FÉCONDATION DU PALMIER
observer que, dans la grande majorité des cas, l’arbre sacré des monuments assyriens offre les formes du palmier, d’autre part que les deux génies affrontés semblent diriger vers l’arbre la pointe d’un objet conique, à surface réticulée, absolument semblable à l’inflorescence du palmier mâle. Sur un bas-relief actuellement au Louvre, on voit même un des génies plonger cet objet dans une des palmettes figurées au bout des branches.
(Perrot et Chipiez. Histoire de l 'Art antique, t II, f. 8.)
Nous aurions donc là une représentation de la fécondation du palmier par le transfert artificiel du pollen sur les régimes du dattier femelle, procédé qui était connu des Mésopotamiens, comme
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE l'aRBRE.
rétablissent formellement des textes d’Hérodote et de Théophraste (i).
D’autres ont soutenu que cet objet était une pomme de pin ou de cèdre, fruit bien connu pour sa réputation prophylactique chez les Assyriens. En adoptant cette thèse, M. Bonavia ajoute que la pomme du pin remplit sans doute l’office d’un goupillon. Les génies s’en serviraient pour arroser l’arbre sacré avec l’eau lustrale puisée dans le réceptacle qu'ils portent de l’autre main, réceptacle que M. Bonavia prend pour un seau de métal et M. Tylor pour un panier d’osier. Nous assisterions ainsi à une véritable scène d’exorcisme, comme on en décrit dans les textes magiques de l’époque. L’eau, consacrée par certaines formules, figure, en elièt, chez nombre de peuples, parmi les procédés mis en œuvre pour mettre les démons en fuite (2).
M. Bonavia peut, en outre, invoquer le témoi-
(1) « Les palmiers, dit Hérodote, en décrivant la Chaldée, abondent » dans tout le pays plat; la plupart portent un fruit qui fournit à la » fois le pain, le vin et le miel. Ils sont cultivés comme le figuier, » notamment en ceci ; Les indigènes attachent le fruit du palmier mâle, » comme disent les Grecs, aux branches du dattier femelle, afin que » le cynips entre dans les dattes, les mûrisse et les empêche de » tomber. » (Hist. liv., I, ic>3. — Voir aussi dans Théophraste. Hist. plant., II, c. 2, 6 et 7, 4.)
(2) M. F. Lenormant cite le texte suivant d’après les Cunelform Inscriptions 0/ Western Asia, t. IV, pl. 16, 2 : « Prends un vase, » mets-y de l’eau, mets dedans du bois de cèdre blanc, introduis-y le » charme qui vient d’Eridou et complète ainsi puissamment la vertu » des eaux enchantées ». Origines de l'Histoire, t. I, p. 84, note.
l’inflorescence du palmier.
gnage d’un Oriental, soutenant que certaines sectes se serviraient encore aujourd’hui d’une pomme de pin pour leurs aspersions sacrées (i).
Néanmoins les monuments figurés semblent donner raison à M. Tylor, qui met en regard les cônes représentés dans la main des génies sur les monuments assyriens (fig. 63) et l’inflorescence du dattier mâle, copiée d’après nature (fig. 64).
Fig. 63. Cône des monuments assyriens.
Fig. 6 4. Inflorescence du dattier mâle.
(1) Rabylonian and Oriental Record, t. IV, n° 4, p. 90.
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE LARBRE
Gomme représentation complète de la scène, déjà passée à l’état de mythe, M. Tylor reproduit un bas-relief, où, — en avant des deux génies qui s’avancent vers l’arbre, l’inflorescence à la main, — on découvre deux personnages agenouillés dans l’attitude de l’invocation et tenant en main l’extrémité d’un ruban ondulé, qui descend du disque ailé figuré au-dessus de l’arbre.
On a généralement regardé ces personnages comme des orants, et les deux rubans comme le symbole du lien qui unit le dieu à ses adorateurs. M. Tylor y voit deux cordes par lesquelles des divinités dirigent ou maintiennent le globe solaire au-dessus du palmier, afin d’activer la maturation des dattes, alors que les deux génies habituels se préparent à accomplir leur mission fécondatrice.
Ainsi la représentation de l’arbre sacré, dans