CHAPITRE II
Observations nouvelles.
OBsERvATION I. N.
(Inédite, due à l’obligeance de M. le Professeur Abadie.)
Paul X.., 40 ans, vient en février 1902 consulter le docteur Abadie, se plaignant de migraines accompagnées de troubles oculaires avec perte de connaissance.
Les parents n’ont jamais rien éprouvé d’analogue; ils jouissent d’ailleurs d’une excellente santé.
Le malade signale vers l’âge de 3 ans, puis à 6 ans, enfin de 8 à 11 ans, des abcès volumineux siégeant à la jambe droite puis à la, racine de la cuisse gauche en dedans, enfin au niveau du cou de pied. el au poignet droit. La cicatrice de ce dernier abcès est encore visible. Il raconte ainsi son histoire :
« À l’âge de 11 ans et demi environ, en jouant aux quilles, j'ai reçu à la tête, près de la tempe (je ne sais si c'était à droite ou à gauche), un coup de morceau de bois brut, dont on se sert pour tomber les quilles et qui ne pèse pas moins d’un kilo. Au moment du choc je fus étourdi et cela dura pendant quelques minutes. Il me sembla alors que ma tête tremblait comme dans les crises que je devais avoir plus tard. Quelque temps après, vers l’âge de 12 ans environ, en jouant aux boules au sortir de l’école à six heures du soir, je fus aveuglé par un petit point obscur devant mes yeux, qui m'apparut comme un nuage noir qui me fermait complètement la vue. Un autre jour, en allant à l’école, à huit heures et demie du
matin, je lançais des sous en l'air avec mes camarades, et je me rappelle très bien qu'en levant la tête pour voir retomber les sous, mes yeux fixèrent le soleil en plein, ce qui me donna aux yeux des lueurs comme des étoiles ou des éclairs et je perdis connaissance. Cet évanouissement dura cinq à six minutes environ. De huit à quinze jours après, j'eus une grande crise qui commençait par une vraie étoile que je voyais fixe devant mes yeux, et qui devenait double lorsque je commençais à perdre connaissance. Ces étoiles allaient
en grandissant, et prenaient une dimension si grande qu'elles finis-
saient par m'envelopper complètement. Alors, ma tête se mettait à trembler comme si elle avait été mue par un ressort. Ces- étoiles avaient plusieurs couleurs que je ne pouvais distinguer, mais qui me rappelaient l’are-en-ciel; elles disparaissaient et réapparaissaient simultanément. Les couleurs que j'ai le plus remarquées étaient le rouge, le jaune, le bleu, couleur d'’éclair ou encore de flamme rouge. Pariois, ces étoiles s’arrêtaient net au bout de quelques instants sans qu'une grande crise ne survienne; ne s’accompagnant d'aucune souffrance; mais il m'arrivait d'avoir de grosses crises dans lesquelles les étoiles persistaient. Dans ces dernières crises je me mettais à pleurer; et, au moment où je perdais connaissance, je criais de toutes mes forces parce que j'avais peur. Après la crise, je souffrais de grands maux de tête et j'éprouvais l’envie de dormir. Après avoir dormi, je ne me ressentais plus de rien; je me rappelais de tout. Parfois les grosses crises survenaient pendant l'après-midi ou même la nuit; mais généralement, c'était le matin vers dix heures qu'apparaissaient les cerises. Elles revenaient environ tous les quinze jours et principalement aux époques des nouvelles lunes. Les petites crises survenaient à intervalles très variables. Je passais parfois plusieurs jours sans en avoir; et d’autres jours j'en avais cing, six et jusqu'à huit dans la journée. Enfin, les grandes crises comme les petites étaient très variables. Les petites erises que j'ai toujours sont encore variables, mais elles ne commencent pas comme les crises d’autrefois qui s’annonçaient, petites ou grandes, par des étoiles : Elles commencent par un trouble qui se fixe devant mes yeux pendant quelques instants. Quand cela persiste un peu, je m'affaiblis de partout; puis enfin, cela s’arrête tout d’un coup. Cela me vient par périodes,
» Pour en revenir aux débuts de ma maladie, j'ai souffert de grandes et de petites crises de l’âge de 12 ans jusqu'à l’âge de 14 ou 145 ans. Je suivis un traitement au bromure de potassium de Henry Mure; et à partir de ce moment tout semblait avoir cessé. Cependant, après sept ou huit mois de calme, des petits troubles me revinrent aux yeux par intervalles et à des époques quelquefois très éloignées. Ces petites crises ou menaces presque insignifiantes ne m'ont jamais fait perdre connaissance.
