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FRUITS ET FLEURS DE YIE

Tous les Sémites l’ont employée, comme symbole, sur les monuments religieux les plus divers, depuis les colonnes du temple de Salomon (i) jusqu’aux stèles dédiées aux divinités de la Libye (2). L’arbre de vie, représenté parmi les bas-reliefs du baptistère de Parme, porte comme fruit des grenades (3), et c’est également la grenade dont une tradition, rapportée par M. de Gubernatis, fait le fruit qu’Adam offrit à Êve (4).

Il faut noter que, sur certains bas-reliefs assyriens , la plante grimpante , qui enlace l’arbre sacré, offre la physionomie de V asclepias acid a (5). Or, tel est précisément, comme nous le verrons plus loin, l’arbuste qui fournissait aux Hindous et aux Perses leur liqueur d’immortalité.

D’autres fois, enfin, c’est la fleur du lotus, qui, contrairement à toutes les lois de la botanique,

(1) I Rois VII, 18-20.

(2) Ph. Berger. Représentations figurées des stèles puniques, dans la Galette archéologique de 1877, p. 27.

(3) M. Lopez, dans la Revue archéologique de 1 853, t. XX, p. 28g. Ici encore l’arbre, qu’enserre un dragon, se dresse entre deux animaux affrontés.

(4) Mythologie des plantes, t. II, p. 167.

(5) Sir George Birdvvood, qui s’y connaît en sa double qualité de naturaliste et d’archéologue, affirme cette ressemblance dans les termes les plus formels ( Industrial Arts of India, part. II. p. 430).

SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE

s’épanouit sur l’arbre sacré, cueillie ou respirée par les deux acolytes.

Nous avons vu comment, chez tous les anciens peuples de l’Orient, cette fleur, qui s’ouvre chaque matin aux rayons du soleil, évoquait les idées de résurrection et d’immortalité. Quand donc nous la trouvons sur l’arbre sacré des Phéniciens ou des Assyriens, nous avons tout lieu de croire qu’elle y représente une « fleur de vie ». Cette fleur divine, de même que le fruit de l’arbre de vie, aura sans doute figuré dans des mythes dont le texte ne nous est point parvenu, mais dont les monuments nous laissent suffisamment soupçonner l’existence. En tout cas, le sens de cette floraison symbolique semble ressortir assez clairement d’une scène gravée sur une coupe, d’origine phénicienne, que M. de Cesnola a découverte à Amathonte, dans l’ile de Chypre. L’arbre sacré s’y dresse, sous sa forme la plus artificielle, entre deux personnages vêtus à l’assyrienne, qui, d’une main, cueillent sur les branches une fleur de lotus et qui, de l’autre, tiennent une croix ansée (voy. plus haut, pl. V, lig. b). Les Phéniciens, dont presque tous les symboles ont été empruntés à l’Egypte d’une part, à la Mésopotamie de l’autre, devaient savoir ce qu’ils faisaient, quand ils mettaient ainsi l’arbre sacré en relation avec la fleur du lotus et avec la

l’arbre cosmogonique.

clef’ de vie. Il eut été difficile de mieux exprimer l’équivalence de ces symboles (1).

Il est évident qu’en l’absence de textes servant de commentaire direct aux représentations de l’arbre sacré chez les Sémites, on peut formuler d’autres hypothèses encore sur sa signification originaire ou dérivée.

Ainsi, les Chaldéens doivent être compris parmi les peuples qui ont vu dans l’univers un arbre ayant le ciel pour cime et la terre pour pied ou pour tronc (2).

A la vérité, cette conception, en quelque sorte enfantine, de l’univers semble s’être effacée de bonne heure, en Mésopotamie, devant le système cosmogonique, plus raffiné, qui, au dire de Diodore, faisait de la terre une barque renversée, flottant sur l’abîme liquide (3). Il s’agit d’une de ces barques, en forme de bol ou de chaudière, que représentent les bas-reliefs de la Mésopotamie et qu’on emploie encore aujourd’hui dans le bassin de l’Euphrate. Le creux intérieur formait la région des ténèbres , domaine des morts et

(1) En Égypte même, sur un monument de la VIe dynastie, l’Atlas de Lepsius çous montre une reine tenant d’une main la clef de vie et, de l’autre, un lotus dont elle porte le calice à ses narines.

