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forme arrondie au sommer (1). Je ne sais si l’on en a jamais trouvé la représentation entre deux corneilles ou deux aigles, mais Strabon nous apprend qu’auprès de la pierre sacrée (etc' aû-rô), dans le sanctuaire de Delphes, se trouvait l’image des deux oiseaux mentionnés par la fable (2).
Franchissons maintenant une dizaine de siècles,
et, des bords de la mer Egée, dirigeons-nous vers la vallée de la Sainbre. Des monnaies de la principauté de Liège, frappées à Thuin sous l’évêque Otbert (1092-1119), nous offrent le type bien connu du Temple, — que Charlemagne emprunta à l’Italie antique, — mais avec cette variante que le pignon s’y dresse entre deux colombes affrontées.
Fig. 36. Monnaie de Thuin.
(de Chestret. Numismatique de la province de Liège, pi. III, n° 52.)
M. le baron de Chestret a rapproché cette image d’une légende relative au siège du monastère de Lobbes, en 95 5, par les Huns qui avaient envahi le territoire de Thuin. La chronique de Lobbes relate que deux pigeons, échappés de
(1) Cf. les représentations de l 'omphalos dans Overbeck. Kunstmythologie, fasc. V, pl. XXI, fig. 1 1 et 1 6.
(2) Strabon. Loc. cit.
l’église, avaient volé trois fois autour du camp des barbares et qu’aussitôt une pluie torrentielle, en gonflant les arcs, avait mis les assiégeants en déroute (i). Gomme l’auteur de la chronique, Folcuin, devint abbé de Lobbes en q65, on ne peut soutenir que ce récit ait été suggéré par la monnaie d’Otbert, mais il est vraisemblable que la légende aura contribué à fixer dans le monnavage de Thuin un type dont les antécédents remontent peut-être, à travers l’antiquité classique, jusqu’aux colombiers sacrés de la Phénicie (2).
Il peut arriver aussi qu’on modifie sciemment la signification du symbole étranger, afin de l’adapter à une idée ou à une croyance jusque-là dépourvue de toute expression matérielle ou restreinte à quelques figurations rudimentaires. Quand les Perses se furent emparés de la Mésopotamie, ils s’approprièrent presque toute l’imagerie des vaincus, pour donner corps à leurs propres conceptions religieuses, que l’absence d’un art national laissait sans représentations plastiques bien définies. Les génies assyriens à double paire
( 1 ) de Chestret. Numismatique de la province de Liège. Bruxelles, 1888, p. 54.
• (2) Le même motif semble avoir passé dans l’Inde, s’il faut en juger par les colombes et les autres oiseaux qu’on trouve affrontés sur le toit des palais représentés dans les bas-reliefs bouddhiques de Boro- Boudour (Leemans. Boro Boedoer op het eiland Java. Leiden, 1878. Atlas, pl. LXVI, fig. 102; CXL1V, fig. 22, etc.).