‹ La migration des symbolesChapitre 83 sur 120 · LA TABLE D’OFFRANDES · texte numérisé non relu

LA TABLE D’OFFRANDES

apparaissent, sur des stèles, avec des inscriptions dédiées à Tanit; quand ils accompagnent, sur des monnaies, la tête d’Astarté ou quand ils se combinent soit avec le croissant lunaire, soit avec le disque encadré du croissant (fig. 86 c ). Sur une stèle de Libye, un disque flanqué de deux cornes relevées forme un couronnement au cône (fig. 89), absolument comme il sert de coiffure à une image d’Astarté dans un bronze de Syrie reproduit par MM. Perrot et Chipiez (1). D’autre part, pourquoi se refusera admettre qu’en reproduisant le vieux simulacre de la déesse phénicienne, déjà altéré par ses emprunts à la clef de vie, l’artiste sémitique a pu faire une part plus large encore à l’imitation des symboles émigrés de l’Egypte ?

M. Révillout, constatant que le signe f de notre figure 86 est placé, dans le champ du cylindre hettéen, aux pieds d’une déesse « à oreilles proéminentes, à corps énorme », ne manque pas d’ajouter : « A cette description, tout égyptologue reconnaîtra, à l’instant, la déesse Taouer ou Thouéris, à corps d’hippopotame, à tête soit d’hippopotame, soit de lionne, et ayant devant elle, à ses pieds — c’est la coutume constante — le signe sa. »

Ce n’est pas moi qui me permettrai d’y con-

(1) T. III, fig. 26.

1 redire. Cependant, comme ni les Hettéens ni les Phéniciens n’ont, que je sache, adoré la déesse Taouer, il est probable que l’auteur du cylindre aura voulu représenter l'une ou l’autre des grandes déesses asiatiques, — à côté de leur symbole ordinaire — , sous des formes prises dans l’imagerie égyptienne; de même qu’en d’autres cas, les artistes phéniciens ont emprunté au type égyptien d’Hathor la physionomie et jusqu’au costume de leur Astarté (i).

Ainsi, les adorateurs de Tanit ont pu, sans le moindre scrupule, redresser les deux branches de leur triangle ansé pour rapprocher cette figure de l’image qu’offre l’autel égyptien. Il ne faut donc pas accepter sans réserve l’explication qui nous fait voir invariablement, dans le développement carthaginois du cône sacré, un essai de représenter Tanit sous des formes humaines. Sans doute, c’est ainsi que, chez les Grecs, les informes simulacres dont on s’était longtemps contenté pour figurer les dieux, commencèrent à se rapprocher du corps humain, et je suis loin de contester que les Sémites n’aient parfois cherché à développer les représentations de leur cône sacré dans le sens de la figure humaine, ou encore à fixer l’image de leurs grandes déesses dans un profil qui rappelait

(1) Corpus inscript, semitic, t. I, fasc. I (1SS1), p. 2.

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