(2) M. W. Mansell fait observer que le terme gis, arbre, figure dans une tablette lexicographique, parmi les expressions métaphoriques qui servent à désigner le ciel (Galette archéologique, 1878, p. 134).

(3) Diod. Sicul. Hist., t. II, 3i.

SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE l'aRBRE.

et des esprits terrestres ; au sommet se dressait une gigantesque montagne dont la cime servait de pivot au firmament et dont les flancs laissaient s'écouler les principaux fleuves.

Cette « montagne du monde » devint l’objet d’une vénération toute particulière. Les Assyriens la localisaient dans les hautes chaînes, au nord-est de la Mésopotamie. Les Chaldéens donnèrent son nom à quelques-uns des grands temples à étages qu’ils construisirent dans les plaines de leur pays (i). Toutefois il faut observer que certains hymnes l’invoquent en des termes parfaitement applicables à un arbre gigantesque : « O toi qui ombrages, Seigneur qui » répands ton ombre sur le pays, grand mont, » père du dieu Moul (2) ! » Un autre hymne la traite de « puissante montagne dont la tête riva- » lise avec les cieux et dont les fondations repo- » sent sur le pur abîme (3) ».

Des textes établissent, du reste, d’une façon péremptoire, que la conception de l’arbre cosmogonique avait persisté tout au moins dans les traditions de certaines mythologies locales. Un hymne bilingue d’Eridou, cet antique centre de culture qui florissait, à l’aurore de l’histoire, sur

(1) Sayce. Op. cit., pp. 405 et suivantes.

(2) Cité par de Gubernatis. Mythologie des plantes, t. I, p. 45.

(3) Sayce. Op. cit., p. 362.

l’arbre d’éridou.

les bords du golfe Persique, parle d’un arbre touffu qui croissait dans un saint lieu. « Sa » racine (ou son fruit), de cristal brillant, s’étend » vers l’abîme liquide... Son emplacement est le » lieu central de la terre ; son feuillage sert de » couche à la déesse Zikoum. Au cœur de cette » sainte demeure, qui projette son ombre comme » une forêt où nul humain n’a pénétré, là réside » la mère puissante qui passe à travers le ciel; au » milieu se trouve Tammouz (i). »

Ce texte semble mettre l’arbre cosmogonique en rapport avec la grande déesse de la nature. Que celle-ci soit envisagée comme divinité céleste, tellurique ou lunaire, Tammouz, le soleil, est à la fois son époux et son fils. Un cylindre, que M. Menant fait remonter à l’art ancien de la Chaldée, nous montre la déesse tenant un enfant assis sur ses genoux, à côté de l’arbre sacré (2) ; peut-être faut-il y voir le prototype des représentations analogues, où Isis, Tanit et les déesses mères se montrent avec leur fils, le jeune dieu solaire.

(1) Sayce. Op. cit., p. 238. — M. F. Lenormant a publié de ce texte une traduction légèrement différente ( Origines de l'histoire, t. II, p. 104). Mais les variantes ne portent point sur le caractère cosmogonique de l’arbre. — M. Terrien de la Couperie estime qu’il s’agit moins d’un arbre que d’une tige analogue aux pieux qui soutiennent les tentes (Babylonian and Oriental Record, t. IV, n° 10, p. 221).

(2) J. Menant. Pierres gravées, t. I, fig. 104.

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SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE

Une autre allusion à l’arbre cosmogonique se trouve dans un texte relatif aux exploits d'Izdhoubar ou Gilgamès, l’Hercule chaldéen. Ce personnage mythique, arrivé « aux portes de l’Océan », rencontre une forêt d’arbres « pareils aux arbres » des dieux », qui portaient « des fruits d’émeraude » et de cristal ». Des oiseaux merveilleux habitaient au milieu des branches; ils s’y bâtissaient « des » nids de pierres précieuses ». Le héros frappe un de ces oiseaux, afin de pouvoir cueillir « un » gros fruit de cristal »; puis il veut se retirer; mais il trouve la porte du jardin fermée par une des gardiennes qui demeurent « du côté de l’Océan ». Le reste du texte fait défaut. Mais ces détails suffisent pour conclure qu’il s’agit, là encore, d’un arbre céleste, portant, comme fruits, les planètes, les étoiles et toutes les « pierreries » du firmament (i). On ne peut manquer d’être frappé par les étranges similitudes que ce récit présente avec le mythe d’Héraclès enlevant les pommes d’or dans le jardin des Hespérides, « du » côté de la Nuit, au delà du fleuve Océan (2) ».

