FORME PRIMITIVE DU TRISCÈLE
Cette adaptation du triscèle aux mouvements lunaires s’explique même d’autant mieux que les anciens semblent avoir surtout distingué dans la reine des nuits ses trois aspects de croissant, de demi-lune et de pleine lune, d’où Y Hécate triforme, représentée avec trois visages (i).
Si l’on veut retrouver les antécédents du triscèle à trois jambes, il faut plutôt les chercher, comme ceux du tétrascèle, dans la figure du disque projetant trois rayons arrondis pour indiquer le mouvement (2). Sous cette forme il se rencontre déjà parmi les fusaïoles d’Hissarlik. Dans les bijoux de Mycènes il peut se ramener au type suivant :
Fig. 74. Triscèle de Mycènes.
Il est aisé de comprendre comment une figure
(1) « On la peignait avec trois visages, dit Cléomède, parce que les anciens observaient la lune sous ses trois aspects de bi-corne, demie et pleine ». (Cf. Montfaucon. I , pl. 1, p. i52.)
(2) Voy. plus haut, p. 71.
de ce genre a pu prendre, suivant les fantaisies de l’art ou les convenances de la symbolique, tantôt la forme de trois croissants, tantôt celle de trois jambes.
Un autre symbole dont l’histoire fait peut-être comprendre mieux encore comment une image peut subir, dans ses développements, l’influence non plus d’un seul, mais de plusieurs symboles distincts, et réagir à son tour sur la forme de ces derniers par un vrai phénomène de transmutation, ce sont ces pierres coniques dont la représentation figurée joue un rôle si important dans l’iconographie des Sémites occidentaux. Nous savons qu’elles servaient de simulacres à la grande déesse, à la fois tellurique et lunaire, adorée sous divers noms par toutes les populations sémitiques. Tacite nous fait connaître qu’Aphrodite était représentée à Paphos par une pierre de ce type, eu forme de pyramide (i). Sa description, confirmée par d’autres écrivains antiques, se trouve, pour ainsi dire, illustrée dans des monnaies de Paphos, de Byblos, de Sidon, etc., qui nous font voir des
(i) Tacite dit du simulacre placé dans le sanctuaire de Paphos : Simulacrum deœ... continuas orbis latiors initia temicm in ambitu metœ modo exsurgens (Hist. n, 3). — On a découvert des cônes de pierre analogues dans les ruines de la Gigantea à l'île de Malte, ainsi que vers l’emplacement du temple de Tanit à Carthage. (Cf. Fr. Lenormant, dans la Galette archéologique de 1S76, p. i3o.)