LES ORIGINES DU CADUCÉE
Le caducée est une des figures symboliques qui ont exercé au plus haut point la patience des érudits. Sa physionomie classique de verge ailée, autour de laquelle s’enroulent symétriquement deux serpents, ne représente pas, à beaucoup près, sa forme primitive.
(1 ) Voy. plus haut, fig. 99, 100, io3, io5, aussi 1 1 5 b et c.
CADUCÉES PHÉNICIENS.
Les monuments de la Grèce nous font connaître une époque où il consistait en un cercle ou un disque placé au sommet d’une hampe et couronné d’un croissant, de façon à tracer une sorte de 8 ouvert par le haut : fl.
Plus anciennement encore, il semble avoir formé un bâton fleuronné à trois feuilles, -rpntéxa loç, comme dit Homère.
Sous quelle influence ces trois feuilles se sontelles transformées en un disque surmonté d’un cercle incomplet?
Cette dernière forme apparaît si fréquemment sur les monuments phéniciens, qu’on doit se demander, avec M. Perrot, « si le caducée a été emprunté par les Phéniciens à la Grèce et à son Hermès, ou si celui-ci n’a pas plutôt dérobé cet attribut à quelque dieu de l’Orient, son aîné de bien des siècles (1) ».
Fig. iii. Caducée grec. Fig. 112. Caducée punique.
(Ovf.rbeck. Kunst mythologie, pl. XXVI, fîg. 6.) (Perrot et Chipiez, t. III, p. 232.)
(O Perrot et Chipiez. T. III, p. 463.
MM. Perrot et Chipiez nous semblent euxmêmes fournir une réponse décisive à leur question, lorsque, dans un volume ultérieur, ils font voir le caducée sur des monuments hittites de l’Asie Mineure, où personne ne peut songer à des importations de la Grèce (1).
A Carthage, le caducée est presque toujours associé au cône sacré sur des stèles dédiées soit à Tanit « face de Baal », soit conjointement à Baal Hamraan et à Tanit. S’il est probable que ce cône figure le symbole de Tanit, est-il téméraire de supposer que le caducée représente soit l'associé de la grande déesse de Carthage, le dieu phénicien du soleil ou de la chaleur solaire, Baal Hamman, — soit l’hypostase ordinaire de Baal Hamman, son « messager », son « ange », iMalac Baal (2), — soit, enfin, le troisième personnage de la triade formée, avec Baal et Tanit, par loi ou Iolaiis, le divin enfant solaire, tour à tour perdu et retrouvé, comme ailleurs Atys et Adonis (3)?
Dans tous ces cas, le caducée formerait le symbole d’une divinité solaire, et ce qui appuie cette hypothèse, c’est que, sur certaines stèles lvbiques, les deux caducées qui flanquent le cône sacré sont
(1) Perrot et Chipiez. T. IV (Judée, Syrie, etc. , tïg. 274 et 353.
(2) Ph. Berger. L'ange d'Astarté, dans la Faculté de théologie protestante à M. Edouard Reuss. Paris, 1879. pp. 52-54.
(3) Fr. Lenormant. Galette archéologique. 1876, p. 127.