CHAPITRE IV
LA MIGRAINE ACCOMPAGNEE D’'EPILEPSIE DESCRIPTION CLINIQUE ET NOTIONS PATHOLOGIQUES
Soixante et une observations plaident en faveur de la réalité de la migraine accompagnée d'épilepsie.
On peut s'étonner, dès lors, que les auteurs classiques aient seulement effleuré un tel sujet.
C'est à son étude que j'ai voulu apporter ma contribution. L'analyse des faits cliniques m'a permis de présenter un certain nombre de notions pathologiques intéressantes sur
cette forme de migraine compliquée. Les conclusions en ré-
sument les principaux caractères.
La migraine accompagnée d’épilepsie se définit d'elle-même. Il importe toutefois de faire remarquer que le terme épilepsie englobe toutes les formes : généralisée ou partielle, complète ou fruste, motrice, sensitive, psychique ou viscérale.
ErioLoGie. — L'affection est rare. S'il m a été possible d’en retrouver 56 observations dans la littérature médicale, trente ans de Consultations de Neurologie ne m'ont donné que 5 cas nouveaux.
L'hérédité ne semble pas avoir, dans cette variété particulière, autant d'influence que dans la migraine vulgaire. L’hérédité similaire est exceptionnelle. Dans un cas, la malade signale qu une grand'mère était atteinte de la même aîïfection. Dans une observation anglaise, le frère et la sœur souf-
fraient de migraine accompagnée d’épilepsie. C’est l’hérédité dissemblable, hérédité de transformation de Féré, qui est la plus fréquente. Les affections névropathiques sont habituelles chez les ascendants. Parmi elles, la migraine domine, surtout du côté maternel. Une malade est fille de migraineuse, et son grand père et un oncle maternels souffraient d'hémicranie. Les parents épileptiques se rencontrent plus rarement. L'hystérie, surtout maternelle, se retrouve dans quelques cas seulement.
L'influence d’une hérédité particulièrement chargée ne saurait être méconnue chez ce malade fils d’un P. G. et d’une aliénée, dont la sœur était elle-même dans un asile. On retrouve enfin des manifestations plus discrètes de la diathèse neuro-arthritique chez les obèses, goutteux ou rhumatisants qui sont plusieurs fois signalés dans la famille des malades.
Par contre, les cas ne sont pas rares où rien dans les antécédents ne pouvait faire prévoir l'éclosion de la migraine accompagnée d’épilepsie.
Les antécédents personnels des malades accusent parfois une fragilité particulière du système nerveux. Quelques-uns ont présenté des troubles mentaux qui ont justifié un ou plusieurs internements. Plus nombreux sont ceux qui ont eu dans leur enfance des crises convulsives ou des attaques cho-, réiques. Certains enfin souffraient de migraines simples, qui les ont vues par la suite s'accompagner de manifestations épi-: leptiques.
Le sexe et l’âge exercent une influence beauçoup plus nette. La migraine accompagnée d'épilepsie frappe de préférence le sexe masculin. Dans les observations rapportées on remarquera 37 hommes contre 24 femmes, soit environ 59 %. L’alfection débute dans la jeunesse : 17 malades étaient des enfants de quinze ans au plus; 35 n'avaient pas vingt-cinq ans lorsqu'ils furent atteints de cette forme de migraine. Par contre, sept malades seulement sur soixante avaient dépassé la quarantaine.
Le rang social et Ja profession, par le genre de vie qu'ils
imposent ont aussi leur importance. Les intellectuels : médecins, pharmaciens, avocats, hommes d’affaires, étudiants sont proportionnellement plus atteints que les travailleurs manuels. Ceux-ci toutefois ne sont pas à l'abri de l'affection. On peut dire que les professions qui exigent une attention soutenue et obligent à une existence sédentaire, sont celles qui paient le plus lourd tribut. Un malade citadin a remarqué qu'il ‘souffrait moins le dimanche qu'il passe toujours à la campagne.
La migraine accompagnée d’épilepsie paraît débuter souvent d’une façon spontanée. Il est toutefois possible, dans certains cas, de découvrir une cause occasionnelle. Parfois ce sera une infection comme l’influenza; d’autres fois un trouble glandulaire : ovariectomie double, début de la menstruation ou arrêt subit des règles. Souvent une perturbation nc-veuse à Ja suite d’un choc moral intense (peur, chagrin), ou de surmenage intellectuel, d’excès sexuels, paraît être à l’origine de la maladie.
SYMPTOMATOLOGIE. —— C’est la migraine ophtalmique qui est le plus souvent accompagnée de manifestations comitiales: 38 malades, soit 63 ‘,, présentaient en effet des troubles migraineux visuels.
Il importe de séparer nettement dans l'étude des phénomènes épileptiques accompagnant la migraine, l’épilepsie du type partiel de l’épilepsie du type généralisé vulgaire.
Dans le premier groupe, bravais-jacksonien, domine la forme sensitive puisqu'on la retrouve ‘dans plus de la moitié des cas. Les paresthésies, qui consistent surtout en sensations de fourmillement et d’engourdissement, sont le plus souvent localisées à un membre. Commençant à l'extrémité du membre supérieur droit plutôt qu'à gauche, elles gagnent parfois le cou et la face du même côté. Au membre inférieur, siège plus rare, elles prennent la forme de fourmillements ou de crampes. Dans deux cas seulement les sensations paresthésiques étaient généralisées à un côté du corps.
L'épilepsie partielle à forme motrice se remarque dans
Le
vingt-quatre observations. Les troubles môteurs siègent aussi de préférence au membre supérieur droit. Is débutent par
. la flexion d’un, puis de plusieurs doigts de la main. Les mouvements convulsifs gagnent ensuite les autres segments du membre. La face est plus souvent atteinte que les membres inférieurs. Une seule fois, les troubles moteurs se généralisèrent au côté droit du corps.
Les symptômes d’épilepsie généralisée vulgaire sont plus complexes. Outre l'attaque comitiale franche avec perte de connaissance et convulsions généralisées, il importe de distinguer nettement les équivalents comitiaux : moteurs, sensitifs, sensoriels, psychiques et viscéraux.
La grande attaqué convulsive avec perte de connaissance, convulsions, morsure de la langue, miction involontaire et amnésie consécutive, s’est montrée acdompagna t la migraine dans le cinquième.des cas étudiés.
Le petit mal, caractérisé par les absences et les vertiges, se retrouve plusieurs fois dans l’histoire des malades.
Les équivalents sont plus fréquents. Parmi les manifestations motrices, il faut réserver une mention spéciale aux troubles de la parole. Leur fréquence est grande : un quart des cas. Les malades disent presque tous qu'ils ne peuvent prononcer le mot juste qu'ils conçoivent parfaitement. L’articulation des mots est parfois impossible, à l'exception de quelques lambeaux de phrase qui reviennent à tout propos. \Plusieurs malades ont présenté au cours de leurs accès de migraine des crises d’automatisme ambulatoire. L’un d'eux était poussé à fuir par une force irrésistible; d’autres déambulaient inconscients, et reprenaient connaissance étonnés de se retrouver dans un endroit inconnu.
Les formes sensitives sont représentées par les phénomènes douloureux variés, les troubles paresthésiques, et parfois les troubles vaso-moteurs avec pâleur et congestion de la face qui accompagnent les accès.
La vue est le sens le plus souvent atteint. Il faut noter, outre les signes ophtalmiques de la migraine, la fréquence des hal-