» Entre 1880 et 1895, de 18 à 33 ans, j'ai été sérieusement menacé tous les deux ou trois ans, par périodes très variables. Cela com: mençait par la menace d’une grosse crise; puis elle s’arrêtait brusquement; et ensuite j'étais menacé toute la journée, tous les quarts d'heure, toutes les demi-heures, ou toutes les heures. J'avais ainsi huit, dix, douze et quinze menaces de quelques secondes presque tou- “jours aux mêmes heures. Cela me prenait habituellement par un nuage ou un point noir qui obstruait ma vision. Quelquelois cela se changeailt en un ensemble de plusieurs nuances : rouges, jaunes, roses ou vertes. Cela s’efllaçait si brusquement que je ne pouvais pas bien les distinguer.
» Par périodes j'ai pris assez souvent des bromures. De 1888 à 1890, le docteur Gélineau me prescrivit lui-même ses dragées. J'en prenais une moyenne de deux à cinq en augmentant et diminuant, car à ce moment j'avais encore été menacé. Environ trois ou quatre ans après, en 1894, je fus consulter le docteur Charcot. Il m’ordonna son polybromure que je pris pendant deux ou trois ans de la manière suivante : s
» Tous les soirs en me couchant, les trois premiers jours de la semaine, une cuillerée à café dans un peu d’eau; les trois autres jours deux cuillerées et le septième jour trois cuillerées. Pendant deux semaines j'augmentais d’une cuillerée par soir et diminuais ensuite en sens inverse.
» Pendant l’été de 1895, j'allai consulter le docteur Pitres. Je Jui confiai que j'avais peur d'avoir une tumeur parce qu’une femme de ma connaissance avait une tumeur abdominale. Je souffrais souvent de petites menaces insignifiantes. Cependant, à deux ou trois reprises j'ai été sérieusement menacé, toujours par un nuage ou un point
noir m'obstruant la vue et me donnant une grande faiblesse générale. Par intervalle je prenais toujours un peu de bromure de potassium (de deux à quatre grammes par jour).
Ces dernières années, les crises me prenaient par un grand trouble aux yeux. Ce ne sont pas de vraies étoiles comme autrefois; et quand cela persiste, une grande faiblesse me saisit de la tête aux pieds; et quelquefois un petit tremblement nerveux m'agite. Parfois il est remplacé par un craquement de dents. Cela ne se présentait que lorsqu'il y avait menace d’une grande crise, rarement par conséquent. J'avais quelquefois des maux de tête et aussi quelquefois des lueurs aux yeux de la dimension d’une pièce de cinquante centimes nuancée d'une infinité de couleurs d’arc-en-ciel par exemple, et cela disparaissait. Cela représente un peu les lueurs que l’on garde un instant avant d’avoir fixé le soleil. J'ai remarqué que les menaces de ces petites. crises sont très fréquentes en temps d'orage. J'ai fait aussi les remarques suivantes : Quand je tourne les yeux à droite ou à gauche et surtout dans l'obscurité, j’aperçois des lueurs comme des étoiles étincelantes qui dansent à côté de mes yeux, qui vont et qui viennent pareilles aux petites crises que j'ai eues autrefois. J'ai noté également que pendant une menace de crise, j'avais mon côté gauche pris comme par une sensation de faiblesse durant quelques instants seulement. Il m'arrive souvent quand je regarde en l'air de remarquer, de voir une agglomération de pelits vers ou de tout petits serpents qui se meuvent dans tous les sens les uns autour des autres. Ces vers ou ces petits serpents sont d’une couleur lumineuse et phosphorescente. Cela a presque toujours existé chaque fois que j'ai voulu regarder en l'air.
