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RÉPUTATION PROPHYLACTIQUE DU CÈDRE

tout au moins prophylactique, comme la pomme du pin ou du cèdre. « Prends le fruit du cèdre — lit-on dans un des textes sur lesquels s’appuyait François Lenormant pour soutenir que les génies tenaient en main un fruit de cet arbre — » et présente-le à la face du malade; le cèdre » est l’arbre qui donne le charme pur et repousse » les démons ennemis, tendeurs de pièges (1). » Sur une archivolte de Khorsabad, on voit deux génies ailés qui dirigent l’inflorescence vers une

Fig. 66. Bas-relief de Khorsabad.

(V. Place. Nimroud et l'Assyrie, t. III, pl. i5.)

rosace. Suivant M. Tylor, cette rosace ne serait autre qu’une couronne de palmier vue d’en dessous ou d’au-dessus. Mais, en général, la rosace — qu’elle soit empruntée à la rose, au lotus ou à toute autre Heur — forme un symbole essentiellement solaire, et les génies qui s’en approchent

(1) Origines de l'histoire. Paris, 1880, t. I, pp. 83-84.

SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE IJE LARBRE.

ici ne peuvent avoir d’autre mission — si cette scène a une valeur symbolique — que de ranimer les forces du soleil, de féconder la matrice d’où il s’élance à chaque naissance nouvelle, ou peutêtre de lui emprunter ses effluves vivificatrices pour en charger leur engin sacré. Il est à remarquer qu’ils tiennent ce dernier absolument comme les dieux de l’Egypte manient parfois la clef de vie.

En résumé, les Assyriens semblent avoir puisé dans les relations sexuelles des végétaux, ou, à proprement parler, du palmier, le même symbolisme, relatif au renouvellement et à la communication de la vie, que d’autres peuples ont emprunté à la sexualité humaine. II est, du reste, parfaitement concevable que l’inflorescence du dattier ait pu remplir l’office symbolique ailleurs échu au phallus, comme emblème par excellence de la force fécondante. Quant au palmier, il est naturellement devenu, dans cet ordre d’images, le symbole de la nature génératrice ou, pour mieux dire, de la matrice universelle, que personnifie si clairement chez lèsMésopotamiens, et même chez les Sémites en général, la grande déesse astrale ou terrestre représentée par l’ashêrah.

Toutefois les deux génies de l’inflorescence ne sont pas les seuls acolytes qui se montrent, en Assyrie, autour de l’arbre sacré. Nous avons vu

l’arbre de vie.

(pl. V) que ceux-ci sont souvent deux monstres, griffons, licornes ou sphinx, figurés dans une intention toute differente. Sur un cylindre reproduit plus haut, les deux génies se tiennent debout sur des sphinx qui portent une patte sur une des branches inférieures de l’arbre, et qui avancent la tête comme pour mordre dans une des grenades figurées au bout des branches (fig. 5q). Il semble que ce changement d’attitude réponde à une variation du mythe; les monstres s’approchent de l’arbre comme s’ils voulaient y ravir un fruit ou une fleur, et cette intention s’accentue encore, si nous passons chez les peuples voisins, tels que les Phéniciens et les Perses, qui ont emprunté aux Assyriens le type de leur arbre sacré, mais qui ne leur ont pris ni les deux génies ailés, ni l’inflorescence du palmier mâle.

Or, nous savons que les Perses possédaient la tradition d’un arbre de vie, le haoma, dont le suc conférait l’immortalité. De même, nous trouvons, chez les Sémites occidentaux, la croyance à un arbre de vie dont les fruits avaient le même pouvoir. On se rappelle que la Genèse place dans l’Eden deux arbres paradisiaques : « l’arbre de » vie, au milieu du jardin, et l’arbre de la con- » naissance du bien et du mal (i) ». Lorsque le

(1) Gen., Il, 9.

SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE- DE L’ARBRE

premier couple humain, sur le conseil perfide du serpent, eut goûté aux fruits de l’arbre de la science, malgré l’ordre formel du Créateur, celui-ci expulsa les coupables du jardin d’Eden, en ajoutant: « Voici ; l’homme est devenu comme » l’un de nous par la connaissance du bien et du » mal ; mais, maintenant, qu’il n’étende pas sa » main pour prendre de l’arbre de vie, en manger » et vivre à toujours (1) ». Et, en conséquence, il plaça à l’orient du jardin d’Eden les keroubim, avec la flamme de l’épée tournoyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie.

Il n’est plus possible aujourd’hui d’interpréter les traditions du peuple hébreu sans les mettre en rapport avec les croyances des autres populations sémitiques. N’a-t-on pas vu, par la version du déluge, découverte il y a quelques années dans les textes cunéiformes, comment la nation israélite a conservé certains mythes de la Chaldée, en les transfigurant par l’élimination de leurs éléments polythéistes et par l’introduction d’un facteur moral? La Bible elle-même fait venir de Chaldée ses traditions les plus anciennes, en particulier les récits qui se rattachent au jardin d’Eden et à ses arbres paradisiaques. Nous n’examinerons pas ici la question de savoir si l’Eden traditionnel

(1) Gen., III, 22-24.

LES KEROUBIAL

doit se placer en Mésopotamie ou plus loin vers le nord-est. Mais les keroubim, qui en gardent l’entrée, semblent bien une création de l’esprit qui se révèle dans l’art et dans les croyances de la Mésopotamie. Ils n’ont rien de commun avec les chérubins joufflus de l’imagerie chrétienne; ils ressemblent bien plus aux génies monstrueux qui gardent les abords des palais assyriens; leur nom, dans la Bible même, s’échange avec shôr, « taureau », et de nombreux indices font supposer que c’étaien*, soit des taureaux ailés à face humaine (i), soit des génies ailés à tête d’aigle (2). Dans la description du Temple que nous a laissée Ezéchiel, il nous dit que « ce lambris était sculpté » de keroubs et de palmiers, chaque fois un » palmier entre deux keroubs (3) ». C’est exactement la situation de l’arbre sacré entre ses acolytes sur les monuments de la Mésopotamie.

De plus, certains textes cunéiformes paraissent établir que les Assyro-Chaldéens ont connu un « arbre de vie ». Qu’il ait reçu cette qualification parce qu’il servait de simulacre à la déesse de la

(1) Perrot et Chipiez. Histoire de l'art dans l'antiquité, t. IV, p. 3o5. — Sur le mot keroub = taureau, cf. I.enormant. Orig. de l’hist., t. I, p. 1 12.

(2) Ezéchiel définit les chérubins comme des êtres à double paire d’ailes, ayant sous leurs ailes une main d'homme.

(3) Ézéchiel, XLI, 18.

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vie, ou bien qu’il ait représenté cette divinité à raison de sa propre fonction mythique, il n’en est pas moins certain, au dire de M. Sayce, que la « damedivine d’Éden » oud’Édin se serait appelée, dans la Babylonie du nord, la déesse de l’arbre de vie (1), et Babylone, avant qu’elle reçût des Sémites le nom de Bab Ilou, la porte de Dieu, s’appelait, dans la vieille langue du pays, Tintir-kî ou Dintir-ra; ce que la plupart des assyriologues traduisent par « le lieu de l’arbre (ou du bocage) de la vie (2) ». 4

Quant aux fruits figurés sur la plante sacrée, qu’ils soient des régimes de dattes ou des grappes de raisin, ils ont leur place toute marquée sur un arbre de vie, comme fournissant de ces boissons fermentées qui, dans notre langage usuel, portent encore aujourd’hui le nom d 'eaux de vie (3).

Parfois ils représentent incontestablement des grenades. Or, la grenade, qui renferme des centaines de graines, a passé de tout temps pour un symbole de fécondité, d’abondance et de vie.

(1) A. -H. Sayce. The religion ofthe ancient Babylonians. Londres, 1887, p. 240.

(2) F. Lenormant. Origines de l’histoire, t. I, p. 76.

(3) La vigne s’appelait en assyrien Karânu, ce qui signifie, d’après M. Terrien de la Couperie, l'arbre de la boisson de vie. ( Babylonian and Oriental Record. Octobre 1890, p. 247).

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