ÉQUIVALENTS SYMBOLIQUES DE LA CROIX GAMMÉE. IO
fions? Il semble qu’entre ces figures et la croix gammée il y ait, je ne dirai point antipathie naturelle, mais double emploi. Là où domine la croix gammée — c’est-à-dire dans tout le monde aryen, sauf la Perse — le globe ailé et la croix ansée n’ont jamais réussi à s’implanter sérieusement. Même dans l’Inde, en supposant que ces deux figures aient réellement franchi l’Indus avec la symbolique iranienne ou grecque, elles ne se retrouvent que sous une forme altérée et avec une signification nouvelle (i).
En résumé, le monde ancien pourrait se partager en deux zones, caractérisées, l’une par la présence de la croix gammée, l’autre par celle du globe ailé ainsi que de la croix ansée; et c’est à peine si ces deux provinces symboliques se pénètrent sur quelques points de leur frontière, à Chypre, à Rhodes, en Asie Mineure, en Libye. La première se rattache à la civilisation grecque, la seconde à la culture égypto-babylonienne.
Quant à l’Inde, tout, jusqu’à présent, porte à croire que le svastika s’y est introduit de la Grèce, du Caucase ou de l’Asie Mineure par des voies encore ignorées. Quoi qu’il en soit, c’est à son adoption par les .bouddhistes de l’Inde que la
( 1) Voy. chap. VI.
io8
DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.
croix gammée doit de régner encore aujourd’hui sur une grande partie des races mongoles, alors qu’à part quelques survivances isolées et insignifiantes parmi les populations actuelles de l'Hindoustan et peut-être de l’Islande, elle a complètement disparu de la symbolique et même du folklore aryen (i).
(1) Il y aurait à dire un mot des croix gammées qui ont été découvertes dans d’autres parties du monde. Par quelles voies mystérieuses cette combinaison de lignes est-elle allée échouer chez les Ashantis ? Rien ne s’oppose, du reste, à admettre qu’elle y ait été spontanément conçue et exécutée, comme tant d’autres dessins géométriques qui se rencontrent jusqu’au centre du noir continent. — Le même phénomène a pu se produire dans les deux Amériques. Toutefois, quand nous la voyons spécialement utilisée comme symbole religieux chez les Indiens des Pueblos, nous sommes porté à nous demander s'il n’y a pas là quelque vestige d’une communication avec le vieux monde. 11 ne peut s’agir d’une influence postérieure à l’arrivée des Espagnols, car si ceux-ci avaient apporté aux Pueblos l’emblème de la croix, ce n’eût certes pas été sous la forme gammée. Restent deux voies par lesquelles aurait pu s’opérer la transmission du symbole : à l’est, les expéditions des Islandais encore païens; à l’ouest, une influence venue de la Chine ou du Japon. Je pencherais plutôt vers la seconde hypothèse. M. R. -P. Greg a établi, en effet, qu’un autre signe, voisin du svastika, l’ornement connu sous le nom de grecque ou de méandre, se rencontre fréquemment sur les anciennes poteries du nouveau monde, et cela dans des conditions qui rappellent son emploi chez les peuples de notre Extrême-Orient (R. -P. Greg. The Fret or Key ornementation in Mexico, dans Archœologia, t. XLVII, pp. 157-160).