» J'avais cessé tout traitement depuis deux ou trois mois, lorsque le dimanche 25 janvier 1902, à dix heures et demie du matin, je fus très sérieusement menacé d’une attaque. Elle commença par un point bleu ou jaune large comme une pièce de un franc qui allail et venait devant mes yeux. Elle se changea bientôt en une forme d'étoile de plusieurs nuances : rouge, vert, jaune, violet, ete. Cette étoile s’efflaçait et revenait si vite que je ne pouvais pas très bien distinguer les nuances; ce qu'il y a de certain, c'est que le rouge dominait. Au bout de trois au quatre minutes, cette forme d'étoile se
changea en arc-en-ciel zigzagant, les couleurs changeant de minute en minute, puis, tout à coup, cela cessa brusquement, et j'évitai la perte de connaissance.
» Autrefois les étoiles couraient du côté gauche. Dans les dernières crises, au contraire, elles se tiendraient un peu du côté droit.
» Aussitôt cette menace, je fus chez le docteur qui m'ordonna une potion de 75 grammes de bromure de potassium dans 500 grammes d'eau distillée. Le même jour, j'en pris deux cuillerées à soupe avant les deux principaux repas; et le jour suivant une seule avant chaque repas.
» Deux jours après, vers huit heures du soir, après mon diner, je fus menacé d’une crise semblable qui dura pendant dix à douze minutes. L’arc-en-ciel ne parut pas cette fois-là, mais j'éprouvai autant de peur que pour la crise précédente.
Le lendemain, mercredi 28 janvier, je fus voir le docteur Pitres qui m'ordonna la potion suivante :
Promuré de Potassium re MOME RE 90 grammes.
Proniurer. de "Sodiim ee re -ECEnine 25 grammes. Bromure Ld'AMMOMIUNME RAR PLEASE 25 grammes.
Paudistilées rer Re 1000 cc.
» Pour expliquer l'apparition de mes crises je ne trouve aucune imprudence. Peut-être surviennent-elles après un peu de surmenage ou une contrariété. Presque chaque fois que j'ai eu des relations intimes, j'ai été menacé d’une nouvelle crise; et je recourais alors au traitement bromuré.
» Malgré ces. crises, l’appétit a toujours été très bon, et je ne me suis jamais alité.
» Je reconnais cependant que cela m'a beaucoup énervé. »
ORsERvATION II. N. (Inédite.)
Fernande G..., 18 ans, vient à la consultation des maladies du système nerveux (professeur Pitres), le 16 août 1902, se plaignant de crises nerveuses et d’un mal de tête unilatéral. |
La mère n'a jamais présenté de crise convulsives. Le père, mort
ex
à 53 ans du cancer des fumeurs, fumait et buvait beaucoup; il était vraisemblablement syphilitique. Les grands-parents morts âgés, n'étaient pas névropathes.
La malade, nourrie au sein maternel a eu, à l’âge de deux mois, une seule crise convulsive. Elle a été à l'école de 4 à 16 ans. Réglée à 15 ans, ses menstrues ont toujours été irrégulières.
Dès son enfance, la malade à souffert de fréquents maux de tête. Ceux-ci survenaient presque toujours le jour. La douleur, qui siégeait surtout du côté gauche, était accompagnée d'une injection conjonctivale intense.
Il y a deux ans, sans cause apparente, la malade a présenté, le matin au lever, une crise convulsive. Depuis, les crises se sont reproduites presque toujours la nuit ou le matin. La malade pousse plusieurs cris. Elle a peur, appelle « Maman », mais ne sent pas venir sa crise. Alors, apparaissent des convulsions cloniques; la tête se tourne vers la droite. Il y a morsure de la langue et écume aux lèvres. Une fois, il y a eu miction involontaire. La malade ne garde pas le souvenir de sa crise. Depuis l'apparition des crises, la céphalée gauche est devenue plus intense.
Depuis cette époque, la mère a remarqué un changement dans le caractère de sa fille : Celle-ci est devenue insouciante; mais par moments elle est sujette à des accès de colère, et elle bat alors sa mère au moindre propos. Son regard est souvent hébété; elle lit et écrit difficilement, et sa mère a dû renoncer à lui faire apprendre l’état de sage-femme qu'elle exerce elle-même.
Examen. — Voûte palatine ogivale; adhérence du lobule de l'oreille droite; battement des paupières sans tremblement vrai. Pas de tremblement des doigts.
Traitement. — Bromure de potassium.
Revient le 10 janvier 1903. — Souffre toujours de la tête, principalement du côté gauche. Elle est toujours sujette à des attaques de nerfs, au cours desquelles on ne note plus de morsure de la langue ni d’incontinence d'urine. La malade ne sent jamais venir les crises, qui ont d’ailleurs diminué depuis qu'elle prend du bromure.
