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TRANSFORMATION DU SAGITTAIRE

les bouddhistes, après avoir précipité du rang suprême le Maître de l’Olympe brahmanique, ont fait de son terrible et capricieux engin un allié de l’homme dans la lutte contre les puissances du mal. Il est intéressant de constater que, chez nous également, l’antique et redoutable attribut du Maître du tonnerre est devenu l’emblème de la foudre soustraite à la direction aveugle des forces naturelles et mise par la science au service de l’industrie humaine. Est-il beaucoup d’autres symboles qui peuvent se vanter d’une carrière aussi longue et aussi bien remplie?

Cette heureuse disposition du génie grec réagit même sur les symboles des religions étrangères, partout où la forme n’en était pas invariablement réglée par les canons d’une tradition toujours vivace, M. Menant a montré la main de la Grèce dans la transformation des taureaux ailés qui veillaient jadis aux abords des palais assyriens. Ce rôle de portiers et de gardiens, en les condamnant à demeurer sur place, leur imposait, malgré leurs ailes, des allures rigides et des formes massives, susceptibles de donner une impression de repos en même temps que de force. Quand vint la religion perse, où le taureau était un personnage mythique, investi d’un rôle tout actif, comme représentant Gayomert, le

premier né de la création, on ne sentit plus la nécessité d’enchaîner ses images au sol; le taureau agita ses ailes, partit au galop dans l’espace, brandit un arc et finit, sous les Séleucides, par prendre, sur les cylindres, la physionomie bien connue du sagittaire (i)

A côté des perfectionnements dus au goût artistique de leurs auteurs, il faut placer les déformations amenées par la maladresse ou l’ignorance du copiste, comme on peut en constater sur tant de monnaies gauloises, où les symboles grecs ont pris les formes les plus bizarres.

Parfois, de ces dégénérescences tend à sortir un type nouveau, qui succédera à l’ancien en traversant toute une série de formes intermédiaires, comme ces vues fondantes séparées par de courts intervalles, où les linéaments des deux tableaux se confondent en une image qui n’est plus l’un et qui n’est pas encore l’autre, mais qui offre des traits empruntés à tous les deux.

Rien de plus curieux que de suivre les progrès graduels de la dégénérescence qui a finalement transformé en epsilon (E), sur des monnaies gauloises, le buste d’Apollon (2) et en lettre H,

(1) J. Menant. Pierres gravées de la Haute-Asie, t. II, p. 191.

(2) C.-A. Serrure. La numismatique et l'archéologie gauloise, dans les Annales de la Société d'archéologie de Bruxelles, t. IV, p. 58.

DÉGÉNÉRESCENCES DE L’iMAGE HUMAINE.

sur des monnaies de Valenciennes, le type du temple carlovingien, formé de quatre colonnes posées sur un soubassement et chargées d’un fronton (1).

Mil

Fig. 40. Dégénérescence du type au temple.

Une métamorphose du même genre s’observe parmi les sculptures de pagaies, provenant de la Nouvelle-Irlande, qui furent exhibées, en 1872, à la session annuelle de V Association britannique pour V avancement des sciences. On y observe toute une série de déformations qui font passer une forme humaine à un croissant posé sur la pointe d’une flèche. N’était qu’on a trouvé les figures intermédiaires, jamais on n’aurait pu admettre ou même soupçonner la liaison des termes extrêmes.

Fig. 41. Sculptures océaniennes.

(Fi.ammakion. Étoiles et curiosités du ciel, p. 445.)

(1) Ch. Robert. Lettre à M. R. Chaton , dans la Revue belge de numismatique de 1 85g, pp. 1 33 et suivantes. Il faut remarquer que la lettre H est la première de Hannonia (Hainaut).

Comme contre-partie des métamorphoses qui font ainsi passer un visage à l’état de signe ou d’objet, on verra plus loin des exemples de symboles qui, purement linéaires à l’origine, ont pris graduellement une physionomie humaine (i). Ces transformations peuvent, dans certains cas, être systématiques et préméditées; mais, la plupart du temps, elles ont leur source dans un désir de donner un caractère intelligible à un symbole informe, en le ramenant à l’image dont il semble se rapprocher le plus.

Lorsqu’un symbole est formé de plusieurs images réunies, il arrive parfois qu’un ou plusieurs de ses éléments constitutifs se modifient pour mieux répondre aux traditions religieuses, aux préférences esthétiques, aux prédilections nationales, voire aux particularités géographiques de son nouveau milieu. C’est ainsi que, dans le symbolisme de l’Europe, le lys a généralement pris la place que l’Orient assignait au lotus.

Il existe aussi des combinaisons symboliques où l’on peut, en quelque sorte, distinguer plusieurs éléments superposés qui remontent à des époques différentes. Un des monuments les plus curieux à étudier sous ce rapport, ce sont les perrons ou perons qui, au moyen âge, constituaient, dans certaines cités de la Belgique occidentale, le sym-

(1) Voy. chap. V et VI.

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