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LA CROIX SYMBOLE DE VIE

frequent d’Horus et de quelques autres dieux (i).

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Fig. 3. Hiéroglyphe du marteau.

^E. Coem ans. Manuel de langue égyptienne # p. 47, $ XVIII.)

Même devant une analogie de sens s’ajoutant à une ressemblance de formes, il convient encore d’v regarder à deux fois avant d’identifier des symboles. La croix potencée ~T~ se rencontre, presque avec la même signification symbolique, en Palestine, en Gaule et en Germanie, dans les catacombes chrétiennes et chez les anciens habitants de l’Amérique centrale. Parmi les Phéniciens et leurs congénères, c’était le caractère connu sous le nom de tau, et Ezéchiel, dans un passage souvent cité (2), nous apprend qu’il était réputé un signe de vie et de salut. Chez les Celtes et les Germains, c’était la représentation du maillet céleste à deux fêtes, qui passait pour un instrument de vie et de fécondité. Parmi les premiers chrétiens, c’était une forme qu’on donnait quelquefois à la croix du Christ, elle-même assimilée à l’arbre de vie (3). Dans P Amérique centrale, où,

O) Le culte de la croix avant le christianisme, dans la Science catholique du i5 février 1890, p. 1 63.

(2) Ezéch., IX, 4.

(3) A. de Gubernatis. Mythologie des plantes. Paris, 1878, t. I, p. 6.

suivant M. Albert Réville, la croix était surnommée l’arbre de fécondité (i), elle prenait parfois aussi la forme du tau .

En conclurons-nous que toutes ces croix potencées ont même origine et même portée? Ce serait aller un peu vite. La signification symbolique du tau s’explique par sa ressemblance avec la clef de vie ou croix ansée de l’Egypte, si répandue dans toute l’Asie antérieure. Le double marteau de Thor et de Tarann est un symbole de la foudre, et à ce titre il ne pouvait manquer de figurer les forces vivifiantes de l’orage suivant la tradition commune des peuples indo-européens (2). De même, si, dans l’Amérique précolombienne, la croix est devenue un emblème de fertilité, c’est, comme nous l’avons vu, parce quelle représente le dieu de la pluie. Quant aux premiers chrétiens, s’ils ont fait de la croix un symbole de vie, c’est surtout au sens spirituel, et, s’ils lui ont parfois donné la forme du patibulum, c’est que tel était chez les Romains l’instrument employé dans le supplice de la crucifixion.

(1) Religions du Mexique, etc., p. 91. ^

(2) A. Kuhn. Herabkunft der Feuers. Berlin, 1889 — Une tradition germanique, rapportée par M. Karl Blind, montre à quel point les vieilles croyances païennes se sont mélangées, dans l'imagination populaire, avec les dogmes du christianisme. La Vierge Marie, pour expliquer le mystère de sa conception, dit que « le Forgeron de làhaut » a jeté le marteau dans son sein. ( Antiquary , 1884, p. 200.)

TRANSMISSIBILITÉ DES SYMBOLES.

La mythologie des peuples primitifs représente fréquemment la lutte du ciel ou du soleil contre le nuage sous les traits d’un combat entre un aigle et un serpent. Ce thème s’est plus d’une fois traduit dans l’art antique (i). Déjà au temps d'Homère, il était devenu un symbole de victoire, car l’Iliade nous apprend que les Troyens faillirent renoncer à l’assaut des retranchements grecs, pour avoir vu un aigle, qui tenait un serpent entre les serres, s’enfuir blessé par son adversaire (2). Or, d’après la tradition des Aztecs, la fondation de Mexico aurait été déterminée par l’apparition d’un aigle qui, perché sur un agave et les ailes étendues vers le soleil levant, tenait un serpent entre les serres (3). Les premiers conquérants du Mexique virent là un symbole de grandeur future, et aujourd’hui encore cet emblème figure dans les armes de la capitale. Cependant il est peu probable que les Aztecs eussent lu Homère.

D’un autre côté, on ne peut contester la facilité avec laquelle se transmettent les symboles. Produits courants de l’industrie, thèmes favoris des

(1) Notamment sur des monnaies de l’Elide (Barclay V. Head. Historia numorum, p. 333).

(2) Iliade, lib. XII. v. 200 et suivants.