L’arbre sacré n’aurait-il pas servi également à figurer, chez les Chaldéens, un équivalent de l’arbre désigné, dans la Bible, comme procurant

(1) G. W. Mansell. Un épisode de l'épopée chaldéenne, dans !a Galette archéologique de 1879.

(2) Hésiode. Théogonie, v. 274-275.

l’arbre de la science.

la science du bien et du mal? M. Sayce ne semble pas éloigné d’admettre ce rapprochement. Il fait valoir que le nom du dieu Ea était écrit sur le cœur du cèdre ; or, non seulement Ea était le dieu de la sagesse, mais encore la possession de ses noms sacrés communiquait sa propre science à celui qui les prononçait (1). Un texte associe formellement au cèdre « la révélation des » oracles du ciel et de la terre (2) ».

D’autre part, on a cru découvrir la scène de la tentation sur un cylindre du British Muséum. Deux personnages, dans lesquels G. Smith pensait reconnaître un homme et une femme, étendent la main vers un arbre qui laisse pendre deux gros fruits; derrière la femme un serpent se dresse sur la queue (voy. plus haut, pl. V, fig. h ) (3). M. J. Menant, toutefois, soutient que les deux personnages appartiennent au sexe fort; en tout cas, ajoute-t-il, rien ne nous autorise, devant le silence des textes, à retrouver dans cette scène le récit biblique du premier péché (4). En même temps, il signale — tout en faisant observer que des sujets de cette nature peuvent se prêter à d’innombrables explications,

(1) A. -H. Sayce. Op. cit., pp. 1 33 et suivantes.

(2) Id., p. 242.

(3) G. Smith. Chaldaean account 0/ Genesis. Londres, p. gi.

(4) J. Menant. Pierres gravées, t. I, pp. 189-191.

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SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE

— un autre cylindre qu’on pourrait peut-être mieux encore rapprocher de la narration biblique. C’est la représentation d’un jardin où l’on observe des arbres et des oiseaux ; dans le centre, s’élève un palmier dont deux personnages sont en train de cueillir les fruits, alors qu’un troisième, tenant lui-même un fruit détaché, semble leur adresser la parole (i).

Plus à l’abri de la critique, paraît le rapprochement tenté par M. Baudissin entre l’arbre de la science et les arbres prophétiques qui servaient à révéler l’avenir (2). Les Chaldéo- Assyriens, à l’instar de tous les peuples sémitiques, pratiquaient la phjlomancie, c’est-à-dire l’art de découvrir l’avenir dans un bruissement des feuilles, qui passait pour la voix de la divinité (3). Or, les tentatives pour surprendre les arrêts de la volonté divine sont souvent réputées un empiétement sur la puissance céleste, une œuvre téméraire, voire un sacrilège qui appelle le châtiment.

Des tablettes cunéiformes, commentées par M. Sayce, racontent l’histoire d’un dieu Zou qui, convoitant le rang suprême, déroba les « tablettes

(1) J. Menant. Pierres gravées, t. I, fig. 121.

(2) W. Baudissin. Studien ÿur semitischen Religion geschichtc, t. II, p. 227.

(3) F. Lenormant. La divination chef les Chaldcens. Paris, 1875, p. 85.

l’arbre-calendrier.

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de la destinée », ainsi que les attributs de Bel; s’étant sauvé dans une tempête, il se mit à révéler la connaissance de l’avenir. Après avoir tenu conseil avec les principaux dieux, Bel se contenta, pour le punir, de le changer en oiseau de proie et de l’exiler, comme un autre Prométhée, sur une montagne lointaine. D’après M. Sayce, Zou n’est autre que l’oiseau de l’orage, commun à tant de mythologies, qui révèle aux hommes, dans les roulements du tonnerre, les secrets de l’avenir, la connaissance du bien et du mal (i). — On pourrait presque dire que ce mythe tient le milieu entre le récit biblique du premier péché et les traditions aryennes, dont nous allons nous occuper, sur le rapt du feu et de l’ambroisie dans les rameaux de l’arbre cosmogonique.