Traitement. — On augmente la dose de bromure à 75 grammes pour 1000.
OBservaTION HI. N. (Inédite.)
T.., 36 ans, caissier, vient à la consultation des maladies du système nerveux (professeur Abadie), le 27 janvier 1906.
Le malade souffre de la tête depuis l’âge de 17 ans. Chaque accès se déroule de la façon suivante : Le malade remarque que sa vue baisse; après un moment de scintillement, il ne voit plus que la moitié horizontale des objets qui l'entourent. Ces troubles visuels durent pendant dix minutes environ. Alors, apparaît une sensation d’engourdissement à la main. Elle gagne la tête du côté opposé à celui de la sensation pénible de la main. Rien d’anormal aux membres inférieurs. Les maux de tête caractérisés par une sensation d’étau qui serre le crâne accompagnent l'accès, et persistent pendant deux jours. Pendant l'accès, le malade a quelques vomissements.
En temps habituel le malade ne digère pas très bien. Il a remarqué qu'il ne souffre pas autant le dimanche. Ce jour-là, il est libre et va toujours se promener à la campagne. l
Il a suivi plusieurs traitements sans succès : pilules Moussette, quinine, phénacétine, électricité. Seul, le bromure l’a soulagé. La douleur de tête est devenue presque quotidienne.
Traitement : Bromure de potassium.
Revient quelque temps après. — Les petites crises ont disparu pendant qu'il prenait le bromure. Il est resté dernièrement quatre jours sans traitement, et a eu une petite crise. On conseille de reprendre le bromure.
Revient quelques mois plus tard. — Les grandes crises ne reviennent plus que tous les deux ou trois mois. Il n’en à pas depuis la dernière consultation.
OBsERVATION IV. N. (Inédite.)
Joseph Y..., 32 ans, maçon, chemin d'’Arlac, vient à la consultation des maladies du système nerveux (professeur Abadie), le 21 décembre 1921. Son père a eu plusieurs fois de fortes migraines, tantôt à droite, tantôt à gauche. Le malade a fait quatre ans de service militaire au Maroc. C’est là qu'il a commencé à soufrir de migrai-
nes. Accès palustres à 23 ans survenant tous les mois, en dehors des migraines. Rentré en France, a encore des accès de paludisme se superposant aux crises de migraine.
La maladie remonte à il y a trois ans et consiste en maux de tête localisés à un côté. Ils sont devenus plus fréquents. Actuellement, la migraine revient tous les mois plus forte qu'autrefois. Le malade a eu il y a trois ans un gros ennui à la suite duquel il aurait présenté un état confusionnel transitoire : il n’a pas parlé pendant trois semaines, mais il entendait et comprenail; ses yeux étaient injectés de sang; il avait perdu la mémoire; on remarquait l'évocation lente des souvenirs et la lenteur à répondre. La migraine était devenue plus fréquente avec vomissements contenant des filets de sang, puis elle restait légère deux ou trois jours et s’arrêtait brusquement. La migraine survient actuellement tous les quinze jours environ. Augmentation progressive de la fréquence. À quelques troubles de la vue et accuse des phénomènes lumineux. Il perd quelquefois connaissance et présente quelques secousses. Les phénomènes lumineux et les pertes de connaissance existent depuis trois ans. Dans la dernière crise, il avait des idées délirantes, des impulsions : sa fille se trouvait à côté de lui quand il a dit à sa femme : « Sors-moi la petite, je vais la tuer »; s’en souvient parfaitement. Urine très trouble, épaisse, presque blanche.
Examen. — Pupilles régulières, légèrement inégales, fa gauche étant plus grande que la droite; réflexes à la lumière et à la distance conservés. Réflexes tendineux normaux au membre supérieur. Au membre inférieur, les réflexes rotuliens sont normaux de même que les achilléens. Toutefois la recherche de l’achilléen droit détermine quelques secousses de trépidation.
Le foie est gros, s'étend sur cinq travers de doigts en hauteur. Rate percutable.
Traitement arsenical à suivre pendant deux mois.
Le 22 février 1922. — Accès très fréquents depuis décembre. A beaucoup souffert depuis huit jours. Pas de perte de connaissance. Pas d'amélioration pendant les deux mois de traitement arsenical. Essai consécutif de traitement spécifique. Après chaque accès il persiste une sensation de lourdeur de tête.
