‹ La migration des symbolesChapitre 67 sur 120 · SYMBOLISME DU PALMIER EN ASSYRIE · texte numérisé non relu

SYMBOLISME DU PALMIER EN ASSYRIE

laquelle on a voulu si souvent trouver les traces d’un profond et mystérieux symbolisme, n’aurait que la portée pratique d’une scène empruntée à la vie usuelle. Quant à l’intervention de personnages surhumains dans une opération généralement accomplie par la main de l’homme, ce serait simplement une preuve de l’importance que les Mésopotamiens attachaient à la culture de leurs palmiers et à la fécondation de leurs fruits, — tout au plus un mythe historique, reportant sur des dieux l’invention d’un des procédés qui ont le plus contribué à assurer ces résultats. — N’est-ce pas ce que semble indiquer la présence de l’inflorescence dans la main d’un personnage revêtu d’une peau de poisson, Dagon ou Oannes, le dieu amphibie qui passe pour avoir enseigné aux Chaldéens l’agriculture, ainsi que les lettres, les arts et les autres éléments de la civilisation?

J’estime que M. Tylor a parfaitement saisi la signification primitive et en quelque sorte matérielle du thème commenté dans son mémoire. Mais j’ai déjà eu l’occasion de montrer que, chez les Assyriens, ce thème avait un sens éminemment symbolique. Il faut se rappeler qu’ils ne pouvaient attacher à la culture du dattier la même importance que les habitants de la Basse- Chaldée. En elïèt, le palmier croît en Assyrie, mais la datte n’v mûrit point. Il faut donc qu’ils

178 SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE

aient vu dans celte représentation figurée quelque chose d’autre et de plus que la fécondation artificielle du palmier.

M. Tylor lui-même suggère, à titre d’hypothèse, que les génies affrontés pourraient représenter, soit les vents fertilisateurs, soit les divinités dont l’influence fertilisante était typifiée par la fécondation artificielle du palmier. Cette opération serait donc devenue le symbole de la fécondation naturelle , ou plutôt de la fécondation opérée par ce que nous appelons des agents naturels et ce que les Mésopotamieus regardaient comme des personnifications des forces divines de la nature.

Ne pouvons-nous aller plus loin et nous demander si ce procédé n’aurait pas fourni un symbole de la fécondation en général, une représentation symbolique de l’opération mystérieuse, partout accomplie , sous les formes les plus diverses, par les forces fécondantes de la nature entière?

Il s’en faut — comme nous l’avons vu — que l’arbre ainsi figuré soit toujours un palmier; c’est parfois une espèce végétale qui ne comporte pas ce mode de fécondation. Bien plus, il y a des monuments où l’on voit les génies approcher le cône, non plus d’un arbre, mais de la face d’un roi ou de quelque aulre personnage. Il faut qu’ici l’objet en question ait une valeur vivificatrice ou

Page 1