(3) A lu Réville. Religions du Mexique , etc., p. 29

artistes, ils passent sans cesse d’un pays à l’autre avec les articles d’échange et les objets de parure, témoin les échantillons de la symbolique et de l’iconographie hindoues, chinoises, japonaises, qui pénètrent chez nous avec les potiches, les ivoires, les étoffes et, en général, avec toutes les curiosités de l’extrême Orient. Les centres de culture artistique ont toujours été des foyers d’exportation symbolique. N’a-t-on pas retrouvé, d’un côté, jusque dans les « trésors » de nos églises du moyen âge, de l’autre, jusque dans ceux des temples chinois et japonais, des chefs-d’œuvre de l’art sassanide qui reproduisent eux-mêmes des •symboles du paganisme classique (i)?

Autrefois, soldats, marins, voyageurs de toute profession ne se mettaient pas en route sans emporter, sous une forme quelconque, leurs symboles et leurs dieux, dont ils répandaient ainsi la connaissance au loin, — quittes à rapporter ceux de l’étranger dans leurs bagages. — L’esclavage, si développé dans le monde antique, a dû également favoriser l’importation des symboles par l’entremise de ces innombrables captifs que la fortune de la guerre ou les hasards de la piraterie faisaient affluer des régions les plus lointaines,

(1) M. Louis Gonse signale dans le trésor du temple de Horiouji, à Nara, un vase sassanide décoré de chevaux ailés, qui rappellent le Pégase grec. L' Art japonais, p. 143.

TRANSMISSIBILITÉ DES SYMBOLES.

sans qu’on pût leur enlever le souvenir de leurs dieux ni de leur culte. Enfin, les monnaies n’ont jamais manqué de propager à d’énormes distances les symboles des nations qui les émettaient : les pièces gauloises ne sont guère que des contrefaçons du monnayage grec sous Philippe ou Alexandre, et l’on a retrouvé jusque dans les tumuli de la Scandinavie des pièces qui imitaient grossièrement des monnaies de la Bactriane (i).

Or, rien n’est aussi contagieux qu’un symbole, sauf peut-être une superstition; à plus forte raison quand ils sont réunis, et ils l’étaient d’ordinaire chez les peuples de l’antiquité, qui n’adoptaient guère de symbole sans \ attacher une valeur de talisman. Même aujourd’hui, il ne manque pas de touristes qui reviennent de Naples avec une corne de corail pendue, suivant le sexe du voyageur, au bracelet ou à la chaîne de montre. Croient-ils réellement trouver un préservatif contre le mauvais œil dans cette survivance italienne d’un vieux symbole chaldéen? Pour beaucoup d’entre eux, ce n’est assurément qu’une curiosité locale, un bibelot, un souvenir de voyage. Mais il en est certainement, dans le

(1) C. A. Holmboe. Traces de bouddhisme en Norvège. Paris, 1857, pp. 3o et suivantes.

nombre, qui se laissent influencer, voire à leur insu, par le préjugé napolitain. — « Cela ne peut faire de mal et cela fera peut-être du bien », seraient-ils tentés de vous répondre, à l’instar de certains joueurs qu’on plaisante sur leurs fétiches.

Il y a là un raisonnement qui est à peu près général parmi les populations polythéistes, où chacun juge prudent de rendre hommage, non seulement à ses propres dieux, mais encore à ceux des autres et même aux divinités inconnues; car sait-on jamais de qui l’on peut avoir besoin, dans ce monde ou dans l’autre? C’est par milliers qu’on a retrouvé les scarabées égyptiens, de la Mésopotamie à la Sardaigne, partout où ont pénétré soit les armées des Pharaons, soit les navires des Phéniciens. Partout aussi, dans ces parages, on a recueilli des scarabées indigènes fabriqués à l’imitation de l’Egypte et reproduisant, avec plus ou moins d’exactitude, les symboles que prodiguaient, sur le plat de leurs amulettes, les graveurs de la vallée du Nil. C’est ainsi encore que, longtemps avant la diffusion des monnaies, les poteries, les bijoux, les figurines de la Grèce et de l’Etrurie ont fourni de types divins et de figures symboliques le centre et l’occident de l’Europe.

Y a-t-il des indices qui permettent de distin-

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