‹ La migration des symbolesChapitre 64 sur 120 · INTERPRÉTATION DE L’ARBRE SACRÉ · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DE L’ARBRE SACRÉ

n’implique pas forcément l’acceptation des mythes auxquels il se rattache dans son pays d’origine (i). Mais si une légitime défiance se conçoit, quand il s’agit de rechercher la signification première de ces images, en se servant des croyances qu’elles ont représentées chez des peuples absolument étrangers aux Assyriens, comme les Hindous, les Grecs, les chrétiens ou les anciens Américains, il n’en est plus de même quand nous avons affaire à des peuples appartenant à la même race ou du moins possédant le même fonds de traditions mythologiques, comme c’est le cas pour presque tous les habitants de l’Asie antérieure, du Tigre à la Méditerranée; sauf à vérifier si l’interprétation que certaines branches de la race sémitique ont attachée à leurs arbres sacrés trouve quelque confirmation dans les textes de la Méso-

(i) Voici un exemple qui fera bien comprendre comment des symboles étrangers peuvent passer au service d’un mythe local. Rien de plus simple, pour symboliser les conflits d’un corps céleste ou d’une doctrine morale contre des forces antagonistes, que l’image d’une perle vainement poursuivie par un monstre. En Chine, lors de la fête des lanternes, on promène un dragon fait de toile et de bambou, devant la gueule duquel un homme balance une lanterne ronde, en guise de perle ou de boule de feu. (de Groot. Les fêtes annuelles à Emouï, dans le tome XI des Annales du Musée Guimet, Paris, 1886, p. 36q.) Que cette scène figure une éclipse ou les vains efforts de l’erreur pour engloutir la vérité, on conçoit que des artistes chinois, quand ils ont voulu représenter le « grand joyau » du bouddhisme, aient placé la perle sacrée, comme on le voit parfois sur des vases et des bijoux, entre deux dragons affrontés, dont le type a été fourni par des représentations perses ou hindoues de l’arbre sacré.

SYA1B0L1QUE ET MYTHOLOGIE DE UARBRE.

potamie proprement dite. — Peut-être pourrionsnous ensuite faire un pas de plus et rechercher, au moins chez quelques-uns des peuples appartenant à d’autres races, s’il n’existe pas, dans leurs propres traditions, des points de contact qui justifient ou expliquent l’assimila lion du symbole assyrien .

Le premier point à éclaircir, c’est la question de savoir si nous ne nous trouvons pas devant un simple cas de dendrolâtrie. Presque tous les peuples, et particulièrement les Sémites, ont vénéré les arbres qui frappaient leur imagination par la bizarrerie des formes, par l’ampleur des proportions, par l’antiquité de l’âge et surtout par l’utilité des fruits. Les premiers êtres, suivant les traditions phéniciennes, « consacrèrent les plantes qui croissaient sur la terre; ils en firent des dieux et adorèrent les choses mêmes dont ils se nourrissaient, leur offrant des libations et des sacrifices (i) ».

Un botaniste qui a minutieusement étudié la flore des monuments mésopotamiens, M. Bonavia, soutient que l’arbre sacré de l’Assyrie est tout simplement une synthèse des plantes autrefois vénérées dans le pays, à raison de leurs services : le palmier pour ses dattes, la vigne pour son jus, le pin ou le cèdre pour ses bois de construction et

(i) Eusède. Prœparatio erangelica, I, q.

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