‹ La migration des symbolesChapitre 49 sur 120 · ALTÉRATION DE LA FORME DES SYMBOLES · texte numérisé non relu

ALTÉRATION DE LA FORME DES SYMBOLES

que phénomène sensible, on peut toujours reconstituer l’opération mentale qui leur a donné naissance. Mais, dans le domaine des idées abstraites, le champ de l’analogie est aussi vaste que celui de la fantaisie individuelle, et la même image peut servir à rendre les idées les plus disparates. Comment pourrions-nous établir la genèse d’un symbole aussi abstrait que la représentation de l’univers sous la forme d’un serpent qui se mord la queue, si les textes ne nous apprenaient que, dans la cosmogonie de l’Egypte, de la Chaldée, de la Grèce et de l’Inde, on croyait la terre circonscrite par un océan ou un fleuve céleste dont le cours circulaire est comparé à un serpent?

Notons qu’une image peut, même dans les religions naturalistes, s’appliquer à des objets fort divers. Ainsi, le serpent a encore servi à symboliser l’éclair, les rayons solaires, les nuages, les fleuves, voire le cours des astres dans le ciel.

Des symboles peuvent même différer d’aspect et cependant se rattacher les uns aux autres par les liens d’une filiation plus ou moins directe. Ceci nous amène à examiner les causes qui peuvent altérer la forme des représentations symboliques.

Il y a d’aborcl une tendance à réduire ou à

abrévier la figure, soit pour l’enfermer dans un moindre espace, soit pour diminuer le travail de l’artiste, surtout quand c’est une image compliquée d’un emploi fréquent. Dans tous les systèmes d’écriture où les caractères ont débuté sous forme d’hiéroglyphes, il n’y a qu’à gratter la lettre pour retrouver le symbole. On sait que notre voyelle A était originairement une tête de bœuf, un bucrâne, et celui-ci, à son tour, représentait l’animal entier, conformément à la règle populaire que la partie vaut pour le tout, aussi bien en matière de symboles que de sacrifices. C’est ainsi encore que, dans les signes du zodiaque, le lion est simplement représenté par sa queue.

D’autres fois, ce sont, au contraire, des additions et des enjolivements dictés par des préoccupations esthétiques. Tel a été notamment le sort de presque tous les symboles adoptés par la Grèce, dont l’art, si puissamment original, n’a jamais accepté les types étrangers sans leur imprimer de profondes et heureuses modifications. Nous en verrons un important exemple dans les transformations du caducée.

Le foudre est un autre symbole qui s’est prêté à toutes les élégances de l’art classique ; toutefois, ici, les germes de ces perfectionnements, comme les origines du symbole lui-même, doivent être cherchés plus loin à l’Orient. Sur certains bas-

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