Revient le 5 avril 1922. — Se trouve un peu amélioré par le traite-
EE
ment mereuriel. Il n’a eu que deux accès de migraine qui ne l'ont pas obligé à interrompre ses occupations.
Revient le 24 mai 1922. — Le malade a eu un accès de migraine moins fort il y a trois semaines environ. Il se trouve nettement amélioré, mais signale l'apparition de vertige pendant les deux ou trois jours qui suivent la crise. On conseille au malade d'aller au dispensaire de prophylaxie suivre un traitement spécifique.
Revient le 7 juin 1922 avec une note du dispensaire où il est indiqué qu'il a reçu six injections intramuseulaires de biiodure de mercure les 24, 26, 29, 30, 31 mai et 1% juin. La réaction de Bordet-Wassermann pratiquée au dispensaire a été trouvée + ++. Le 2 juin le malade à eu un accès qui a débuté brusquement à l'heure habituelle vers quatre heures du matin. Il a duré pendant quatre à cinq heures. |
A l’examen, la pupille gauche est encore déformée:; les réflexes tendineux normaux.
On l'adresse au dispensaire pour y suivre un traitement arsenical sous-cutané prudent. On lui prescrit également une solution d’iodure de potassium à prendre à la dose de cinquante centigrammes par jour.
Revient le 28 février 1923. — Le malade n’a pas eu de grandes crises depuis quatre mois; mais les petites migraines surviennent encore très fréquemment soit d’un côté, soit de l’autre. On conseille un traitement au bromure de strontium et une médication spécifique.
Le malade n’est pas revenu depuis à la consultation.
OBsERvATION V. N. (Personnelle, Service de M. le Professeur Abadie.)
Alexine L..., 30 ans, domestique, 64, rue Terre-Nègre, à Bordeaux, entre le 15 juin 1923 salle 24, lit 1, parce qu’elle souffre de la tête depuis douze ans. ù
À H. — Père âgé de 65 ans: bien portant, seulement asthmatique. Mère âgée de 62 ans, en bonne santé. À eu quatre filles : L'une est morte de tuberculose pulmonaire à 20 ans; une autre, âgée de 15 ans, a eu des convulsions dans son enfance et présente actuellement un tremblement intentionnel; une troisième, âgée de 32 ans, en bonne santé; enfin, la malade. Avant ces quatre filles, la mère a eu trois autres enfants et deux fausses couches survenues après deux grosses-
ses normales.
À, P, — Née à lerme, nourrie au sein, Pas de maladie avant deux ans, À cel Âge à ou le eroup, À 6 ans, maladie aiguë, fébrile que la
malade ne peut préciser, Vers l'âge de 7 à 8 ans la malade soufre sou vent de l'oreille gauche, sous forme de douleurs très vives cédant
quand s'écoutait le pus, Cela dura jusqu'à 9 ans, Bonne santé habi-
telle, Va à l'école jusqu'à 44 ans el obtient son certificat d'études, Depuis lors, elle travaille à ln maison (repassage, lavage), puis travaille Ja terre, Elle à des maux de tôle fréquents, mais pas de migraine, Réglée à 12 ans et demi, Depuis, règles normales mais douloureuses, obligeant la malade à rester parfois au Hit le premier jour. Histoire de la maladie, -- Les maux de lôte existent depuis une maladie aiguë survenue il y a douze ans, à l'âge de 18 ans, A celte époque Ja malade qui était chez elle, dans les Pyrénées, éprouva brusquement, un malin en déjeunant, une sensalion de points noirs devaut l'œil gauche; et en même lemps, elle ressentit un engourdissement et des fourmillements dans le pied droit, La malade compare celle dernière sensation à celle qu'on éprouve dans un membre qui à subi une compression durant quelque Llemps au cours du sommeil : engourdissement, puis fourmillements, Elle ne perdit pas connaissance; ne se sentit pas défaillir; ne ressentit ni céphalée ni tournement de tête, Au bout de quelques secondes, une minute au plus affirme la malade, elle ne vit plus de points noirs devant l'œil gauche, et la sensation de fourmillements remonta le long du membre inférieur vers Ja racine, puis du côté droit du tronc, puis à l'épaule droite; de là, les fourmillements descendirent vers lextrémité du membre supérieur jusqu'aux doigts, Ils ne gagnèrent pas le cou ni la face. Cela dura environ cinq à dix minutes, En même temps la malade éprouva une sensation de froid dans les membres supérieurs et intérieurs droits, et dans le côté droit du tronc, sensation qui suivit la méme marche ascendante que les fourmillements, et s'arrêta comme eux à la base du cou, Aidée par sa mère, la malade se leva de sa chaise et fit quelques pas jusqu'à son lit; mais elle n'avait que très peu de force dans le membre inférieur droit et serait tombée si on ne l'avait soutenue, Elle put se servir à grand'peine de son membre supérieur droit pour entourer le cou de sa mère, n'ayant aucune
