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PREMIER HABITAT DE LA CROIX GAMMÉE

IOI

époque fort ancienne et y transportèrent la plupart des noms qu’ils avaient déjà implantés dans leur patrie d’Europe. Il y avait des Dardaniens en Macédoine, au bord de l’Axios, comme en Troade au bord de l’Ida, des Kébrènes au pied des Balkans et une ville de Kébréné auprès d’Ilion (i). » Qui s’étonnera que ces émigrants eussent emporté avec eux, sur l’autre rive de l’Hellespont, les symboles aussi bien que les rites et les traditions qui constituaient le fond de leur culte dans le bassin du Danube? Sans doute, ils empruntèrent beaucoup aux croyances des populations parmi lesquelles ils vinrent s’établir. Mais où a-t-on retrouvé la croix gammée parmi les vestiges de la civilisation, bien autrement ancienne -encore, dont ils ne tardèrent pas à subir l’influence religieuse et artistique?

M. Sayce, il est vrai, lorsqu’il l’a rencontrée en Lycaonie, sur le bas-relief d’Ibriz, soutient l’impossibilité de déterminer si c’est là un symbole importé de la Troade chez les Hettéens ou s’il faut au contraire en faire honneur à ces derniers (2). Cependant, alors que les plus anciennes fusaïoles d’Hissarlik remontent pour le moins

(1) G. Maspéro. Histoire ancienne des peuples de l'Orient. Paris, 1886, p. 241.

(2) A. -H. Sayce. The Hittites, the Story of a forgotten Empire. Londres, 1888, p. 142.

DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.

au XIIIe ou au XIVe siècle, le bas-relief d’Ibriz révèle une influence de l’art phrygien et même assyrien, qui est peut-être contemporaine du roi Midas et qui, en tout cas, ne peut avoir précédé de beaucoup l’avènement des Sargonides; c’està-dire qu’il nous faut, pour fixer l’âge du monument, descendre jusqu’au IXe ou au VIIIe siècle avant notre ère (i).

Ici, comme partout ailleurs, il n’est donc pas difficile de rattacher les origines de la croix gammée aux premiers centres que nous venons de lui assigner. Alors même que, dans le nord et dans l’occident de l’Europe, elle se montre avec des objets de l’âge du bronze, c’est généralement sur des poteries qui rappellent les vases à décoration géométrique de la Grèce et de l’Etrurie, et, plus tard, sur des monnaies qui reproduisent plus ou moins grossièrement les types monétaires de la Grèce. En Allemagne, en Danemark, en Suède, en Norvège, en Islande, elle a paru s’introduire par les mêmes voies qui ont fait arriver l’écriture runique de la vallée du Danube aux rivages de la Baltique et de l’Océan. En Gaule, puis en Angleterre et en Irlande, elle a pu pénétrer, soit

(i) Perrot et Chipiez. Histoire de l'Art dans l’antiquité, t. IV, pp. 72S et 794, note 1 . — On ne signale la croix gammée, en dehors du bas-relief d’Ibriz, que sur un seul monument hettéen; c’est un cylindre, probablement de date incertaine (Schliemann. Troja, p. 125).

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