INDICATIONS DE LA LINGUISTIQUE
indice de la communauté d’origine entre les deux races (1).
Je Ferai observer tout d’abord que l’unité originaire d’une tradition n’implique nullement la parenté des peuples où on la trouve. Les recherches poursuivies, de nos jours, sur la migration des fables, ont établi avec quelle facilité un conte, né sur les bords du Gange ou du Nil, a pu se frayer un chemin jusqu’aux archipels du Japon, aux rivages de l’Atlantique ou aux plaines de l’Afrique australe, en passant par les populations les plus diverses de race et de langue. Sans doute, quand le parallélisme des traditions se trouve renforcé par l’identité des noms qui y jouent un rôle, alors surtout qu’il s’agit de peuples appartenant au même groupe linguistique, on peut admettre que la formation de ces croyances a pré-* cédé la séparation des divers rameaux. Telle est, notamment, la conclusion à tirer des rapports qu’on constate, chez certains peuples aryens, entre les dénominations de soma et haoma , d’ amrit a et ambrosia , de gandharva , gandhrciivci et kentauros.
Mais rien de pareil n’existe entre Sémites et Indo-Européens, parmi les mots qui ont respectivement servi aux deux races pour désigner, soit
(1) Origine de l'histoire, t. I, ch. IX.
208 symbolique et mythologie de l’arbre.
l’arbre de vie et ses produits, soit les personnages mêlés à ses aventures. Baudry, il est vrai, se tire d’affaire, en supposant que la communication aurait eu lieu avant la fixation des langues et des grammaires. Il y a là un effort désespéré pour justifier une hypothèse par une autre hypothèse. Gette indépendance étymologique fait présumer, au contraire, que, ou bien la tradition des arbres paradisiaques a passé, à une époque quelconque, d’une race à l’autre, ou bien qu’elle a pris naissance séparément dans chacun des deux milieux.
A première vue, il peut sembler invraisemblable que des mythes aussi concordants dans les détails se soient formés sur plusieurs points à la fois. Cependant il n’y a pas, dans tous ces récits, une seule particularité dont la présence ne puisse se rattacher aux procédés les plus ordinaires du raisonnement mythique et même ne puisse se constater, du moins à l’état fragmentaire, chez nombre de peuples sans relations, soit avec les Aryas, soit avec les Sémites.
L’idée de rapporter à la forme d’un arbre la structure apparente de l’univers est un des raisonnements les plus naturels qui puissent se présenter à l’esprit des sauvages.
De nos jours encore les Mbocobis du Paraguay disent qu’à leur mort ils grimperont le long de