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d’apparaîtré brusquement sans «motif et de cesser de même.
La douleur de tête était, au début, généralement localisée dans la région temporale du côté gauche de Ja têle; mais quelquefois êlle siégeait à la région occipitale et à la région frontale. Pendant quelques minutes elles restait limitée à une étendue très restreinte. C'était un clou qui s'enfonçail; puis elle s’étendait assez rapidement à tout le côté de la têle et au côté opposé; mais elle prédominait toujours du côté gauche. L'enfant était pâle, les yeux tirés, les extrémités élaient froides, la respiration était superficielle et semblait ne se faire qu'avec ellort. Au bout d'un quart d'heure, vingt minutes ou une demi-heure au plus, la douleur cessait brusquement sur toute son étendue. Exceplionnellement la cessation de la. douleur était précédée d’un vomissemenñt alimentaire ou de plusieurs suivant la période de la digestion. Les colères se manifestaient aussi spontanément et aussi brusquement. Sans préambule, l'enfant se mettait à invectiver les personnes qui l’entouraient, jetait en l'air ce qu'elle tenait à la main, brisait ses jouets ou tout autre objet, se roulait par terre en vociférant; au bout de cinq ou de dix minutes, on la voyait pâlir, prendre une expression triste puis, tout à coup, le calme revenait. Le plus souvent elle reprenait ses jeux ou ses occupalions, sans aucune observation, quelquefois elle disait : « J'ai bien souffert »; mais elle ne paraissait avoir qu'une mémoire confuse de ce qui s'était passé; rarement elle disait : « J'ai été méchante ».
Rarement ces crises de fureur étaient précédées par un état de malaise avec pâleur, pendant quelques minutes.
L'enfant disait quelques fois : « Je vais être méchante; c’est parce que je soufre que je suis méchante. » Elle se souvenait après l’accès d'une sensation d'angoisse précordiale très sensible. Ces crises bruyantes ont duré environ dix-huit mois, se répétant plusieurs fois par semaine, rarement plusieurs fois dans une même journée, alternant sans régularité avec les douleurs de tête.
Un jour, sans s'être atténuées ou modifiées en quoi que ce soit, les crises de fureur furent remplacées par des crises de torpeur : l’enfant prenait tout à coup une expression d’hébétude, restait immobile, ne répondant pas aux questions; ce n’était qu'avec peine qu’on pouvait lui arracher une monosyllabe, généralement mal appropriée,
EM: TEs Au bout de dix minutes ou d’un quart d'heure, elle se réveillait comme sortant d'un rêve; de temps en temps l'accès d’apathie se terminait par un vomissement. Les crises douloureuses n'avaient pas changé de caractère,
Vers dix ans, les crises douloureuses et les crises d’apathie paru- «rent s’atténuer et elles s'éloignèrent; l'enfant était souvent plusieurs semaines sans que rien se produisit. C’est à partir de ce moment que les douleurs de tête commencèrent à s'accompagner de troubles sensoriels qui variaient à chaque accès. Tantôt c’étaient des sensations lumineuses, des obscurcissements de la vue se manifestaient surtout du côté droit, mais non constamment; il n’est pas possible d'y retrouver sûrement le caractère hémianopsique : tantôt c'étaient des hallucinations visuelles généralement relatives à des animaux étranges. Quelquelois c'étaient des hallucinations auditives, la malade écoutait, tantôt d'un côté, tantôt de l’autre, des paroles prononcées à voix basse et dont elle ne comprenait pas le sens. Plusieurs fois elle à eu des hallucinations désagréables du goût s’accompagnant de l'expulsion de flots de salive.
A treize ans, les règles s’établirent d'emblée régulièrement et sans douleur. Depuis cette époque, les douleurs de tête ont complètement disparu; pendant plusieurs années, les crises apathiques ont été rares et courtes; mais cependant il ne s’écoulait guère un mois sans qu'elles reparussent, n'ayant d’ailleurs aucun rapport avec la menstruation.
Il y a deux ans, au mois de février 1895, au moment de son époque, M'e B... fut effrayée par une personne qu'elle rencontra inopinément dans l’obscurilé; l’écoulement s'arrêta. Pendant les jours qui suivirent, elle eut coup sur coup plusieurs accès de migraine avec accompagnements visuels, scotome scintillant suivi d’'hémianopsie droite, puis hallucinations unilatérales droites (probablement hémianopsiques) d'animaux qui venaient du côté droit et disparaissaient quand ils avaient gagné la ligne médiane. Dans tous les accès les images hallucinatoires avaient une couleur sombre. L'accès dans sa totalité ne durait guère que quinze ou vingt minutes. C’est alors que se présenta à plusieurs reprises un phénomène qui n'avait pas existé jusque-là ou du moins avait passé inaperçu. Après plusieurs des
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accès qui avaient paru les plus douloureux, la malade avait été abattue, et pendant cette période d’abattement elle avait perdu le souvenir non seulement de l'accès douloureux pendant lequel elle avait exprimé correctement ses sentiments, mais même un certaine période antérieure au paroxysme : elle fut prise un jour, dans une maison où elle se trouvait en visite depuis un grand quart d'heure; on: l’emmena malgré la migraine; sitôt rentrée chez elle, elle vomit puis tomba dans un état de prostration qui dura deux heures environ.
Elle ne se souvenait pas qu'elle était sortie de chez elle avant l’accès; le souvenir ne se réveilla qu’au bout de sept ou huit heures. Son entourage est convaincu qu'après un autre accès survenu à la suite d’une émotion morale, certains faits, qu'on ne tient pas d'’ailleurs à lui rappeler, ont complètement disparu de son souvenir.
Pendant une période de douze jours où il s'était produit huit accès de migraine, il n’y avait eu aucun accès d’apathie sans migraine. Et ce fut alors un nouveau changement à vue : les crises douloureuses disparurent, les crises d’apathie pure se renouvelèrent à peu près quotidiennement malgré le retour des règles qui se rétablirent avec régularité.
Elle ne se plaignait d'aucun autre trouble quand je la vis pour la première fois, le 26 mars 1895. La description de la dernière crise, donnée par la mère, caractérise assez bien la situation. Elle racontait un fait récent à une de ses sœurs; tout à coup elle pâlit légèrement, ses paupières s’abaissèrent, son regard se ternit, la parole se ralentit; la phrase achevée, elle se tait et reste l’air hébété. La connaissance ne paraît pas complètement perdue, elle tourne vaguement le regard vers une personne qui entre. On peut l’entraîner dans sa chambre, mais elle traîne les pieds, se soutient à peine et se laisse tomber sur un fauteuil, où elle reste inerte les bras ballants, les yeux à moitié fermés, la bouche béante. Au bout de dix minutes environ, son expression reprend de l’activité; elle s’adresse à sa sœur et reprend sa narration au moment où elle l’avait interrompue en s’excusant de son trouble; sa parole reste plus lente pendant quelques instants, puis l’ordre paraît rétabli : elle n’a ressenti cette fois-Ià aucune courbature, mais c’est ce qui arrive pourtant le plus ordinairement à la suite de ces sortes de crises.