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LA CROIX GAMMÉE ET LES PEUPLES PÉLASGIQUES. Q

vagues numina qu’ils entrevoyaient derrière les principaux phénomènes de la nature, rendant un culte à la multitude des esprits et s’adonnant à toutes les pratiques des religions inférieures, avec çà et là des élans de poésie et de spiritualité qui étaient comme la promesse et l’aurore de leur futur développement religieux.

Il est vraisemblable que, déjà avant la période historique, ilsavaient des fétiches, peut-être même des idoles, à l’instar de ces grossiers xocina qu’on retrouve aux origines de l’art grec. Mais il est peu probable qu’à l’âge bien autrement lointain de leur première séparation, ils eussent déjà possédé des symboles, c’est-à-dire des signes idéographiques, des figures qui représentent la divinité sans prétendre en être l’image ni le réceptacle. En tout cas, c’est l’occasion d’appliquer l’adage affirmantis omis proban di : à ceux qui veulent faire de la croix gammée un legs des Aryas « primitifs », incombe le fardeau d’établir que ces Aryas ont pratiqué le symbolisme; que, parmi leurs symboles, figurait la croix gammée et que cette croix gammée représentait le vieux Diu pater, le Ciel-père des mythologies subséquentes.

La même réserve doit-elle accueillir les hypothèses qui font de la croix gammée un symbole pélasgique, — qu’on entende par Pélasges les Aryas occidentaux en général ou simplement les

DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.

ancêtres des Grecs, des Italiotes et des populations aryennes primitivement cantonnées dans le bassin du Danube?

Ici nous ne pouvons plus être aussi affirmatifs dans nos négations. Il est incontestable, en ellêt, cfue la croix gammée figure parmi les ornements géométriques de certaine poterie, qualifiée de pélasgique , parce qu’elle se retrouve, à l’âge du bronze ou au premier âge du fer, chez tous les peuples aryens, depuis l’Asie Mineure jusqu’aux bords de l’Atlantique (i). Mais d’abord le terme même de Pélasges ne me semble pas heureux, et l’on peut constater que les archéologues ont aujourd’hui une tendance à l’abandonner. Ou bien ce terme vise simplement la phase pré-hellénique et pré-étrusque de la civilisation dans le sud de l’Europe, et alors il n’est qu’un mot destiné à couvrir notre ignorance, ou bien il prétend s’appliquer à un peuple déterminé, et alors il confond sous une même dénomination des populations très diverses, dont rien ne nous autorise à faire un groupe ethnique. De plus, pour ce qui concerne les premières apparitions de la croix gammée, il est possible et même nécessaire de restreindre encore davantage le champ géographique de nos recherches.

(1) Max Collignon. Archéologie grecque, p. 276.

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