LES TROIS ENJAMBÉES QUOTIDIENNES DU SOLEIL
dans un bas-relief gréco-bouddhique de Yusufzaï (litt. A, n° 7). Si, comme je crois l’établir (i), le disque central des triçulas a été une image du soleil avant de devenir, chez les bouddhistes, la Roue de la Loi, on peut en dire autant des trois rouelles qui couronnent ici les pointes de l’antique symbole.
En Grèce, je ne sache pas que la mythologie fasse allusion à trois enjambées du soleil. Mais les créations delà symbolique remplacent parfois les figures du langage. Ainsi le triscèle, formé de trois jambes qui rayonnent autour d’un disque, ne se prête-t-il pas. à la même explication que l’arbre hindou aux quatre soleils? Il y a, du reste, présomption que les Grecs ont distingué trois positions du soleil et même qu’ils ont choisi des personnalités distinctes pour représenter ces principaux moments de sa vie quotidienne. Près de
doigts figureraient les dernières lueurs du coucher. Quant aux autres svastikas, les deux signes du talon représenteraient les Açvins; le troisième symboliserait le dieu Pûshan. — Je ne vois rien, pour ma part, qui puisse justifier ces derniers rapprochements. M. Thomas a été plus heureux, quand il a mis en rapport avec le symbolisme hindou relatif aux trois positions du soleil, une image empruntée par M. Rawlinson à un obélisque de Koyunjik : trois disques solaires y figurent l’un à côté de l’autre; celui du centre lance des rayons droits et laisse passer une main qui tient un arc (voyez plus haut, fig. 8); les deux autres, d’une dimension un peu moindre, émettent des rayons qui s’arrondissent à leur extrémité comme par un effet de la force centrifuge ( Numismatic Chronicle , t. XX (nouv. sér.), pp. 3i-32).
(1) Voyez plus loin, chapitre VI.
DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.
Ljcosura, en Arcadie, le sanctuaire de Zeus Lycæus — où, suivant Pausanias, les corps ne projetaient pas d’ombre — s’élevait, sur une montagne entre deux temples, l’un, à l'orient, qui était consacré à Apollon Pythien, l’autre, vers l’occident , voué à Pan Nomius (i). Apollon, vainqueur du serpent Python, représente bien le soleil du matin dissipant les ténèbres à l’orient. Quant au Jupiter lycéen d’Arcadie, c’est le soleil dans toute sa gloire de midi, à l’heure où les corps projettent le moins d’ombre (2). Enfin, Pan, l’amant de Sélènè, a, sans contredit, un caractère solaire ou, du moins, en rapport avec le soleil sur son coucher. M. Ch. Lenormant a mis en relief le caractère lumineux de cette divinité, qu’Hérodote n’hésite pas à rapprocher de Chem ou Min, personnification égyptienne du soleil nocturne ou souterrain (3).
Nos propres traditions populaires semblent également avoir gardé le souvenir des trois pas solaires, du moins dans les parties de l’Allemagne et de l’Angleterre où, naguère encore, la veille de Pâques, les villageois gravissaient une colline pour exécuter trois bonds de joie au lever du
(1) Pausanias, VIII, 38.
(2) A. Maury. Religions de la Grèce antique. Paris, îSiy, t. I, p. 59.
(3) Ch. Lenormant. Galerie mythologique dans le Trésor de numismatique. Paris, i85o, p. 25.