Enfin, M. le professeur Terrien de la Couperie, ayant observé que l’arbre sacré de la Mésopotamie comporte fréquemment un nombre régulier de branches (7, 14, i5 ou 3o), croit y trouver une concordance avec les jours du mois lunaire. Il cite à ce sujet une tradition chinoise, antérieure à notre ère, qui parle d’une plante merveilleuse, apparue aux deux côtés de l’escalier du palais impérial, sous le règne de Yao (2). Sur cette

(1) Sayce. Op. cit., pp. 294-300.

(2) The Calendar Plant of China, dans le Babylonian and Oriental Record de septembre 1890, p. 218.

SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE l’aRBRE.

plante, une gousse poussait chaque jour du mois, jusqu’au i5; puis il en tombait une chaque jour, jusqu’au 3o ; si le mois n’avait que vingt-neuf jours, une gousse se desséchait sans tomber. Il n’est pas difficile de reconnaître dans cette plante un arbre lunaire; les Chinois eux-mêmes lui donnaient le nom de plante-calendrier, lik-kiep.

Nous devons attendre des preuves plus décisives, avant d’admettre que l’arbre sacré des Assyriens ait comporté une signification analogue à raison du nombre de ses branches, qui ne s’accorde pas toujours — il s’en faut même de beaucoup — avec les subdivisions du mois lunaire. Mais nous avons un témoignage que la « plantecalendrier » n’était pas inconnue des Sémites et qu’elle s’y trouvait en rapport avec l’arbre de vie. L’Apocalypse (XXII, 2) place, en effet, au milieu de la Jérusalem céleste « l’arbre de vie qui por- » tait douze fruits, rendant son fruit chaque mois, » et dont les feuilles étaient pour la guérison des » gentils ».

D’autre part, M. Terrien de la Couperie a établi que la croyance à un arbre de vie a existé chez les Chinois. Des traditions parlent de sept arbres merveilleux qui croissaient sur les pentes des monts Kouen-Liin. L’un d’eux, qui était en jade, conférait l’immortalité par son fruit (1). La

(1) Babyl. and Oriental Record de juin 1888, pp. 149-159.

l'arbre céleste des aryas.

question — que je ne prétends pas trancher — est de savoir si cette tradition a passé directement en Chine de la Mésopotamie, quelque quarante siècles avant notre ère, ou si elle y est arrivée soit de la Perse, soit de l’Inde, à une époque moins antique.

les arbres paradisiaques des aryas.

Non seulement les différentes variétés d’arbres mythiques que nous venons de rencontrer chez les Sémites se retrouvent parmi les Indo-Européens, et, en particulier, chez les Hindous, mais encore nulle part on ne peut, mieux que dans les traditions de ce dernier peuple, saisir les liens qui rattachent l’arbre de l’univers à l’arbre de la vie et à l’arbre de la science.

Les Védas connaissent l’arbre dont la terre est le pied et dont le ciel est la cime (1).

C’est l’arbre tantôt du firmament étoilé, qui a pour fruits des pierres précieuses, tantôt du firmament nuageux, qui projette ses racines ou ses branches sur la voûte céleste, comme ces faisceaux de nuées longues et filamenteuses auxquels la

(l) « Quelle est la forêt, demande le poète védique, quel est l’arbre » dans lequel ils ont taillé le ciel et la terre? » (Rig Véda, X, 81, 4.)

ig6 SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L ARBRE.

météorologie populaire de nos campagnes a donné le nom d 'arbres d’ Abraham. Dans ses rameaux, il détient le feu de la foudre. Par ses feuilles, il distille la liqueur de vie, le soma ou amrita céleste, c’est-à-dire les eaux vivifiantes « que » gardent, dans les nuages, Mitra et Varouna, les » deux rois aux belles mains (i) ». Il est aussi la voie qui conduit sur l’autre rive de l’océan atmosphérique, au delà du fleuve qui possède ou procure l’immortelle jeunesse (2). Sous son épaisse ramure, Yama, le roi des morts, « buvant de » compagnie avec les dieux, attire nos anciens en » jouant de la flûte (3) ».

