LE TRIÇÙLA ET LE LOTUS
chargés de feuilles conventionnelles, et reliés par des colliers de bijoux (1).
Nulle part cette végétalisation du triçûla, ou, à proprement parler, du trident qui le couronne, n’est plus sensible que parmi les sculptures de Bôrô-Boudour, où il passe littéralement à l’arbre Bô par une suite de transformations graduelles. « On a pu emprunter quelquefois, — écrit M. Ch. Leemans dans son savant commentaire de V Atlas, publié sous les auspices du Gouvernement hollandais, — la forme des dents du triçûla à celle d’une flamme, ou bien au calice d’une fleur, ou encore à un arbre symbolique(2). » La même observation s’applique, du reste, au trident de Çiva, qui reproduit parfois les formes d’un calice de lotus traité à la façon des Egyptiens.
Fig. 134. Trident de Çiva.
(Moor. H indu Panthéon, pl. XLI1.)
Peut-être retrouverait- on à Bôrô-Boudour d’autres métamorphoses encore du triçûla. Je me bornerai à y signaler un détail qui ne manque
(1) F. Pincott. The Tri-Ratna, vol. XIX (nouv. sér.) du Journal de la Royal Asiatic Society. Londres, p. 243.
(2) Boro-Boedoer, p. 435 du commentaire.
Fig. i35. Lotus égyptien.
pas d’intérêt : le même disque qui, transformé en un ornement des plus compliqués, se couronne parfois d’un trident, se rencontre aussi placé entre deux serpents, — ce qui nous ramène à l’origine du disque ailé : le globe aux uræus de l’Egypte.
Fig. i36. Bas-relief de Bôrô-Botidour (i).
( Boro-Boedoer , Atlas, pl. CCCXVI et CCCLXX.)
Bien plus, cet ornement, dont il n’est pas difficile de marquer le passage à certaines formes du triçûla, surmonte généralement l’entrée des pagodes représentées dans les bas-reliefs, — absolument comme le globe ailé orne le linteau des temples en Egypte et en Phénicie.
Fig. 137. Bas-reliefs de Bôrô-Boudour.
{Boro-Boedoer, Atlas, pl. CCLXXXII1, n° io5) (i).
(1) Voir aussi, même Atlas, pl. CCXXXVI, n; CCLXXXY11I, 114, et surtout CCXLVIII, 36, où ce motif repose sur la pointe d'un triangle qui répond à la queue pennée des globes mésopotamiens.