LE TRIÇÛLA ET LE SCARABÉE
Le disque ailé et le caducée ne sont pas, du reste, les seuls facteurs qui aient réagi sur la genèse ou du moins sur les développements du triçûla.
Dans une intéressante étude, lue, en 1886, à la j Royal Asiatic Society , M. Robert Sewell a, peutêtre le premier, cherché à l’occident de l’Indus et jusqu’en Egypte les origines du triçûla, qu’il rattache au scarabée. Autre chose est le berceau d’un symbole; autre chose l’origine des figures qui ont pu influencer son développement. Mais, cette réserve faite, je dois reconnaître que le rapprochement n’a rien de forcé, surtout si l’on fait intervenir entre les deux figures, à l’instar de M. Sewell, le type du scarabée aux ailes relevées et aux pattes torses, qui surmonte certaines colonnettes assyriennes.
Fig. t3o.
( Journal de la Royal Asiatic Society, t. XVIII (nouv. sér.), fig. i3.)
Cependant, en Egypte même, le scarabée volant
a emprunté, comme le constate M. Perrot, le galbe des globes ailés (i), ce qui explique suffisamment, dans notre hypothèse, sa ressemblance avec le triçûla. il faut remarquer, en outre, que plusieurs de ces scarabées assyriens tiennent, entre les pattes de devant, le disque orné des uræus (2).
Observons, en passant, que, chez les Egyptiens, le trident se trouve déjà associé au globe ailé, tout au moins dans les textes. L’inscription d’Edfou, qui nous rapporte la transformation d’Horus en globe ailé pour combattre les armées de Set, lui attribue pour arme une lance à trois pointes (3).
Dans de nombreux monuments, le disque du triçûla se transforme, comme sur la porte de Sanchi, en une rosace imitant la fleur épanouie du lotus. Le même monument nous montre encore des lotus au bout de deux tiges qui partent de la naissance du fleuron central; enfin, les deux pointes extrêmes de l’oméga prennent une forme qui rappelle le calice d’une fleur. Nous avons constaté plus haut le caractère solaire du lotus dans la symbolique du brahmanisme (4). La
(1) Voir Perrot et Chipiez. Histoire de l’Art dans l'antiquité, t. I, p. 811.
(2) Id., ibid., t. II, fig. 3gg.
(3) H. Brugsch Die Sage von der gcflügcltcn Sonncnsehcibe, dans les Abhandlungcn der kôniglichcn Gesellschaft der Wissenschaften ju Gôttingen, t. XIV (1868-1869), P- 201 •
(4) S Beal. A Catcna of Buddhist Scriptures, p. 11.