C’est enfin l’arbre de la science. Son suc engendre l’inspiration poétique et religieuse (4). En s’approchant de son feuillage , l’homme retrouve le souvenir des existences antérieures (5). Dans sa cime retentit en roulements sonores Vâc, la voix céleste qui révèle la volonté des dieux, la messagère divine, engendrée dans les eaux des nuées (6).

(1) Rig Véda, I, 71, 9. — Dans le Vishnou Pourâna(I, 9), l'amrita et l’arbre du paradis {le pârijata) sont successivement engendrés par le barattement de la mer de lait, c’est-à-dire de l’océan primordial ou atmosphérique.

(2) A. de Gubernatis. Mythologie des plantes, t. I, p. 178.

(3) Rig Véda, X, 1 35.

(4) E. Sénart. Journal Asiatique de 1874, t. III, p. 289.

(5) Id., ibid., p. 3o5.

(6) J. Darmesteter. Essais orientaux. Paris, iS83, p. 179.

l’arbre sacré du bouddhisme.

Ce dernier aspect de l’arbre sacré s’est surtout développé chez les bouddhistes. M. Sénart a montré, dans son savant et ingénieux Essai sur la légende du Bouddha, comment le figuier, sous lequel le Bouddha atteignit l’illumination parfaite, malgré les efforts de Mâra et de ses démons, se rattache directement à l’arbre cosmique des mythologies indo-européennes, producteur de l’ambroisie et dispensateur du salut (1). Mais, pour les disciples de la nouvelle foi qui haïssaient la vie et aspiraient au néant, le vieil arbre céleste qui conduisait à l’immortalité devint simplement le Boddhidrouma, l’arbre de la sagesse, symbole à la fois des vérités qui conduisent au nirvana et du Maitre qui les a découvertes et enseignées (2). — La Royal Asiatic Society of Great Britain est restée dans la même note lorsque, à son tour, elle

(il E. Sénart. Essai sur la légende du Bouddha, dans le Journal Asiatique de 1875, t. VI, p. 102.

(2) Voy. la description de l’arbre de Brahma, en tant qu’arbre de la science, dans l’Anugita ( Sacred Books ofthe East, t. VIII, pp. 3jo- 371). — Une légende bouddhique, rapportée par M. Hardy, parle d’un arbre gigantesque orné de quatre branches d’où coulent continuellement de grandes rivières; il porte des pépins d’or qui sont entraînés à la mer. — « Cette description, ajoute M. Sénart doc. cit.), peut prouver aux plus sceptiques que l’arbre Bô ne se doit pas séparer de l’arbre cosmique des mythologies indo-européennes. » — On peut ajouter qu’elle fait songer également à l'arbre de vie avec ses fruits merveilleux, planté dans le centre de ce jardin d’Éden d’où s’échappaient quatre grands fleuves.

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a adopté pour emblème, avec la devise bien imaginée : tôt arbores quot rami, un des arbres sacrés des bouddhistes, le figuier banian, dont les rameaux prennent racine en touchant terre et deviennent comme autant de souches nouvelles.

Ainsi, vie éternelle, puissance fécondante, félicité absolue, science suprême, tous ces attributs divins sont dans l’Inde les dons de l’arbre qui représente l’univers. Les traditions védiques et post- védiques nous font le récit des compétitions qui s’engagent entre les de vas et les asouras pour la possession de cet arbre ou de ses produits. Les Védas rapportent que l’arbre du soma était gardé par des gandharvas, sortes de centaures en qui l’on voit généralement la personnification des vents ou des nuages. Un épervier agile aux ailes d’or, Agni, s’envola un jour de la cime, emportant l’extrémité brisée d’un rameau. Atteint parla flèche d’un gandharva, il laissa tomber à terre une plume et un ongle. Ceux-ci engendrèrent les végétaux qui rappellent l’oiseau de proie par leurs feuilles pennées ou par leurs épines acérées, ainsi que les plantes dont le suc produit le soma terrestre, la liqueur enivrante de l’Inde védique.

Il est inutile d’insister, après l’ouvrage de Kuhn : Les mythes du feu et du breuvage céleste, sur le sens de ces traditions qui tendent à expliquer à

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