LES MIGRATIONS DE LA CROIX GAMMÉE
par la Savoie, dès l’époque des palafîttes, soit avec les poteries et les bijoux importés de l’Orient par le commerce terrestre ou maritime, soit enfin avec les monnaies macédoniennes qui représentent l’origine du monnayage gaulois.
Nous avons déjà vu comment elle s’est propagée dans les îles de la Méditerranée et dans la Grèce propre, puis de la Grèce à la Sicile et à l’Italie du Sud. Il faut remarquer que, même à Rome, elle semble avoir été toujours en rapport avec les traditions de l’Orient. L’unique tombeau en plein air sur lequel on l’ait observée jusqu’ici aux abords de la ville éternelle, est celui d’un Syrien (i). N’oublions pas que le christianisme des catacombes était également une religion d’origine orientale.
Dans l’Extrême-Orient, les origines de la croix gammée peuvent se ramener sans difficulté au svastika de l’Inde. Reste à examiner si celui-ci, à son tour, peut se rattacher à la croix gammée de l’Occident. M. Ludvig Muller, voulant établir que ce symbole est antérieur à la dispersion des Indo-Européens, soutient que le svastika n’a pu passer des Hindous aux Grecs ou réciproquement, sous prétexte que ces deux races avaient des religions trop différentes pour s’em-
(1) Lud. Müller. Op. cit., p. 62.
DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.
prunier des symboles. Tout le présent volume tend à prouver que ce n’est pas là un obstacle. J’aurai particulièrement l’occasion de montrer comment l’Inde a emprunté plusieurs de ses principaux symboles à la Mésopotamie, à la Perse, à la Grèce même. Pourquoi le svastika ferait-il exception ?
Ici, toutefois, se présente une difficulté que nous ne devons pas nous dissimuler. Le svastika n’apparaît point sur les monnaies frappées dans la Bactriane ou dans l’Inde par Alexandre et ses successeurs indo-grecs. Même chez les Iudo-Scythes, dont le monnayage copie les types grecs, il ne se montre que sur des imitations barbares des pièces de Basu Deva (i). D’autre part, il orne, comme nous l’avons constaté, les monnaies de Krananda et les plus anciens lingots monétaires de l’Inde. De plus, Panini, qui en fait déjà mention, est quelquefois regardé comme avant vécu au milieu du IVe siècle avant Jésus-Christ (2). Il serait donc possible que les Hindous eussent connu le svastika avant de subir dans leurs arts et même dans leur symboliquele contre-coup de l’invasion grecque. Cependant ce ne sont ni les Chaldéens, ni les Assyriens, ni les Phéniciens, ni même les
(0 Percy Gardner Coins of Greek and Sçythic Kings of India and Bactria. Londres, 18S6, p. if;o.
(2) Monier Williams. Indian Wisdom Londres, 1876. p. 173.