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ROUE ET ROSACE

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Un des écrivains qui connaissent le mieux les arts industriels de l’Inde, sir George Birdwood, constate, du reste, que les principaux thèmes décoratifs et symboliques de l’Inde se combinent et s’échangent, sans souci de la distinction entre le monde végétal et animal. Un phénomène idenlique s’observe dans l’art phénicien. Il y a tel symbole, gravé sur des poteries cypriotes ou des monnaies syriennes, qui rappelle tout ensemble le disque ailé de l’Asie Mineure, l’arbre sacré de l’Assyrie, le triçûla du bouddhisme, l’abeille d’Ephèse et certains exemplaires du foudre grec (voir plus loin, fig. 96).

Sont-ce là de pures coïncidences? Pour répondre à cette question, il faut rechercher, dans chaque cas particulier, non seulement les antécédents des figures qui nous frappent par leur complexité, mais encore les contacts qui ont pu s’établir entre leurs divers prototypes et, au besoin, reconstituer les étapes successives de ces transmutations symboliques.

Prenons, par exemple, l’image de la roue. Cette figure, qui offre le double avantage d’avoir une forme circulaire et d’impliquer l’idée du mouvement, est une des représentations symboliques les plus fréquentes du soleil.

Or, chez divers peuples où cet astre est également symbolisé par une fleur épanouie, on a

cherché à fondre les deux images. C’est ainsi que, dans des bas-reliefs bouddhiques, on trouve des roues dont les rais sont remplacés par des pétales de lotus, alors que dans l’ile de Chypre certaines monnaies portent des roses dont les feuilles sont circonscrites par des rayons tordus ou sont même disposées en forme de roue.

De même, la rouelle solaire — cette amulette par excellence des Gaulois — devint aisément le monogramme du Christ, soit sous la forme des initiales I et X (Itjg-oüç Xo'.tto;) associées (fig. 6g «), soit sous celle de l’X et du P combinés (XPlctoç) : (fig. 6g b). Dans ce dernier cas, il suffit d’ajouter une boucle au sommet d’un rayon, pour avoir le type le plus fréquent du chi'isme , que M. Gaidoz a défini fort exactement comme « une roue à six rais, sans la circonférence, et avec une boucle au sommet de la haste du milieu ».

(i) Le dieu gaulois du soleil et le symbolisme de la roue. Paris, 1 886, p. 77.

MÉTAMORPHOSES DU TRISCÈLE.

Ainsi, en Egypte encore, le chrisme fut ramené à la clef de vie par toute une série de modifications qu’on a retrouvées dans les inscriptions de l’île de Philée, et qui remontent aux premiers chrétiens d’Égypte, désireux de mettre le signe sacré de leur nouvelle foi en concordance avec le principal emblème de leur ancienne religion.

Fig. 70. Chrismes égyptiens de Philée (1).

Nous avons vu comment les coursiers du quadrige solaire s’étaient combinés chez les Gaulois avec les bras de la croix gammée, de façon à produire la figure complexe de quatre bustes de chevaux rayonnant autour d’un disque (2,). Les métamorphoses du triscèle nous présentent des exemples non moins curieux de combinaisons analogues, en même temps qu’elles nous permettent de constater pour ainsi dire les différentes étapes de l’opération.

Le soleil, souvent représenté en Asie Mineure,

(1) a. Chrisme grec; b, c, d. Monogrammes du Christ à Philée. (Letronne. La croix ansée a-t- elle été employée pour exprimer le monogramme du Christ, dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XVI, pl. I, lig. 47. 48, 49); e. Clef de vie.

(2) Voyez plus haut, p. 75.

comme j’ai eu l’occasion de le rappeler, par un disque autour duquel rayonnent trois jambes soudées à la cuisse, y fut également symbolisé par divers animaux, tels que le lion, le sanglier, le dragon, l’aigle, le coq. Or, des monnaies asiatiques offrent le coq à côté du triscèle (fig. 71 a) ; dans d’autres, le triscèle est superposé ou plutôt collé au corps d’un oiseau ou d’un lion, sans que ceux-ci en perdent leur physionomie ordinaire (fig. 71 è); ailleurs, enfin, les deux symboles parallèles, précédemment juxtaposés, puis superposés, se fondent littéralement l’un dans l’autre ; les trois jambes du triscèle se sont métamorphosées en têtes de coq ou en bustes de monstres qui tournent autour d’un centre dans la même direction (fig. 7 1 c, et 72).

abc

On songe involontairement aux personnages

(1) a et b, monnaies d’Aspendus en Pamphylie. (Huntf.r. Numorum veterum descriptio. Londres, pi. VII, n*>» i5 et i6.) — c, monnaie lycienne. (Barclay V. Head. Coins of thc Ancients, pl. III, fig. 35.)

TRISCELE ET CROISSANTS.

dessinés, dans des attitudes diverses ou avec des physionomies différentes, surces disques de carton qu’on fait rapidement pivoter à la main pour obtenir l’illusion d’une image unique, animée d’un mouvement propre.

Dans quelques monnaies de la Grande-Grèce et de la Sicile, le triscèle offre la forme de trois croissants disposés autour d’un disque. Certains archéologues en ont conclu que le triscèle avait une signification lunaire. Il est très admissible que le triscèle, comme symbole de mouvement astronomique — de même que le tétrascèle ou la croix gammée, — ait été parfois utilisé pour symboliser la course circulaire ou même les phases de la lune. La collection Gobineau possède un cylindre perse, où l’on remarque un triscèle formé de trois monstres qui font mine d’avaler autant de croissants.

Fig. 72. Triscèle lunaire.

{Revue archéologique, t. XVII, 1874, pl. IV, n° 56.)

Cependant faut-il en conclure, comme le fait M. Robert Brown, que le triscèle a son origine dans le groupement intentionnel de trois crois-

sants(i)? A première vue, cette hypothèse semblerait trouver sa confirmation dans le rapprochement de certaines monnaies qui établissent un véritable passage entre le triscèle et des symboles incontestablement lunaires.

Fig. 73. Triscèle et croissants (2).

Mais ces monnaies sont sans contredit postérieures aux plus anciennes pièces de la Lycie, où le triscèle, comme je l’ai montré plus haut, a une signification solaire. Au lieu de nous offrir les antécédents du triscèle, les témoins et les étapes de son développement autonome, n’est-il pas plus vraisemblable qu’elles représentent des symboles lunaires graduellement modifiés par l’attraction plastique du triscèle, ou, plus simplement, qu’elles ont peu à peu groupé leurs éléments de façon à emprunter la forme du triscèle, tout en gardant leur signification primitive ?

(1) R. Brown, junior. The Unicom a mythological investigation. London, 1881, p. 66.

(2) a, R. Brown, fig. 73 (monnaie de Métaponte). — b, Hunter, pl. 22, fig. i3 (monnaie de Crotone). — c, Id., pl. 36, fig. 22 (monnaie de Megarsus).

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