force dans ce membre, surtout dans la main qui pendait inerte, On
ja mit au lit. Elle n’était pas obnubilée, parlait peu, gémissait, pleurait, demandait ce qu'elle avait, mais ne se plaignait pas de soufirir. Pas de convulsions. Pendant que se passaient ces phénomènes, la malade se rendit parfaitement compte des personnes qui étaient autour d'elle; elle entendait ce qu’elles disaient et elle les voyait. Aussitôt au lit, elle s’endormit prise d’un besoin invincible de sommeil, et elle dormit profondément pendant trois jours. On la réveilla plusieurs fois pour l’alimenter avec dés liquides (tisanes, lait); mais les réveils lui étaient très désagréables; et, au bout de quelques minutes, quand elle avait absorbé les aliments, elle se rendormait très vite. Durant ces réveils, elle put dire quelques mots, et elle ressentait toujours les fourmillements dans le côté droit du corps. Durant ce sommeil, la malade eut des cauchemars, et crut voir des chiens qui la poursuivaient. Ayant vu au cours d’un réveil une femme qui la gardait près de son lit, elle la prit pour un chien, l’injuria et voulut s'éloigner d’elle; mais cette illusion cessa dès que la personne s’approcha et lui adressa quelques mots. Parfois, en dormant, elle vit des figures de saints de vitraux d’église se promener dans sa chambre, portant des cierges à la main.
Au bout de trois jours, la malade se réveilla progressivement un matin. Dès le réveil, elle n’éprouva plus de fourmillements dans le côté droit du corps, et elle put se servir de sa main droite, remuer son membre supérieur et son membre inférieur droits quoique diffici- : lement, car ils étaient encore très faibles; mais elle ressentait des fourmillements dans le côté droit du cou et dans la moitié droite de la face jusque sur l’hémicrane droit. Cette sensation de fourmillement s’accompagnait dans ces mêmes régions d’une sensation de froid. Cependant la face tout entière était rouge. Dès son réveil la malade parla avec une certaine difficulté : elle savait parfaitement ce qu'elle voulait dire, mais ne trouvait pas les mots exacts pour désigner ce dont elle voulait parler; elle employait même parfois un mot pour un autre. La malade qui précise mal semble avoir été un peu obnubilée. Au bout d’un quart d'heure, une demi-heure au plus, les fourmillements disparurent dans le cou et la face, faisant place à une céphalée très violente siégeant dans le crâne, dans la région frontale des deux côtés, surtout à gauche. Ce maximum de
douleur à gauche se trouvait au-dessus de l’arcade sourcilière, s’étendait tout le long de cette arcade, sur une hauteur de deux centimètres environ. La douleur était très vive, arrachant des cris à la malade, comparée à des coups de couteau, à des élancements. Elle irradiait dans toute la région frontale et la région temporale gauche; un peu dans la tempe droite. La douleur était constante : nocturne aussi bien que diurne, empêchant le sommeil; ni augmentée ni diminuée pendant la nuit. Elle était un peu diminuée par les applications de compresses froides, et par les sangsues appliquées aux tempes. En même temps que la céphalée apparurent des vomissements. Ils furent extrêmement abondants le premier jour. D'abord alimentaires, ils devinrent très vite bilieux et glaireux. Ces vomissements étaient précédés de malaise général avec nausées et baïllements, et étaient effectués grâce à un effort plus ou moins considérable. La malade ne se souvient pas avoir jamais présenté de vomissements faciles, sans nausées ni efforts. Pas d’autres symptômes. Pas de diplopie, mais légère photophobie. Pas de contracture : la malade pouvait s'asseoir, baisser la tête en avant sans douleur; dans son lit, elle avait les membres inférieurs étendus et non en flexion. La malade pouvait faire tous les mouvements volontaires de son membre supérieur et de son membre inférieur droits; mais elle conservait encore une grande faiblesse. Elle pouvait, par exemple, saisir un verre de sa main droite et le porter à ses lèvres. Elle se rendait facilement compte de ce qui se passait autour d'elle. Elle parlait très peu à cause de la céphalée, mais n'avait plus aucun trouble de la parole. Cet état persista pendant deux jours, jusqu'au cinquième jour de la maladie.
