SYMBOLISME DU LOTUS
graphie, en représentant Horus qui s’élancait d’un calice lotiforme tenu parHathor (1). De même, les textes sacrés de l’Inde nous parlent constamment des dieux comme sortis du lotus; c’est sur un lotus d’or que Brahma apparaît à l’origine des temps et c’est avec les diverses parties de cette plante qu’il créa l’univers (2). Une légende hindoue, rapportée par le P. Vincenzo de Santa Ca farina, relate que Brahma veillait six mois chaque année et dormait les autres six mois dans une fleur de lotus d’une grandeur et d’une beauté extraordinaires (3).
De là une nouvelle extension donnée au sens figuré du lotus. Symbole de ]a renaissance solaire, il devint chez les Egyptiens le symbole de la renaissance humaine et, en général, de la vie dans son fonds éternel et sans cesse renouvelé. Sur un sarcophage du Louvre est peint un scarabée qui sort d’un lotus, entre Isis et Nephtvs, dans leur attitude caractéristique de gardiennes et protectrices des morts (4). C’était figurer à la fois le soleil et le défunt franchissant le tombeau
( 1 ) G. Lafaye. Histoire des divinités d'Alexandrie hors de VÉgypte. Paris, 1884, p. 247.
(2) James Darmesteter. Essais orientaux. Paris, 1883, p. 148.
(3) de Gurernatis. Mythologie des plantes, t. I, p. 206.
(4) Cette peinture est reproduite par M. Ledrain dans la Galette archéologique de 1878, p. 192.
pour reprendre leur existence dans les champs lumineux de l’espace. Le lotus fut même adopté avec cette signification par le symbolisme funéraire de l’Europe. On l’y retrouve non seulement dans les traditions grecques relatives aux Lotophages, ce peuple fabuleux qui se nourrit de lotus pour oublier la vie et ses peines, mais encore dans les inscriptions de pierres tombales qui, aux derniers siècles du paganisme, se rencontrent de la Libye à la Belgique (i).
Les brahmanes ne tenaient guère à revivre, et les bouddhistes moins encore. Ces derniers n’adoptèrent l’antique fleur de vie que pour symboliser, suivant leurs différentes écoles, la nature naturante, — la matière éternellement active, — les innombrables mondes qui remplissent l’espace, — le Bouddha qui réside dans chacun d’eux, — enfin l’enseignement du maître, c’est-àdire le moyen de se soustraire à cet enchaînement des causes et des effets qui engendre l’existence personnelle. — C’est ainsi qu’ils portèrent jusqu’aux confins de l’Asie le lotus de la Bonne Loi, et, aujourd’hui encore, il n’est pas, dans l’Himalava, de vallée si écartée que le voyageur n’y entende partout retentir à son approche, comme une parole de sanctification et de bieu-
(i) Voir plus loin, fig. i3.