SYNCRÉTISME BOUDDHIQUE
lndo-Scy thes(i). Surles monnaies de ces derniers, non seulement Zeus, Pallas, Hèlios, Sélènè, Poséidon. Héraclès, Sérapis alternent avec Mithra, Mao et Atar, comme avec Çiva, Lakshmî et même le Bouddha, mais encore les formes classiques du foudre, du caducée et de la corne d’abondance se montrent à coté du triçûla et de la roue bouddhiques, aussi bien que du trident et du taureau civaïtes.
L’Inde a toujours été la terre promise du syncrétisme religieux; mais, à aucune époque de son histoire, elle ne s’est ouverte à tant de cultes divers, même sous Akbar, ce grand Mogol qui devait entreprendre de fondre dans une même religion les croyances des mahométans, des hindous, des guèbres, des juifs et des chrétiens.
Gomment les symboles auraient-ils échappé à un mouvement qui entraînait même les dieux? En tout cas, le bouddhisme aurait été infidèle à l’esprit de toute sa symbolique, si, familiarisé avec les emblèmes par lesquels les religions voisines figuraient leur grande divinité solaire ou même leur dieu suprême, il n’avait cherché à se les approprier, soit en les adoptant tout d’une pièce avec une signification nouvelle, soit plutôt
(1) Percy Gardner. Id , § IV. — J. Darmesteter, dans le Journal Asiatique. Paris, juillet- août 1887.
en les assimilant, par de légères modifications linéaires, à l’un ou à l’autre de ses symboles favoris.
C’est, comme nous l’avons vu, parmi les sculptures d’Amaravati, que le triçûla revêt la forme la plus voisine du disque ornithomorphe. Or, nulle part on n’a constaté d’une façon plus sensible l’influence générale de l’art gréco-asiatique sur l’architecture et la sculpture indigènes. Déjà, en l’an 6q5 de notre ère, le pèlerin chinois Hiouen Thsang comparait le sanctuaire d’Amaravati aux palais des Tahia, c’est-à-dire des habitants de la Bactriane (1). La même constatation été faite de nos jours par sir James Fergusson : « Il y a, écrit-il, tellement de grec ou plutôt de bactrien dans les détails architecturaux d’Amaravati, que ce monument doit appartenir à une époque plus rapprochée de l’ère chrétienne que le caractère des inscriptions ne le ferait supposer. » Et l’éminent archéologue ajoute que l'étude de ces sculptures lui semble destinée à élucider notablement l’intéressante question des rapports, voire des échanges d’idées, entre l’Orient et l’Occident (2).
(1) Pour l’identification des Tahia aux Bactriens, voir Percy Gardner. Op. cit., p. xxxi.
(2) Description of the Amaravati Tope, dans le tome III (nouv. sér.) du Journal de la Royal Asiatic Society. Londres — Les portes de Sanchi paraissent dater des premières années de notre ère, bien que le tope lui-même soit antérieur de plusieurs siècles (Rousselet. L'Inde des Rajahs, p. 5 1 3).