Le soir du cinquième jour, la céphalée diminua progressivement; elle devint supportable. Les vomissements devinrent moins fréquents. Cette amélioration fut plus sensible le sixième jour; et au bout du septième jour, la malade put dormir. La tête était encore un peu lourde; plus de vomissements. Le huitième jour, la malade se leva quelques heures. Elle n’avait plus de céphalée, plus de vomissements, et accusait seulement une faiblesse générale. Les jours suivants, amélioration rapide et retour progressif de la motilité et de la force dans ses membres du côté droit. Après quinze jours de maladie, la malade reprit ses occupations habituelles, et ne constata plus aucune diffé-
rence de force entre les membres du côté droit et ceux du côté gauche, La malade ne peut préciser exactement pendant combien de temps elle resta alors en bonne santé : deux ou trois ans environ, pendant lesquels elle ne présenta pas le moindre symptôme morbide.
Environ deux ans et demi après, à l’âge de 21 ans, le même épisode se renouvela : points noirs devant un œil (la malade ne peut dire lequel), puis fourmillements dans le côté du corps opposé à l'œil atteint du trouble précédent. A mesure que la sensation de fourmillements remontait du pied vers la face, ils apparaissaient dans un segment du corps et disparaissaient dans le segment sous-jacent. Par exemple : quand les fourmillements siégeaient dans la cuisse, ils avaient déjà disparu dans la jambe et dans le pied. Sommeil profond, mais beaucoup plus court que la première fois : une heure à peine; au réveil, céphalée moins violente que la première fois, siégeant dans la région frontale du côté où l'œil avait perçu les points noirs. En même temps, vomissements alimentaires puis bilieux avec nausées et efforts durant toute la pournée. Pas de chute, pas de mouvements involontaires, pas de convulsions, mais une légère hémiparésie dans le côté où siégeaient les fourmillements et durant environ deux heures.
La malade resta au lit la journée entière; la céphalée et les vomissements se calmèrent le soir; elle put dormir la nuit, et le lendemain matin elle était rétablie et pouvait reprendre son travail. Mais elle sessentait une certaine faiblesse dans les membres inférieurs, et une sensation de fatigue qui diminua au cours du travail.
Depuis l’âge de 21 ans, ces accidènts se sont répétés assez souvent à intervalles irréguliers. Durant le premier mois qui suivit, les accidents se répétèrent trois ou quatre fois; puis, durant trois ou quatre mois il n’y eut pas d'accidents; la santé fut parfaite. Depuis plusieurs années, les accidents surviennent la nuit exclusivement; tantôt les sensations paresthésiques surviennent d’un côté, tantôt de l’autre, et alors la céphalée siège du côté opposé. La malade ne peut dire combien de fois elle a éprouvé cet accident depuis l’âge de 21 ans. Il lui arrive de l’éprouver une ou deux fois durant une semaine, comme il lui est arrivé de rester durant six mois en parfaite santé. C'est d’ailleurs là un maximum qui est survenu durant l’année 1922.
