ORIGINE DES MYTHES SIMILAIRES
pommes, pendant une absence de leur ravisseur (i).
Pour ce qui concerne les populations slaves, MM. Mannhardt et de Gubernatis ont cité plus d’une légende qui atteste la croyance à l’arbre cosmogonique. Tel est, chez les Russes, le chêne de l’île Bujan, sur lequel le soleil va se coucher tous les soirs et d’où il se lève tous les matins ; gardé par un dragon, il est habité par la vierge de l’aurore, tout comme le chêne d’Eridou l’est par Tammouz et sa mère (2).
En résumé, Sémites et Aryas ont connu l’arbre du ciel, l’arbre de vie et l’arbre de la science. Le premier a pour fruits les corps ignés ou lumineux de l’espace; le second donne un breuvage qui
(1) Anderson, p. 124.
(2) Une légende, reproduite par M. de Gubernatis, rapporte que l’arbre d’Adam atteint l’enfer par ses racines et le ciel par ses branches; dans la cime habite l’enfant Jésus {Mythologie des plantes, t. I, p. 18). — Pour les traces de la croyance à un arbre de la science dans la mythologie des Celtes, voy. John Rhys. Celtic Heathendom (Londres, 1888, p. 557). — Les Finnois et les Esthoniens possèdent, de leur côté, plusieurs légendes relatives à un arbre cosmogonique. Les Lettes connaissent un chêne ou arbre de Dieu qui couvre le ciel de ses rameaux d’or; il est déraciné par un nain qui se transforme ensuite en géant. La légende esthonienne développe encore davantage ce mythe : L’arbre divin y est un arbre d’abondance ; du tronc sortent des maisons, des berceaux, des tables ; la principale de ces habitations a la lune pour fenêtre; le soleil et les étoiles dansent sur le toit (de Gubernatis. Mythologie des plantes, t. II, p. 76).
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L ARBRE
assure l’éternelle jeunesse; le troisième communique la prescience et même l’omniscience. Ces précieux produits sont l’objet de compétitions mythiques entre des êtres surhumains, d’une part les dieux, génies, animaux fantastiques, qui ont la possession ou la garde du trésor, d’autre part la divinité, le démon ou le héros, qui cherchent à s’en emparer. De curieuses similitudes se rencontrent dans les divers récits de cette lutte, qui se termine tantôt par la victoire de l’assaillant, tantôt par sa défaite ou son châtiment exemplaire.
De pareilles coïncidences suffisent-elles pour justifier la thèse que toutes ces traditions ont une origine unique ou même qu’elles représentent un vieux fonds mythologique légué aux Arvas et aux Sémites par des ancêtres communs ?
Il y a une trentaine d’années, Frédéric Baudrv, résumant, dans la Revue germanique, l’ouvrage de Kuhn sur les mythes du feu et du breuvage céleste, signalait incidemment la tradition des arbres paradisiaques comme le témoignage « d’une communication antéhistorique » entre les Sémites et les Aryens, nous reportant » à l’âge le plus reculé, avant la fixation des » langues et des grammaires (i) ». François Lenormant, allant plus loin encore, y voyait un
(1) Revue germanique de 1861, t. XIV, p. 385.