LES ARBRES MYTHIQUES DES GRECS
» dit Euripide; car, lorsqu’il pénètre en force » dans le corps, il conduit à prédire l’avenir ceux » cju’il fait délirer (i) ».
Le nom d’àjj.PpoTÎa, que les Grecs donnaient à la nourriture des Olympiens, est le correspondant phonétique de Vamrita. Mais les Aryas de la Grèce, fidèles à leur habitude de tout rapporter à l’homme, ne conservèrent la vieille tradition indo-européenne qu’en transformant le rapt du breuvage en rapt de l’échanson, peut-être sous l’inspiration d’un mythe phrygien, et ce fut Ganymède qu’ils firent enlever « au sein d’un tourbillon divin » par Zeus métamorphosé en aigle. Ajoutons que, dans l’Odyssée, ce sont des colombes qui apportent l’ambroisie à Zeus (2).
D’autre part, les Grecs ont développé, plus qu’aucune autre branche de la race aryenne, le mythe du héros frappé par la jalousie divine pour avoir communiqué aux hommes l’usage du feu et la possession de la science. Prométhée passait non seulement pour avoir dérobé le feu à Zeus en allumant sa torche, soit à la roue du soleil, soit aux forges de Vulcain, mais encore pour avoir modelé le premier homme avec de l’argile et lui avoir ensuite transmis l’étincelle de vie. Sans
(1) Bacchœ, III, 265.
(2) Odyss., XII, 62.
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE
ajourer des commenfaires que ne justifieraitaucun texte, on peut cependant signaler ici un petit monument reproduit par M. Decharme dans sa Mythologie de la Grèce antique (r). Prométhée y apparaît occupé à façonner le corps de l’homme avec l’aide de Minerve, derrière laquelle se dresse un arbre entouré d’un serpent.
Enfin, on trouve encore en Grèce un troisième cycle de récits mythiques qui nous reportent plus directement encore à la tradition hindoue de l’arbre sacré: c’est l’expédition d’Hercule au jardin des Hespérides, où il ravit des pommes d’or gardées par des dragons. Que ces pommes figurent les rayons lumineux ou les eaux bienfaisantes, une variante du mythe rapporte qu'Hercule les remit à Minerve et que celle-ci les replaça là où elles doivent toujours être, « car elles sont immortelles (2) ». Il est à remarquer que, sur un vase grec reproduit par Guigniaut, l’arbre, autour duquel s’enroule le dragon, est peint entre deux Hespérides, dont l’une cueille les fruits pour le compte d’Hercule et dont l’autre détourne l'attention du dragon en lui présentant une jarre — scène qui peut se rattacher plus ou moins à la représentation orientale de l’arbre de vie, accom-
|i) Mythologie de la Grèce antique, hg. 82. (2) Ibid., p. 533.
L YGGDRASILL.
modée aux exigences du goût et de la mythologie helléniques.
Fig. 67. Le Dragon et les Hespérides. (Guigniaut. Religions d J l'antiquité, t. IV, pl. 181.)
L’Edda de la mythologie Scandinave nous offre un des types les plus complets d’arbre cosmogonique : c’est le frêne Yggdrasill, le plus beau des arbres, qui a trois racines. L’une s’étend vers la fontaine supérieure, JJrdur, où les Ases tiennent conseil et où les Nornes, tout en fixant la durée de la vie des hommes, versent sur l’arbre l’eau de la source, afin de lui assurer une sève et une verdure sans fin. La seconde s’allonge vers le pays des géants de la Gelée; sous ses ramifications s’ouvre la fontaine de Mimir, premier homme et roi des morts; dans cette fontaine résident toute science et toute sagesse; Odin lui-même, pour s’y abreuver, a dû laisser en gage un
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE
de ses yeux. Quant à la troisième, elle descend vers le Nifleim, l’enfer Scandinave, où elle est constamment rongée par un dragon. Sur la branche la plus élevée se tient un aigle, tandis que d’autres animaux occupent les rameaux inférieurs. Enfin Odin, par un trait qui rappelle la grande méditation du Bouddha sous le figuier sacré, passa neuf nuits sous son ombrage avant de découvrir les runes (i).
D’autres passages de EEdda nous font assister aux luttes pour la possession du liquide qui est à la fois le breuvage des dieux et la source de la poésie : l’hydromel. Il fut enlevé par Odin, subrepticement entré, sous forme de serpent, dans l’antre du géantqui en était le gardien. — Un autre mythe, qui fait plus directement allusion à des fruits de vie, c’est la légende de la déesse Idhunu, qui gardait dans une boîte les pommes d’immortalité. C’était le fruit dont les dieux mangeaient, à l’approche de la vieillesse, pour redevenir jeunes. Attirée par le perfide Loki dans une forêt voisine, Idhunn fut enlevée, avec son trésor, par un géant déguisé en aigle. Mais les dieux, qui se sentaient vieillir, forcèrent Loki à se transformer en faucon, pour s’en aller reprendre Idhunn et ses
(i) R. B. Anderson, Mythologie Scandinave, trad. par Jules Leclercq. Paris, 1886, pp. 34 et suivantes.