Ja malade quitta ses parents il y a quatre ans et alla comme ser-
RAR A pe di
vante à Pau. Elle a suivi ses patrons à Bordeaux où elle habite depuis trois ans; elle se trouvait encore à leur service lorsqu'elle est venue à la consultation de M. le professeur Abadie, le 13 juin 1923, sur le conseil d'une de ses amies. La malade a éprouvé au début de 1923 un nouvel accident, et voici le récit qu’elle en fait :
Au début de mai 1923, durant la nuit, vers trois heures du matin, elle se réveilla brusquement au cours d’un cauchemar et ressentit dans le pied et la jambe, du côté droit, une sensation d’engourdissement suivie quelques secondes après de fourmillements qui remontaient vers la racine du membre, gagnaient le côté droit du tronc, le membre supérieur droit, le côté droit du cou et de la face, et à mesure qu'ils apparaissaient dans un de ces segments du corps, ils disparaissaient dans le segment sous-jacent. Pas de vision, de points noirs devant un œil aux dires de la malade. Pas de perte de connaissance; pas de miction involontaire. Grande envie de dormir et sommeil profond. Elle se réveilla à son heure habituelle : à sept heures, et se sentit fatiguée, éprouvant une céphalée assez vive, toujours dans la région frontale gauche. Elle se leva; mais n’eut pas la force de rester debout et dut se recoucher. En même temps : vomissements abondants, bilieux comme auparavant. La face est rouge, la bouche non déviée, mais la malade ne peut pas bien articuler les mots et dit que sa langue est un peu embarrassée. Elle sait très bien l’idée qu'elle veut exprimer, mais a de la difficulté à prononcér la phrase. Cependant, tout à fait au début, elle dit qu'elle ne pouvait articuler que « non » parce que, dit-elle, c'était plus facile à dire, et cela quand on lui proposait de boire et qu’elle ne voulait pas. Au bout d'un jour, la malade n'eut plus de céphalée ni de vomissements, mais les fourmillements réapparurent dans le membre supérieur droit et dans le mollet droit; et la malade ne pouvait effectuer les mouvements de son membre supérieur droit qu'avec beaucoup de peine. Elle n'avait pas de force dans les divers mouvements; en particulier, elle ne pouvait pas se peigner, se laver la figure avec la main droite ni saisir avec cette main un objet quelconque. Cette hémiparésie dura environ trois jours. Elle diminua progressivement et la force redevint peu à peu normale, en même temps que les fourmillements disparaissaient. Le quatrième jour, la malade en bon état avait encore une légère gêne
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dans les mouvements : elle accusait de la difficulté à se peigner. Elle se remit au travail, mais elle ressentait une certaine fatigue générale qui se dissipait avec le travail. C’est alors qu'elle rentra salle 24, le 45 juin 1923, sans avoir présenté de nouvel accident.
Depuis son hospitalisation, la crise de troubles de la sensibilité est survenue une fois le 22 juin. Elle siégeait du côté droit. Les phénomènes furent identiques à ceux précédemment décrits et se déroulèrent dans le même ordre. Durant deux jours : mal de tête assez violent; vomissements bilieux; état d'obnubilation prononcé. La malade resta toute la journée au lit ne répondant que par des gémissements, par oui» ou par «non » lorsqu'on l’appelail; se plaignant de la têle. Pas de modifications des réflexes, même du côté droit.
Examen le 7 juillet 1923 :
Femme paraissant normale d’aspect et de taille.
Système nerveux. — Rien d’anormal à la face. Pupilles égales régulières réagissant à la lumière el à l’accommodation. Bouche non déviée. Langue normale, pas de dysarthrie. Tous les mouvements de la face sont possibles. Rien à signaler au cou. Au membre supérieur : pas d’atrophie; force musculaire normale; réflexes conservés mais faibles, égaux des deux côtés. Tronc : rien à signaler. Au membre inférieur : réflexes tendineux conservés, égaux des deux côtés; réflexe cutané plantaire en flexion des deux côtés. Station debout et marche normales; mâis la jambe gauche se fatigue plus vite que la droite. Pas de troubles de la sensibilité.
Appareil respiratoire. — Rien à signaler. Appareil circulatoire. — Pouls régulier, 60 à la minute; artères souples, tension artérielle 16-9 1° : 4; cœur: rythme normal, bruits normaux bien frappés, pas de souffle. Appareil digestif. — Denture mauvaise (port d’un appareil à la mâchoire supérieure), bon appétit, pas de constipation. Foie normal. Abdomen souple.
Examen liquide céphalo-rachidien le 21 juin 1923 : Réaction de Bordet-Wassermann : négative. Cellule de Nageotte : 2,2 éléments au millimètre cube. Albumine : 0 gr. 20 p. 1000.
Examen de l'œil le 26 juin 1923 : O. D. G. aucune lésion ophtalmologique.
Evolution. — Amélioration après traitement au gardénal.
Sort du service le 16 juillet 1923,
Sn aie de jade - FORME