. Elle éprouvait assez souvent des douleurs de tête, sortes de migraines qui l’empêchaient de vaquer à ses occupations. Son pèré, mort aussi à 72 ans, a été atteint à neuf ou dix reprises différentes d’un violent mal de côté qui le forçait à garder le lit pendant huit ou dix jours et pour lequel on le saignaït très abondamment. Ce mal siégeait toujours à la partie antérieure latérale des trois dernières côtes, du côté gauche de la poitrine; il n’était accompagné ni suivi d'aucune expectoralion, et un intervalle d’au moins un an séparait toute nouvelle manifestation de la précédente. Enfin, l’unique sœur de Morello est morte des suites d’une opération césarienne. Il n’a jamais appris qu'aucun membre de sa famille eût été atteint de troubles nerveux.

Morello présente toutes les apparences d’une robuste constitution.

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Sa taille est au-dessus de la moyenne, et il est parfaitement constitué. Sa figure est très avenante; son intelligence est vive, son caractère assez insouciant. Il a reçu une assez bonne instruction, et pendant quinze ans il a été employé dans les bureaux de la douane italienne.

Ce fut à l’âge de 13 ans et demi, que se manifesta le premier accès et sans cause déterminante appréciable, La santé de Morello avait été jusque-là excellente. Pas d’onanisme, et ce n’est que plus tard qu'il a commencé à voir des femmes. Trois mois après ce premier accès en survint un second, qui fut suivi cinq mois après d’un troisième, À partir de ce dernier, les accès se montrèrent pendant vingtcinq ans quatre fois au plus et trois fois au moins par mois, laissant entre eux un intervalle minimum de sept jours. Chaque accès était annoncé dès la veille par une douleur constrictive à la nuque, d’autant plus intense qu'il devait être plus violent. Il débutait ordinairement par un sentiment d’oppression précordiale et par un trouble de la vision avec strabisme et obscureissement de la vue. Le malade voyait des nuages dans lesquels apparaissaient des arcs lumineux et vacillants, sortes de lignes de feu en zig-zag présentant un scintillement continuel, phénomènes en tout semblables à ceux signalés par Piorry et qui lui ont fait admettre une forme particulière de migraine, qu'il a nommée irisalgique. Si la crise le prenait chez lui, Morello fuyait immédiatement la lumière et allait s’enfermer dans une chambre obscure. Si, au contraire, il se trouvait hors de sa demeure, averti par ces prodromes, il cherchait aussitôt à regagner son domicile et parvenait à se diriger en mettant une de ses mains sur l’œil droit sans toutefois réussir à faire cesser complètement le strabisme. Après un intervalle variant de cinq à quinze minutes, il éprouvail au petit doigt de la main droite, quelquelois à l’annulaire, une espèce de fourmillement qui gagnait le poignet, puis le coude el qui, à deux ou trois reprises différentes, passait du coude au petit doigt et réciproquement, Tous les mouvements du bras étaient conservés, el il se bornait à le frictionner vigoureusement avec la main gauche, non atteinte. Après quelques minutes, ce spasme passait du coude, qui restait engourdi, au nez, à l'œil droit et à la langue, et le malade ressentait au visage comme des secousses électriques. La moitié droite de la langue se tuméfiait, et la pointe se diri-

geait du même côté. La parole devenait alors difficile, embarrassée, et quelquefois impossible; il lui arrivait mème de dire un mot pour l’autre, mais il avait la parfaite conscience, Cette première période durait une demi-heure au plus; alors commençait une seconde phase, caractérisée par une douleur croissante qui débutait à la région temporale droite et gagnait le sommet du crâne. Souvent survenaient des nausées, mais deux fois seulement en vingt-cinq ans, il lui est arrivé de vomir. Il n’a jamais eu ni cri, ni vertige, ni perte de connaissance, ni chute. Morello s’est toujours rendu compte de ce qui se passait autour de lui, et il a toujours eu conscience des phénomènes qu'il éprouvait... Quoique les accès se répétassent trois ou quatre fois par mois au plus, le malade ne pouvait guère compter que sur cinq ou six jours de santé entre chacun d'eux. Si à partir du cin-. quième jour il allait au bal et ne s’en retirait pas de bonne heure, ou s’il se livrait à des excès vénériens, le lendemain voyait indubitablement apparaître un nouvel accès. En revanche, les excès de table étaient sans influence.

Le 2 novembre 1875, Morello entra au Hammam de Nice en qualité d’apprenti masseur. Depuis son. entrée au Hammam, les accès ne vinrent que très rarement, ainsi vingt jours après son entrée, une première crise très légère, deux mois après une seconde crise et la dernière jusqu’à son départ, qui était le 15 juin 1876. Depuis cette date jusqu’à son retour au Hammam, il a eu deux accès légers, l’un au mois de juillet, l’autre au mois de septembre. Il à eu encore, en décembre, deux accès, et puis il n’en a pas présenté d'autre jusqu’au mois de mars 1877, époque à laquelfe le docteur Bonnal l’a perdu de vue. C’est done-une amélioration des plus remarquables des crises épileptiques aussi bien que des phénomènes de migraine ophtalmique.

Dans une étude détaillée sur la migraine ophtalmique parue la même année dans les Archives générales de médecine, Galezowski écrit : « Il est incontestable que les personnes nerveuses, les femmes hystériques et les individus atteints d'attaques épileptiformes peuvent accuser quelquelois des phénomènes de migraine ophtalmique. » Il cite alors le cas rapporté quelques mois avant par Bonnal.

Dans la seconde partie de son étude, l’auteur remarque que : « Le vertige est très fréquent dans la migraine ophtalmique; et il est d'autant plus prononcé que le trouble visuel est plus marqué et qu'il a duré plus longtemps; souvent même il subsiste encore pendant quelque temps après que ce dernier à disparu. » Un peu plus loin, il traite de l'aphasie passagère et de l'amnésie, qui sont des faits bien avérés depuis Liveing. « Lorsque le malade veut parler, il éprouve de la difficulté à prononcer certaines phrases et perd la mémoire de certains mots. Cet état dure quelques minutes, quelquefois un quart d'heure et même une demi-heure, puis tout rentre dans l’ordre. La présence de ces phénomènes, joints à des Tourmillements soit dans un bras, soit dans une jambe, peut faire penser à l'existence d’une affection cérébrale grave, alors qu'il ne s’agit réellement que de troubles nerveux ou tout au plus d’un spasme des vaisseaux, dans quelques portions très limitées du cerveau. » Voici deux observations à l'appui

OBSERVATION X. A. (Galezowski.)

Migraine ophtalmique avec vertiges et fourmillements au bras.

Me V.., âgée de 50 ans, nous est adressée par le docteur Noël Gueneau, de Mussy. Elle n’a jamais eu de migraine, mais depuis deux ans et demi, elle éprouve tous les deux ou trois mois des troubles visuels caractérisés par une hémiopie, des cercles lumineux et des éclairs en zigzags. Ces phénomènes durent de 15 à 20 minutes, et laissent après eux un léger mal de tête et des nausées. Souvent Me V... accuse des phénomènes d’aphasie, de vertige et de fourmillements dans le bras gauche, surtout lorsque les crises se prolongeaient, comme la dernière, par exemple, pendant deux heures. La malade à de fréquents rhumatismes articulaires et musculaires, elle a du sable rouge dans les urines et est très dyspeptique. L'intérieur de l’œil est parfaitement sain, si ce n’est que les artères paraissent un peu onduleuses.

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