MIGRATIONS DU FOUDRE
serait l’aigle qui aurait apporté le foudre à Zeus, quand celui-ci s’équipa pour la guerre des Titans (i).
L’Italie latine transmit le foudre à la Gaule où, dans les derniers siècles du paganisme, il alterna, sur les monuments gallo-romains, avec le marteau à deux têtes; on le trouve même sur des amulettes de la Germanie, de la Scandinavie et de la Bretagne (2).
En Orient, il pénétra dans l’Inde à la suite d’Alexandre. Là il se trouva en compétition avec d’autres symboles qui avaient la même signification : l’épervier aux ailes d’or et la pierre à quatre pointes dont parlent les Védas, — la croix de Saint- André (peut-être elle-même une double fourche), qui forme la vajra, l’arme redoutable d’Indra, dieu du ciel orageux (3), — le tambour et la hache qui figurent dans les mains de Çiva, — enfin son propre antécédent, le trident, que les Hindous avaient emprunté à la symbolique de l’Occident ou tiré de leur propre fonds.
Çiva, qui succède à Zeus sur les monnaies des
(1) de Gubernatis. Zoological Mythology. Londres, 1872, t. II, p. 196.
(2) Cf. plus haut, p. 61.
(3) Dans les Védas, l’arme d’Indra est définie : « la pierre à quatre pointes qui procure la pluie ». (.Rig. Veda, 4, 22, 1-2). Or la vajra d’Indra avait si bien la forme d’une croix de Saint-André, que le terme vajrarûpa, « à forme de vajra », est l’équivalent de notre expression : « à forme de X ». iCf. Dictionnaire de Saint-Pétersbourg, 6, 63o.)
rois indo-scy thés, quand s’éteignenl les dernières lueurs de la civilisation grecque dans le nord-est de l’Inde, tient en main tantôt le foudre, tantôt le trident (1), et si c est ce dernier qui reste l’arme essentielle du dieu dans l’imagerie postérieure des sectes hindoues, le foudre n’en fit pas moins son chemin chez les bouddhistes, qui le transportèrent avec leur symbolique jusqu’en Chine et au Japon. Aujourd’hui encore il s’y laisse reconnaître sous la forme du dordj , petit instrument de bronze en forme de double faisceau, à six ou à huit traits, qui, tenu entre le pouce et l’index, sert aux lamas et aux bonzes pour bénir les fidèles et exorciser les démons (2).
Fig. 39. Dordj.
(D’après un exemplaire appartenant à l’auteur.)
Une légende, recueillie dans le Népaul par M. Gustave Le Bon, prétend justifier les représentations du foudre sur les temples du pays en relatant que le Bouddha l’aurait arraché au dieu Indra (3). L’assertion est vraie, en ce sens que
(1) Barclay V. Head. Catalogue of Indian Coins in the British Muséum. London, 1886, pp. 147 et suivantes.
(2) Le dordj apparaît déjà dans les bas-reliefe de Sanchi.
(3) Gustave Le Bon. Voyage au Népaul, dans le Tour du Mende. 1886, t. LI, p. 266.