CHAPITRE III
DES CAUSES D’ALTÉRATION DANS LA SIGNIFICATION ET DANS LA FORME DES SYMBOLES.
Causes qui modifient l’acception première des types symboliques. — Oubli de la signification primitive. — Symboles incompris qui donnent naissance à des conceptions nouvelles. — Harpocrate, dieu du silence. — Symboles adaptés à une tradition différente. — Saint George et Horus hiéracocéphale. — Daniel et Izdhoubar. — Les deux colombes affrontées. — Origines de la symbolique des Perses. — Sources de la symbolique chrétienne dans les catacombes. — Causes qui peuvent altérer la forme des symboles. — Tendance à abrévier les figures. — Tendance à les enjoliver. — Origines et transformations du foudre. — Les antécédents du sagittaire. — Déformations dues à l’ignorance ou à la maladresse. — Production d’un type nouveau avec des éléments dégénérés. — Transformation graduelle de symboles linéaires en figures humaines et de figures humaines en symboles linéaires. — Substitution d’un élément à un autre dans une même combinaison symbolique. — Lys et lotus. — Adjonction d’éléments nouveaux à une image antérieure. — Le Peron de Liège.
Pour que deux figures symboliques aient même origine, il n’est pas toujours nécessaire qu’elles aient même signification. Souvent il arrive qu’un symbole change de sens en changeant de patrie.
Ainsi, un symbole peut très bien devenir un simple ornement quand il est reproduit, à cause de sa valeur esthétique ou simplement à raison de son originalité, par des artistes qui en ignorent l’acception primitive. Telles sont ces agrafes à croix
gammées que les baigneurs achètent fréquemment à Hombourg et qui, d’après M. Gaidoz, sont une reproduction d’antiques fibules, trouvées, il y a quelques années, dans un camp romain des environs (i). Ou bien le symbole peut garder une simple valeur de talisman, comme ces crucifix, passés à l’état de fétiches, qui sont l’unique vestige de christianisme laissé chez certaines tribus du Bas-Congo par la domination portugaise du siècle dernier.
Quelquefois, en pareil cas, surtout quand il s’agit d’une image proprement dite, ses nouveaux possesseurs chercheront à se l’expliquer par une interprétation plus ou moins ingénieuse, et ils lui restitueront ainsi une portée symbolique, bien qu’au service d’une conception nouvelle.
On a souvent comparé le soleil levant à un nouveau-né. Chez les Egyptiens, ce rapprochement conduisit à représenter Horus sous les traits d’un enfant qui se suce le doigt. Les Grecs s’imaginèrent qu’il se posait le doigt sur les lèvres pour recommander la discrétion aux initiés, et ils en firent l’image d’Harpocrate, le dieu du silence (2).
C’est ce que M. Clermont-Ganneau a fort heu-
(1) H. Gaidoz. Le symbolisme de la roue, p. 1 13.
(2) G. Lafaye. Histoire des divinités d'Alexandrie hors de l'Egypte. Paris, 1884, p. 269.