‹ La migration des symbolesChapitre 29 sur 120 · LES TROIS PAS DE VISHNOU · texte numérisé non relu

LES TROIS PAS DE VISHNOU

Guignaut nous apprend, dans sa traduction de Creuzer, que cette image était un symbole de la Trimourti, la Trinité hindoue. Nous n’avons pas à examiner ici cette thèse fort sujette à caution. Mais je crois que le savant français avait touché juste, quand il ajoutait en note : « Il y a » là trois soleils, et cependant c’est toujours le » même soleil (i) ».

En effet, le but de cette combinaison ne seraitil pas de représenter le soleil dans les trois points ou positions cjui circonscrivent sa course apparente de chaque jour : le lever, le zénith, le coucher ; ce que le langage figuré de la mythologie védique a rendu par les trois pas de Vishnou?

On sait que, de tout temps, l’imagerie populaire, afin de figurer des mouvements ou des changements de position, a recouru à l’artifice de multiplier la représentation d’un même jDersonnage ou d’un même objet, en lui assignant chaque fois une attitude différente. — C’est le procédé de la juxtaposition appliqué à l’idée de succession, ou, comme l’a formulé M. Clermont Ganneau, « la répétition des acteurs pour marquer la suc- » cession des actes (2) ». — Nous-mêmes, représentons-nous autrement, dans nos diagrammes

(1) Guignaut. Les religions de l’antiquité. Paris, 1841, t. IV, première partie, p. 4.

(2) Voir Clermont Ganneau. L'imagerie phénicienne, p. 10.

DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.

astronomiques, les phases de la lune ou les differentes positions du soleil sur l’écliptique?

La même signification me semble s’attacher aux trois svastikas gravés autour d’ùn disque, sur l’empreinte d’un pied du Bouddha ( litt . A, n° 6). En effet, les pieds du Bouddha ont d’abord été les pieds de Vishnou; le bouddhisme s’est contenté de rattacher aux pas de son fondateur les empreintes déjà consacrées par la tradition hindoue (i). Les autres signes qui décorent cette empreinte paraissent singulièrement en compliquer le symbolisme. Mais il ne faut pas oublier que les bouddhistes ont accumulé, sur le pied sacré de leur Maître, à peu près tous les symboles qu'ils ont pu inventer ou emprunter. La tradition en énumère jusque soixante-cinq ! D’ailleurs la plupart de ces signes sont également des symboles solaires, tout au moins les rosaces, le trident et le triçûla, ce dernier qui représente, comme je le montrerai plus loin, l’éclat ou le rayonnement du feu solaire (2).

Cette interprétation peut encore s’appliquer aux trois roues assises sur les pointes du triçûla

(0 Senart. La légende du Bouddha, dans le Journal asiatique. Paris, 1873, t. II, p. 278, et 1875, t. VI, pp. 120-121.

(2) M. Ed. Thomas a parfaitement reconnu qu’il devait y avoir une relation entre les trois positions diurnes du soleil et les symboles gravés dans l’empreinte d'Amaravati. Seulement, s’il voit dans le disque central le soleil de midi, c’est le triçûla du talon qui lui parait représenter le soleil levant, alors que les svastikas esquissés sur les

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