HORUS ET SAINT GEORGE
reusement qualifié de mythologie iconologique ; ici ce n’est plus le mythe qui donne naissance à l’image, mais l’image au mythe.
On peut encore citer, comme interprétation du même genre, la légende rapportée par Hygin, qui faisait remonter l’origine du caducée à un exploit d’Hermès jetant son bâton entre deux serpents qui se battaient. 11 est évident, ici encore, que c’est à un désir, peut-être inconscient, d’expliquer le caducée qu’est due cette hypothèse bientôt transformée en mythe par l’imagination populaire.
Le plus souvent, c’est une conception préexistante dans les traditions locales qu’on croit retrouver parmi les produits de l’imagerie étrangère. Les Egyptiens de la basse époque représentaient parfois Horus sous la forme d’un cavalier perçant un crocodile de sa lance. M. Clermont- Ganneau a montré comment cette image symbolique du soleil dissipant les nuages a servi de type aux premières représentations de saint George terrassant le dragon (i). Le même thème avait déjà été employé par la mythologie grecque pour figurer Bellérophon tuant la Chimère (2).
(1) Clermont-Ganneau. Horus et saint George, dans la Revue archéologique do 1873, fig. i3.
(2) P. Decharme. Mythologie de la Grèce antique. Paris, 1 886, fig. 161.
Mais il y a mieux encore : l’image, si fréquente sur les cylindres chaldéens, du héros mythique Izdhoubar ou Gilgames (i), vu de face et flanqué de deux lions qu’il tient à bras tendus, ne s’est pas seulement propagée chez les Grecs et chez les Hindous pour y symboliser respectivement le héros solaire au cours de ses exploits; elle semble avoir
Fig. 3i. Cylindre assyrien.
(Lajakd. Mithra, pl. XLIV, lig. 10.)
encore inspiré dans notre moyen âge certaines représentations figurées de Daniel dans la fosse aux lions. Le prophète y est dessiné de face, les bras étendus, dans l’attitude d’un orant, entre deux lions dressés sur les pattes de derrière, qu’il semble tenir en respect autant par son geste que par l’effet de sa prière. Ainsi s’expliquerait la particularité, signalée par M. l’abbé, Martigny,
(1) Suivant une récente communication de M. Th. -J. Pinches ( Babylonian and Oriental Record d'octobre 1S90), Gilgames serait la prononciation définitive de ce nom qui a été lu de façons si différentes dans les textes cunéiformes.